Un champ cultivé collectivement raconte une histoire de paix plus discrète qu’une cérémonie officielle. Il représente du temps investi, une connaissance du sol, des échanges entre personnes et une volonté de préparer la prochaine saison. Dans la région de Birao, en République centrafricaine, l’accès à des activités agricoles pour des femmes réfugiées du Soudan pose une question importante : comment faire de l’accueil une possibilité de contribuer à la vie commune plutôt qu’une attente sans fin ?
En mars 2026, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a publié un reportage sur l’association de femmes réfugiées « Ya Rahamane » dans le quartier de Korsi. Ces femmes cultivent ensemble une parcelle mise à leur disposition. L’histoire est rapportée par le HCR; elle n’est pas le résultat d’une visite ou d’un entretien personnel de ma part. Elle montre néanmoins une dimension de la reconstruction qui échappe aux récits uniquement centrés sur les distributions d’urgence : l’importance de pouvoir agir et participer.
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Le travail agricole ne résout pas à lui seul l’insécurité, les difficultés de santé, le manque d’eau ou les problèmes de documentation. Il ne faut pas présenter une parcelle comme un remède universel. Les besoins sont différents selon les ménages, les saisons et les conditions locales. Mais lorsqu’un projet est conçu avec les habitants, que les droits et usages de la terre sont clairement respectés et que les autorités compétentes en suivent les modalités, il peut donner aux participantes un espace de décision et de solidarité.
Les communautés d’accueil ne devraient pas être oubliées. Leurs familles vivent elles aussi des difficultés économiques et peuvent dépendre des mêmes ressources. Une initiative durable doit chercher la transparence, prendre en compte les droits locaux et expliquer comment les décisions sont prises. Si la solidarité semble réserver toutes les possibilités à un seul groupe, elle risque de nourrir des frustrations. Si elle aide des voisines à travailler ensemble, elle peut renforcer les liens autour d’un intérêt commun.
L’Évangile selon Matthieu rapporte la parabole des ouvriers engagés à des heures différentes dans une vigne. Jésus s’en sert pour interroger le regard porté sur les autres et sur la générosité. Dans une réflexion chrétienne sur l’accueil, cette image rappelle que les personnes arrivées plus tard dans une communauté ne sont pas pour autant dépourvues de valeur. Cela ne remplace pas le droit foncier ni les règles d’une coopérative. Cela peut cependant conduire les croyants à défendre des décisions justes, transparentes et respectueuses.
Une femme réfugiée n’est pas seulement bénéficiaire d’un programme. Elle peut être agricultrice, commerçante, mère, éducatrice ou responsable d’association. Son expérience demeure importante même si elle a franchi une frontière. Il serait humiliant d’exiger qu’elle raconte constamment son exil pour montrer qu’elle mérite un outil ou une formation. Les projets d’accompagnement devraient protéger sa vie privée et l’associer aux choix qui déterminent son propre travail.
Le soutien aux activités économiques doit aussi comprendre les contraintes concrètes. Des conseils agricoles appropriés doivent venir des personnes connaissant les sols, les saisons et les marchés locaux. Les questions d’accès à l’eau, de transport et de protection des personnes ne peuvent pas être improvisées depuis l’étranger. Les propositions formulées ici sont donc des principes de participation et de dignité, non des promesses sur la disponibilité d’une parcelle ni des recommandations techniques à appliquer sans évaluation.
Les enfants regardent ce que font les adultes. Quand ils voient leurs parents prendre part à une activité utile et reconnue, ils peuvent découvrir une image de l’avenir qui dépasse l’urgence présente. Cela ne retire rien au besoin d’école, de soins ou de protection. Ces services demeurent essentiels. Mais l’accès à une activité digne peut s’ajouter à eux et contribuer à l’équilibre d’une famille et d’un quartier.
À Birao, la paix ne dépend pas uniquement de décisions prises loin des habitants. Elle se nourrit aussi de la possibilité de travailler avec ses voisines, de connaître ses droits et d’être accueillie comme une personne capable d’apporter quelque chose. Un champ n’est pas seulement un lieu de production. Il peut devenir le signe que l’on n’a pas perdu sa place parmi les autres en perdant sa maison.
Sources et contexte / Sources:
UNHCR, How Land Empowers Refugee Women and Builds Resilient Livelihoods in CAR, 3 March 2026 — https://www.unhcr.org/africa/news/stories/how-land-empowers-refugee-women-and-builds-resilient-livelihoods-central-african
UNHCR, With border town doubling in size, Sudanese refugees long for lasting solutions, 2026 — https://www.unhcr.org/africa/news/press-releases/border-town-doubling-size-sudanese-refugees-central-african-republic-long




