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UA : le bilan de Moussa Faki Mahamat en question

Le Tchadien boucle quatre années de présidence de la Commission de l'Union africaine (CUA) durant lesquelles il a presque fait…

Le Tchadien boucle quatre années de présidence de la Commission de l’Union africaine (CUA) durant lesquelles il a presque fait l’unanimité.En janvier 2017, il a fallu pas moins de sept tours de scrutin à Moussa Faki Mahamat pour accéder au poste de président de la Commission de l’UA. Quatre ans plus tard, il est sur un boulevard pour décrocher un second mandat. En grande partie grâce à son bilan globalement jugé positif.

« Si le président Faki (60 ans) se représente, c’est qu’il bénéficie du soutien de la majorité des chefs d’Etat et de gouvernement. Il a des relations avec les véritables décideurs de l’Union africaine. Sur ce terrain-là, le soutien du président Idriss Deby Itno est un élément important », décrypte Gilles Yabi, fondateur du think-thank Wathi.

Parmi les missions assignées à ce diplomate lors de son élection, figurait la réforme institutionnelle de l’organisation panafricaine sous la présidence Paul Kagamé, président du Rwanda. Cette réforme visait à rendre l’UA moins bureaucratique et plus efficace dans sa gestion.

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Durant son premier mandat, des progrès ont été accomplis avec notamment la restructuration de la Commission, l’institution d’un Sommet de coordination en lieu et place de deux sommets par an, la répartition des tâches entre la Commission et les Communautés Economiques Régionales (CER), le financement de l’organisation et la mise en œuvre des réformes budgétaires.

Au plan sécuritaire, l’Union africaine s’est impliquée dans la résolution de nombreuses crises en Somalie, au Soudan du Sud, en République centrafricaine et au Soudan etc.

L’Organisation a adopté une résolution au Sommet de Nouakchott relative au conflit du Sahara Occidental. Celle-ci a consacré sa volonté d’apporter aux efforts des Nations unies un soutien actif pour une solution juste et équitable à ce lancinant différend.

Toutefois, la création de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) en mars 2018 à Kigali (Rwanda), son lancement en juin 2019 à Niamey (Niger), la nomination de son Secrétaire Général et son installation à Accra (Ghana) en août 2020, représentent un point positif majeur dans le bilan de Moussa Faki Mahamat.

« On sait très bien que dans notre continent, le vrai problème ce n’est pas d’avoir des chartes ou des documents, c’est plutôt la mise en œuvre effective dans les Etats qui pose problème. Malgré tout, il faut saluer que ce processus laborieux soit allé à son terme », indique M. Yabi.

En janvier 2018, l’adoption du Protocole relatif à la libre circulation des personnes, au droit de résidence et au droit d’établissement ainsi que l’instauration d’un passeport panafricain en février 2019 ont constitué une étape importante vers une plus grande intégration africaine.

A ces succès, s’ajoute le lancement en janvier 2018 du Marché unique de transport aérien africain (Mutaa), initiative dénommée « ciel ouvert de l’Afrique » qui concourt à la création d’un marché unique et unifié, grâce à la libéralisation de l’espace aérien du continent.

Toutefois, l’autonomie financière de l’organisation garantissant sa souveraineté politique risque de plomber certaines missions essentielles. « La plupart des États membres ne paient pas à temps », note un rapport publié en juillet 2018 lors du Sommet de Nouakchott (Mauritanie) et cela a « un impact négatif sur la mise en œuvre des programmes et l’exécution des budgets ».

Au plan politique, l’Union africaine a manqué d’harmonie pendant la dernière élection présidentielle en République démocratique du Congo (RDC). Certains chefs d’Etat ont félicité le nouveau président Félix Tshisekedi alors que le président de la Commission a, dans un communiqué, mis en doute les résultats du scrutin.

Le représentant légal de l’Union africaine et l’Ordonnateur principal du budget de la Commission est encore vu par des présidents comme une sorte de secrétariat chargé d’exécuter ce dont ils décident.

Avec un champ d’action limité, la Commission de l’Union africaine a eu du mal à mettre en œuvre son programme « Faire taire les armes » en 2020. Si elle compte désormais apporter des « solutions africaines » aux conflits sur le continent, la CUA a été mise à l’écart par les puissances occidentales en Libye.

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En termes de gouvernance démocratique, l’Union africaine a souvent montré une impuissance. « Le continent s’est doté d’une charte sur les élections et la gouvernance mais beaucoup de chefs d’Etat ne respectent pas l’esprit et la lettre de (ce texte) comme le principe de la limitation des mandats », souligne Gilles Yabi.

Ce dernier soutient que « le président de la Commission est conscient de la difficulté pour l’Union africaine d’aller au-delà des préconisations et des propositions ». Néanmoins, l’analyste politique pense que l’ancien Premier ministre tchadien aura plus de marge de manœuvre.

« On attend de lui une volonté plus affirmée pour mettre les pieds dans le plat par rapport à la limitation des mandats et du refus de l’alternance y compris au Tchad où il a été ministre des Affaires Etrangères. Dans ce pays, il n’y a pas d’alternance depuis trois décennies », signale le fondateur de Wathi.

La 34e Session ordinaire de l’Assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA) se tient les 7 et 8 février 2021 à Addis Abeba (Ethiopie) sous le thème « Arts, culture et patrimoine : un levier pour construire l’Afrique que nous voulons ».


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