Après plusieurs mois d’audiences, la Cour pénale spéciale (CPS) de Centrafrique tourne la page de ses premiers grands procès.
Avec les verdicts rendus dans les affaires Ndélé 1 et Ndélé 2, cette juridiction hybride, mêlant juges nationaux et internationaux, boucle un cycle judiciaire entamé en 2022 avec l’affaire dite de Paoua. Mais loin de marquer une pause, la Cour se prépare déjà à de nouveaux procès complexes.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Trois nouvelles affaires doivent prochainement être examinées par la section d’assises, unique chambre de jugement de la CPS, ce qui constitue un véritable défi logistique et humain pour une institution aux moyens limités.
La première en ligne de mire est l’affaire dite de Guen. En 2014, ce village de l’ouest du pays, dans la sous-préfecture de Gadzi, avait été le théâtre de violences sanglantes perpétrées par une milice anti-balaka. L’occupation de Guen et de deux localités voisines pendant plusieurs semaines avait fait de nombreuses victimes. Cinq personnes sont actuellement en détention, et une sixième est recherchée. Mais l’affaire se complique : le chef présumé du groupe, Edmond Beina, est aussi poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI), créant un conflit de juridiction encore non résolu.
Un autre dossier sensible en attente est celui de l’attaque de l’église Notre-Dame de Fatima, à Bangui. Quinze personnes avaient été tuées en 2014 dans cette attaque attribuée à un groupe armé. Neuf accusés, dont un chef de milice du quartier PK5, sont sous les verrous.
Mais l’affaire la plus emblématique reste celle de Bossembélé. Elle cible l’ancien président François Bozizé, visé depuis mars 2024 par un mandat d’arrêt international. Réfugié à Bissau, il est accusé de crimes graves : meurtres, tortures, viols, disparitions forcées. Le camp de détention de Bossembélé, mis en place sous son régime, est souvent comparé à un « Guantanamo centrafricain ». Trois de ses anciens collaborateurs présumés tortionnaires sont en détention depuis plusieurs années.
Si ces dossiers montrent la détermination de la CPS à lutter contre l’impunité, ils révèlent aussi les limites de ses capacités. Avec une seule section d’assises et des ressources financières insuffisantes, la Cour peine à suivre le rythme imposé par l’ampleur des crimes à juger.
Alors que les attentes des victimes restent vives, la CPS s’efforce de maintenir le cap dans un contexte politique et sécuritaire encore fragile.



