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La vie suspendue des Italiens à l’heure du coronavirus

"Je n'ai pas peur, mais peut-être que je devrais?" s'interroge mardi un chauffeur de taxi romain au lendemain de l'appel…

« Je n’ai pas peur, mais peut-être que je devrais? » s’interroge mardi un chauffeur de taxi romain au lendemain de l’appel du gouvernement demandant à tous les Italiens de « rester à la maison » pour endiguer l’épidémie de coronavirus.

« Je prends tout ça avec philosophie », sourit Francesco, 54 ans, qui a choisi délibérément de ne pas se masquer la bouche avec son écharpe bleue, contrairement à nombre de passants dans les rues semi-désertes de la Ville éternelle. « De toute façon il y a très peu de circulation, et encore moins de clients », ajoute ce Sicilien d’origine.

Ce fatalisme n’est pas général: lundi soir, après l’allocution du Premier ministre Giuseppe Conte, des supermarchés ouverts 24/24 ont été pris d’assaut à Rome et à Naples par des Italiens paniqués face à l’interdiction des déplacements non indispensables.

« Pommes de terres, biscottes, lait, sucre, farine, mais aussi savons et désinfectants, partent en premier, comme en temps de guerre », a raconté un vendeur à l’agence Ansa.

Le gouvernement a publié une note explicative rappelant que les supermarchés resteront ouverts et seront « régulièrement » approvisionnés, et recommandant de ne pas « s’affoler pour acheter des denrées alimentaires ou des biens de première nécessité ».

Les journaux italiens ne sont guère rassurants. « Tous à la maison », résume le quotidien de gauche La Repubblica, évoquant « un traitement de choc ». « Maintenant c’est toute l’Italie qui est fermée », titre Il Corriere della Sera. « Les écoles et le sport, c’est fini jusqu’au 3 avril », ajoute-t-il.

Du nord au sud, des queues se sont formées devant les supermarchés. A Naples, on y a même repéré trois footballeurs stars du Napoli, José Maria Callejon, Fernando Llorente et David Ospina, reconnus et pris en photo.

– « Les Romains sont fous! » –

A Rome, dans une supérette près du parc de la Villa Borghese, un vieux monsieur soupire devant un rayon de produits frais dévalisé et repart en poussant son caddie. A la sortie, la caissière se protège derrière un masque et des gants de latex.

A Bologne, capitale de l’Emile-Romagne (centre) et de la mortadelle, Clara Castelli, une retraitée de 83 ans, fait part de son désarroi: « Je me sens oppressée, dans cette ville où on ne rencontre plus personne, où les magasins ont baissé leur rideau par manque de clients, tout ça me rend triste. »

Au Vatican aussi, la vie semble arrêtée : le Saint-Siège a diffusé une vidéo du pape François célébrant tout seul sa messe quotidienne à la résidence Sainte-Marthe, à quelques pas de la Basilique Saint-Pierre. « Prions le Seigneur pour nos prêtres, pour qu’ils aient le courage de sortir et d’aller visiter les malades », a-t-il exhorté.

Comme dans toute situation de crise, la nature humaine réserve son lot de bonnes et mauvaises surprises.

Côté pile, cette note manuscrite dans le hall défraîchi d’un immeuble du quartier romain de Trastevere: « A l’attention des personnes âgées de l’immeuble: nous sommes prêts à vous aider pour faire vos courses ou d’autres commissions. Tommaso et Giulia. »

Côté face, dans le quartier de Prati près du Vatican, un homme d’une cinquantaine d’années sort furieux d’un bar. « Le serveur a fait une blague raciste devant trois Asiatiques qui ne comprenaient rien! C’est honteux, on vaut mieux que ça », lance-t-il.

Grazia, une pimpante octogénaire romaine, n’a cure des consignes de confinement et est sortie pour acheter sa marque préférée de yaourts: « Je ne peux pas rester tout le temps à la maison (…) Je mets des gants quand je sors. J’ai des masques mais je ne les utilise pas encore ».

« Il n’y a jamais de file comme ça », s’exclame-t-elle devant une queue d’une dizaine personnes respectant scrupuleusement la distance de sécurité d’au moins un mètre.

Michele, un jeune employé, s’active pour remplir les rayons: « les pâtes, la sauce tomate en boîte, le thon et le papier hygiénique sont en tête du classement… et bien sûr l’Amuchina! », le produit désinfectant préféré des Italiens.

Débordé, Emiliano, qui s’occupe des livraisons à domicile, va travailler jusqu’à 23H00: « Les Romains sont devenus fous, ils se retranchent chez eux! »

Non loin de l’épicerie, Manuela Prinzis, 43 ans, promène son fils de six ans: « On avait besoin de règles plus strictes », estime-t-elle. « Les Italiens ne respectent pas les règles. On n’est pas habitués aux règles ».

Cela est peut-être en train de changer. L’Italie n’a plus le choix: avec plus de 9.000 cas dont 463 mort, la patrie de Dante, auteur de « L’Enfer », première des trois parties de la Divine Comédie, est le pays le plus touché du monde après la Chine.


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