A l’occasion de la célébration du 66e anniversaire de l’indépendance de la République centrafricaine, le préside Faustin-Archange Touadera s’est adressé à son peule. Voici l’intégralité de son discours.
– Centrafricaines, Centrafricains ;
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– Mes Chers Compatriotes ;
C’est avec un profond sentiment de fierté et d’humilité que je m’adresse à vous, en ce 13 août 2026, jour où notre Nation célèbre le 66ème anniversaire de son indépendance.
Il y a soixante-six (66) ans, notre pays accédait à la souveraineté internationale, portant les espoirs et les rêves d’un peuple déterminé à écrire sa propre histoire.
Cette date n’est pas un simple rappel du calendrier ; elle est la mémoire vivante d’un combat, d’une conquête et d’un serment que nos aînés ont fait à la postérité : celui de bâtir une nation libre, unie et prospère.
Se rassembler autour du drapeau national est un acte de gratitude.
En ce jour solennel, ma pensée va vers celui qui a porté le flambeau de notre émancipation, le Président-Fondateur Barthélémy BOGANDA, dont la vision d’une Centrafrique unie et digne demeure une boussole pour chacun d’entre nous.
Son sacrifice et sa vision guident nos pas vers une nation maîtresse de son destin.
Je m’incline également devant la mémoire de tous les fils et filles de notre pays qui, à travers les décennies, ont donné leur énergie, parfois leur vie, pour que notre drapeau flotte librement.
Leur combat n’était pas seulement celui d’une indépendance politique ; il était aussi celui d’une dignité retrouvée, d’un peuple qui refusait d’être spectateur de son propre destin.
Soixante-six années, mes Chers Compatriotes, c’est à la fois beaucoup et peu.
Beaucoup, si l’on considère les épreuves traversées : les crises politiques, les conflits armés, les souffrances de nos populations déplacées, les défis économiques hérités de décennies d’instabilité politique.
Peu, si l’on mesure le chemin qu’il nous reste collectivement à parcourir pour offrir à chaque Centrafricain une vie digne de ce nom.
L’année 2026 marque un tournant historique avec l’avènement de la 7ème République. Les choix courageux que nous avons faits ensemble dessinent les contours d’un Etat plus fort et plus juste.
Ce changement institutionnel n’est pas une simple formalité : il engage la transformation radicale et globale de notre pays.
Nous ne réparons pas l’ancien système, nous bâtissons une nouvelle Centrafrique. Cette métamorphose doit se déployer sur tous les fronts : politique, sécuritaire, économique, social et environnemental.
Cette transformation structurelle exige avant tout une révolution culturelle : le changement profond de nos mentalités.
Aucune loi, aucune route, aucune industrie ne pourra transformer la République Centrafricaine si nous ne transformons pas d’abord notre manière de penser et d’agir.
Nous devons rompre définitivement avec les vieux démons du passé : l’incivisme, la corruption, la paresse et la culture du moindre effort, le tribalisme et le népotisme.
Le fonctionnaire doit se comporter en serviteur du peuple, et le juge en gardien des lois de la République.
Oui, mes Chers Compatriotes, la refondation de notre pays exige une gouvernance irréprochable.
J’ai instruit le Gouvernement de redoubler d’efforts dans la lutte contre la corruption et le détournement des deniers et biens publics ainsi que les mauvaises manières de servir.
Notre économie se modernise. Nous investissons massivement dans le désenclavement du pays par la construction du Corridor 13, du port fluvial de MONGOUMBA dans la Préfecture de la Lobaye.
Cette infrastructure hautement stratégique pour le désenclavement économique, l’intégration économique de notre sous-région et la souveraineté économique de notre pays, sera complétée par le projet de Corridor 14 avec le pont Bangui-Zongo qui reliera notre pays à la République Démocratique du Congo et le Burundi, avec des extensions prévues pour l’Ouganda.
La réhabilitation des routes, l’accès à l’eau potable, l’augmentation de notre capacité de production énergétique sont également des signaux de notre progression vers l’indépendance économique.
Mais notre plus grande richesse reste notre jeunesse. C’est pourquoi l’éducation, la formation technique et l’appui à l’entrepreneuriat des jeunes sont les priorités absolues de ce septennat.
Je suis persuadé qu’une jeunesse éduquée et employée est le meilleur rempart contre l’instabilité.
– Centrafricaines, Centrafricains ;
– Mes Chers Compatriotes ;
La souveraineté ne se proclame pas seulement ; elle vit à travers l’exercice plein et entier de l’autorité de l’Etat sur chaque kilomètre carré de notre territoire.
A cet égard, la récente et lâche agression perpétrée à Am-Dafock est venue nous rappeler la nature des menaces qui pèsent sur notre patrie.
Des forces négatives coalisées, appuyées par des mercenaires étrangers, ont tenté de violer l’intégrité de notre territoire.
A nos vaillants soldats et nos alliés qui ont réagi avec un patriotisme exemplaire pour libérer et sécuriser Am-Dafock, j’exprime la reconnaissance éternelle de la Nation.
Nous nous inclinons devant la mémoire de nos soldats tombés pour la patrie, ainsi que des casques bleus blessés dans l’accomplissement de leur devoir de protection des civils.
Que les ennemis de la République Centrafricaine le sachent : aucune incursion, aucun chantage sécuritaire ne fera reculer la République. Notre riposte sera systématique, globale et implacable.
Le programme de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Rapatriement (DDRR) se poursuit pour ramener tous les enfants égarés de la patrie dans la République.
L’administration, les Magistrats et les forces de l’ordre sont de retour dans nos préfectures pour garantir la paix.
En dépit des vicissitudes de notre histoire, notre peuple a fait preuve d’une résilience remarquable. Nous avons su, à chaque étape difficile, retrouver le chemin du dialogue et de la réconciliation. C’est cette capacité à nous relever qui constitue la véritable richesse de notre Nation.
Mes chers Compatriotes ;
Ce soir, je ne viens pas devant vous pour dresser un tableau idyllique de notre situation. Je viens pour vous parler avec vérité et responsabilité.
La paix et la sécurité demeurent notre priorité absolue. La réconciliation nationale doit continuer d’être notre boussole.
Il ne peut y avoir de développement durable sans une cohésion sociale retrouvée entre toutes les filles et tous les fils de ce pays, quelles que soient leur région, leur confession ou leur appartenance politique.
Le développement économique et social reste un chantier immense : routes, écoles, hôpitaux, accès à l’eau et à l’électricité, création d’emplois pour la jeunesse.
A nos jeunes qui représentent l’immense majorité de notre population, je rappelle que l’avenir de ce pays repose sur leurs épaules. Ils sont à la fois notre grande richesse et notre plus grande responsabilité.
C’est pourquoi, je me suis engagé à ce que l’Etat investisse davantage dans leur formation, leur insertion professionnelle et leur participation à la vie de la Nation.
A nos forces vives : agriculteurs, opérateurs économiques, enseignants, soignants, membres des forces de défense et de sécurité, femmes actrices de paix dans nos communautés, je redis notre reconnaissance.
C’est par leur travail quotidien que se construit, pierre après pierre, la République Centrafricaine de demain.
Mes chers Compatriotes ;
L’œuvre de notre transformation nationale n’est pas un projet insulaire ; elle s’inscrit pleinement dans les dynamiques et les défis de notre siècle.
Nous célébrons ce 66ème anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale dans un environnement régional qui appelle à la fois lucidité et solidarité.
A nos frontières, la guerre fratricide qui déchire le Soudan voisin continue de projeter son onde de choc sur nos préfectures du Nord-Est où nos forces de défense demeurent mobilisées et où notre pays accueille, avec les moyens qui sont les siens, des milliers de réfugiés ayant fui les combats.
Dans l’Est de la République Démocratique du Congo, l’instabilité persistante pèse également sur l’équilibre de l’ensemble de notre sous-région.
Notre région fait également face à des risques sanitaires transfrontaliers. Depuis mai 2026, une épidémie de maladie à virus Ebola sévit à l’Est de la République Démocratique du Congo, d’une gravité telle que l’Organisation Mondiale de la Santé a déclaré une urgence sanitaire de portée internationale.
Ces épidémies récurrentes nous rappellent une vérité essentielle : la souveraineté d’une nation ne se mesure pas seulement à ses frontières ou à ses institutions, mais aussi à sa capacité à protéger la vie et la santé de son peuple sans dépendre exclusivement de l’aide extérieure.
Notre pays fait aussi face à une épidémie de choléra déclarée le 26 juin 2026.
Aussi, le renforcement de notre système de santé, de notre autonomie sanitaire et de nos capacités nationales de surveillance épidémiologique doit-il demeurer, plus que jamais, une priorité.
Ce contexte nous rappelle une vérité essentielle : la paix et la prospérité de la République Centrafricaine sont indissociables de celle de ses voisins.
C’est pourquoi, nous continuerons de travailler, aux côtés de nos frères et sœurs de la sous-région et avec le soutien de la communauté internationale, à la construction d’un espace commun de paix, de sécurité et de prospérité partagée.
Mes chers Compatriotes ;
Il est des vérités que l’on ne proclame qu’à genou devant l’histoire : notre indépendance n’est pas un parchemin jauni dans les archives de la Nation ; elle est une flamme vivante que chaque génération doit nourrir de son sang, de sa sueur et de sa foi.
Nos aînés l’ont arrachée à la domination, nos martyrs l’ont défendue au prix du sacrifice suprême ; et voici qu’aujourd’hui, elle repose entre nos mains, fragile comme une braise, puissante comme un serment.
Que nul ne s’y trompe : une nation qui attend son salut d’ailleurs est une nation qui renonce à elle-même.
La paix que nous avons péniblement reconquise n’est pas un cadeau qu’il suffit de recevoir, c’est une citadelle qu’il faut chaque jour défendre, par le travail, par la vigilance, par l’unité.
Aucune main étrangère, si secourable soit-elle, ne bâtira à notre place la maison Centrafrique. Ce sont nos mains qui doivent élever, pierre par pierre, l’édifice de notre destin commun.
Alors, je m’adresse à la conscience de chaque Centrafricain : l’heure n’est plus aux calculs mesquins, aux divisions fratricides, aux haines recuites qui ont longtemps saigné notre terre.
L’heure est au sacrifice consenti pour la patrie ! Car un peuple divisé contre lui-même ne mérite pas le nom de nation, mais un peuple uni dans l’effort devient invincible face à l’adversité.
Que chacun de nous prête ce serment silencieux : je servirai la République Centrafricaine avant de me servir moi-même ; je construirai plutôt que je ne détruirai ; je rassemblerai plutôt que je ne diviserai.
Car c’est ainsi que, et seulement ainsi, dans la ferveur de notre unité retrouvée, que nous rendrons un hommage digne à nos martyrs, et que nous léguerons aux générations futures, non pas des ruines et des rancœurs, mais une République Centrafricaine debout, souveraine et éternellement libre.
Oui, mes Chers Compatriotes, l’indépendance ne se proclame pas une fois pour toutes : elle se construit, se défend et se consolide chaque jour, par le travail et l’engagement de chacun d’entre nous.
Aujourd’hui, la République Centrafricaine a franchi des étapes décisives sur le chemin de la paix et de la stabilité. Mais ces acquis resteront toujours fragiles si nous, Centrafricains, ne nous en emparons pas pleinement.
Bâtir notre pays n’est pas la tâche de l’Etat seul, ni celle des partenaires extérieurs qui nous accompagnent : c’est notre responsabilité collective.
Chaque agriculteur qui cultive sa terre, chaque enseignant qui forme la jeunesse, chaque fonctionnaire qui sert avec intégrité, chaque jeune qui choisit la paix plutôt que les armes, participe à cette œuvre de reconstruction nationale.
Nous devons faire nôtre cette exigence : refuser la division, rejeter la facilité et privilégier l’effort commun au service d’une République Centrafricaine unie, souveraine et prospère.
C’est par notre travail, notre discipline et notre unité que nous honorerons véritablement le sacrifice de ceux qui nous ont précédés, et que nous léguerons à nos enfants un pays digne de leurs espérances.
L’indépendance est un chantier permanent. Elle demande le respect strict de notre devise : Unité, Dignité, Travail.
Je lance donc un appel vibrant à toutes les forces vives de la Nation, de l’intérieur comme de la diaspora, pour surmonter les clivages et bâtir ensemble une République Centrafricaine unie et prospère.
Refusez les discours de division et de haine devenus malheureusement viraux sur les réseaux sociaux.
Regardons l’avenir avec confiance et détermination. Le redressement de notre patrie est en marche, et rien ne pourra l’arrêter tant que nous restons unis.
Mes chers Compatriotes ;
En ce 66ème anniversaire de notre indépendance, je vous invite à la fois au recueillement, envers ceux qui nous ont précédés, et à la mobilisation, pour ceux qui nous succéderont.
Notre histoire n’est pas terminée ; elle s’écrit chaque jour à travers nos choix collectifs, notre capacité à dépasser nos divisions et notre détermination à faire de la République Centrafricaine une nation stable, unie et prospère.
J’ai le plaisir de vous inviter à prendre part massivement à une parade militaire que nos forces de défense et de sécurité nous offriront demain, au Camp KASSAÏ.
L’Armée, je dois le redire, concentre en elle-même les valeurs de l’unité nationale, du patriotisme, du sacrifice et de l’engagement au service de la Nation, valeurs que nous devons inculquer aux générations actuelles et futures.
En ce jour de l’indépendance, je félicite les officiers, sous-officiers, hommes du rang de nos forces de défense et de sécurité, pour leur patriotisme et leur sens de sacrifice suprême qui ont permis de restaurer l’autorité de l’Etat sur notre territoire et de garantir la souveraineté de notre pays.
J’exprime la reconnaissance de notre Nation à la MINUSCA ainsi qu’aux forces bilatérales russes et rwandaises pour les sacrifices consentis pour notre souveraineté.
En ce jour de ferveur et de mémoire, je tiens, mes chers Compatriotes de l’intérieur comme de la diaspora, à vous adresser mes félicitations et mes vœux les plus chaleureux de paix, d’unité et de prospérité.
Vive l’indépendance !
Que Dieu bénisse la République Centrafricaine et son Peuple !
Je vous remercie.




