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Robert Mugabe : la chute d’un héros devenu un « démon »

Peu de dirigeants africains ont autant marqué le monde que Robert Mugabe, l’ex président zimbabwéen décédé le 06 septembre 2019 à l’âge de 95 ans. Selon les convictions politiques des uns et des autres, « Oncle Bob » (son surnom) était un héros, un méchant, un démon ou un ange.Admiré pour ses prouesses oratoires et sa profonde conviction quant au rôle subalterne des noirs dans les affaires mondiales, Mugabe était l’un des rares dirigeants africains à pouvoir captiver un auditoire, grâce à sa capacité à articuler avec éloquence les problèmes mondiaux du point de vue des pays du Sud.

Né le 24 février 1924 dans le district de Zvimba au Zimbabwe, Mugabe était le champion de la libération politique et économique des Africains. Il n’a jamais été facilement intimidé par les répercussions de sa résistance ou de sa remise en question de l’hégémonie occidentale.

Pour cette raison, le Zimbabwe et lui-même ont eu à souffrir des sanctions économiques que l’Occident leur a imposées depuis 2003.

Il était l’un des rares partisans de la réforme du système financier international, qui impose des conditions strictes à l’aide au développement de l’Afrique.

Il a toujours insisté sur le fait que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, dominés par les Etats-Unis, adoptaient des approches biaisées et sélectives, et devaient être réformés de manière à répondre aux besoins de développement de l’Afrique et du reste du monde en voie de développement.

Mugabe a donné un message d’espoir et d’unité à des millions de ses compatriotes lorsqu’il est devenu le premier noir nommé Premier ministre au Zimbabwe, devenu nouvellement indépendant le 18 avril 1980.

Durant les premières années de son règne, il n’a pas déçu à propos de sa promesse d’améliorer les conditions de vie des Zimbabwéens. L’un de ses succès a été sa capacité à mettre en place un système éducatif gratuit dans les années 1980 et 1990, qui était envié par de nombreux pays voisins du Zimbabwe et même par d’autres pays plus lointains.

Sous son règne, le Zimbabwe est resté l’un des pays ayant l’un des taux d’alphabétisation les plus élevés d’Afrique subsaharienne, dépassant en moyenne 90% de la population au cours de la plus grande partie des 30 dernières années.

Le système de fourniture de soins de santé du Zimbabwe était l’un des meilleurs en Afrique au cours de la première décennie de son indépendance, avant qu’il ne commence à s’effondrer à la fin de ses 37 ans de règne, en raison d’un manque d’aide budgétaire et de la corruption.

Cependant, la plupart de ses réalisations survenues au début du règne ont été gâchées par un certain nombre de mauvais choix.

Selon certains observateurs, le dirigeant zimbabwéen a opéré un tournant décisif en janvier 1992, à la mort de sa première femme, Sally, considérée par beaucoup comme la seule personne qui était capable de le conseiller et de le retenir.

Sarah Francesca Hayfron, plus connue sous le nom de Sally, était une Ghanéenne que Mugabe a rencontrée lorsqu’il enseignait dans ce pays d’Afrique de l’ouest et qu’il a épousée en avril 1961.

Environ quatre ans après la mort de Sally, Mugabe officialisa son union avec sa petite amie, Grace Marufu, avec laquelle il entretenait une relation amoureuse, alors que sa première femme se battait contre une maladie du rein qui lui a coûté la vie.

Le couple s’est marié en août 1996, mais avait déjà trois enfants. Le premier est né alors que Sally était encore en vie.

Les choses ne furent plus jamais les mêmes pour l’homme que chérissaient jadis les Zimbabwéens.

L’ancien président du Zimbabwe a été à l’origine de la colère de l’Occident lorsqu’il a ordonné aux agriculteurs blancs de quitter leurs propriétés en 2000 dans le cadre d’un vaste programme de réforme agraire qu’il considérait comme nécessaire pour remédier aux inégalités historiques dans l’appropriation des ressources naturelles du pays.

Le programme visait à allouer des terres à plus de 300.000 familles, mais sa mise en œuvre n’a pas été bien menée, ce qui a entraîné des pénuries alimentaires et la fermeture d’entreprises dont la matière première dépendait des productions agricoles.

Les difficultés du pays ont été à leur paroxysme en 2008 lorsque l’inflation a atteint le taux de 230 milliards, pendant que les produits alimentaires disparaissaient des rayons de magasins.

Confronté à une crise économique et face aux perspectives de défaite électorale, Mugabe s’est transformé en despote qui matait toute velléité de contestation par l’opposition.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été son retournement contre ses propres lieutenants, notamment le limogeage de son confident de toujours, Emmerson Mnangagwa, en novembre 2017. Pour rappel, Mnangagwa était alors le vice-président du Zimbabwe.

Il s’en était suivi un coup militaire qui a renversé Mugabe au cours du même mois.

Mugabe dont le corps est arrivé au Zimbabwe mercredi dernier en provenance de Singapour devrait être enterré lors d’une cérémonie privée dans son village natal la semaine prochaine.




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