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Le scandale du « Bridgegate » devant la Cour suprême des Etats-Unis

Un coup bas politique doit-il envoyer son auteur en prison? La Cour suprême des Etats-Unis revient mardi sur le scandale dit du « Bridgegate », une affaire de vengeance, d’embouteillages monstres et d’ambition présidentielle.

De l’avis général, l’affaire est « mesquine ». Elle remonte à 2013, quand le gouverneur républicain du New Jersey, Chris Christie, en pleine campagne de réélection, tente de rallier des élus démocrates pour s’assurer une image de modéré.

Courtisé, le maire démocrate de Fort Lee refuse de le soutenir. Peu après, une proche collaboratrice du gouverneur, Bridget Kelly, engage des représailles. « C’est le moment pour des problèmes de circulation à Fort Lee », écrit-elle dans un mail à un responsable de l’autorité portuaire de New York et du New Jersey, qui contrôle les ponts entre les deux Etats.

Le 9 septembre, jour de la rentrée des classes, les voies de circulation sur le pont George Washington, l’un des plus utilisé au monde avec près de 300.000 utilisateurs quotidiens, sont modifiées: les trois voies habituellement réservées aux automobilistes de Fort Lee pour atteindre New York sont réduites à une seule.

La ville, située en contre-bas de l’édifice, est totalement congestionnée, les enfants arrivent en retard à l’école, les ambulances à l’hôpital. Après quatre jours de chaos, un haut responsable de l’Autorité portuaire met le holà et la situation revient à la normale.

– « Ministère de la Vérité » –

Rattrapé par le scandale, M. Christie, qui espère par ailleurs endosser les couleurs républicaines à la présidentielle de 2016, jure ne pas avoir été au courant et limoge Mme Kelly. Dénonçant un comportement d’une « stupidité abjecte », il affirme avoir « le coeur brisé ».

Malgré ses dénégations, sa popularité chute dans les sondages. Ses ambitions pour la Maison Blanche ne s’en remettront pas et il finira par se rallier à la campagne de Donald Trump.

L’affaire n’en reste pas là. Saisie par des usagers, la justice fédérale mène l’enquête et un tribunal condamne en 2017 Mme Kelly et un responsable de l’autorité portuaire à des peines de 18 et 24 mois de prison, réduites à 13 et 18 mois en appel.

Selon ces jugements, ils ont commis une « fraude » en prétextant vouloir mener une étude sur la circulation, afin de dissimuler leur véritable motivation.

En désaccord avec cette analyse, les condamnés se sont tournés vers la Cour suprême. L’attitude en cause « était mesquine, insensible et peu judicieuse », mais la qualifier de « fraude » est « absurde », ont écrit leurs avocats à la haute juridiction.

« Dans notre système, les abus de pouvoir politique sont résolus politiquement », ont-ils plaidé, et s’il doit y avoir des poursuites, elles doivent se faire dans « le respect de l’Etat de droit ». Sinon, ont-ils mis en garde, le ministère de la Justice risque de se transformer en « ministère de la Vérité ».

– « Un sale coup » –

Le gouvernement du président Trump demande lui à la Cour suprême de confirmer la décision des tribunaux. « Les comploteurs » ont bien détourné des moyens publics (les heures de travail des employés du pont notamment) et n’ont pu le faire qu’en « mentant », a argumenté son représentant.

Les neuf sages du temple du droit américain entendront ces arguments mardi et rendront leur décision d’ici juin.

Les condamnés « ne sont pas particulièrement sympathiques, ils ont fait un sale coup qui a causé du mal », a relevé lors d’une conférence l’avocat Tom Goldstein, cofondateur du site Scotusblog.

Mais selon lui, les neuf sages ont déjà exprimé leur inquiétude face à l’intervention des procureurs dans la sphère politique et pourraient « préférer laisser les électeurs trancher ce type de problèmes que mettre des gens en prison. »




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