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L’affaire Dos Santos dévoile les pratiques des cabinets d’audit, « facilitateurs » d’abus financiers

L’affaire Isabel Dos Santos met en lumière la constellation de cabinets d’audit, d’avocats ou de conseil accusés de fermer parfois les yeux sur l’origine douteuse de la fortune de leurs clients, en particulier les « Big Four », les quatre plus grands cabinets comptables du monde.

Ce nouveau scandale montre comment des centaines d’entreprises, « beaucoup étant basées dans des paradis fiscaux comme les Iles vierges britanniques, ont été utilisées par Isabel dos Santos pour devenir la femme la plus riche d’Afrique pendant que des millions d’Angolais vivent dans une extrême pauvreté », dénonce l’ONG Global Witness.

Le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) a dévoilé dimanche une série de documents décrivant les montages financiers mis en place par la fille de l’ex-président angolais Jose Edouardo Dos Santos pour, dit-il, siphonner l’argent des sociétés publiques du pays.

Ces documents baptisés « Luanda Leaks » illustrent notamment le rôle de « facilitateurs » joué par les grands cabinets comptables, qui ont tous travaillé pour les Dos Santos à un moment donné, notamment PricewaterHouseCooper (PwC), KPMG, EY et Deloitte.

D’après l’enquête du consortium, ces entreprises tout comme des sociétés de conseil comme Boston Consulting Group (BCG) ou des cabinets d’avocats « ont fait circuler de l’argent, audité des comptes, créé des sociétés écran, suggéré des manières d’éviter les impôts en ignorant les signaux d’alerte », écrit l’ICIJ.

KPMG n’a pas répondu aux demandes de commentaires de l’AFP. EY dit respecter la législation et ne pas s’exprimer sur ses clients par mesure de confidentialité, tout comme Deloitte, qui rappelle « ne plus travailler pour Finstar », société de satellite télé où étaient investis les Dos Santos.

– « Signaux d’alerte » –

Un porte-parole du BCG a affirmé qu’en Angola, la société de conseil « avait examiné les structures de paiement et les contrats (..) pour s’assurer de leur conformité avec les politiques en vigueur et éviter la corruption et autres risques ».

PwC, particulièrement mis en cause par les « Luanda Leaks », a réagi en affirmant « lancer immédiatement une enquête interne » et mettre fin à « tout travail pour des entités contrôlées par la famille Dos Santos ».

Et des têtes pourraient commencer à tomber à la suite des révélations.

« La démission du responsable de PwC pour l’Angola et le Portugal Jaime Esteves est probablement juste le début d’une réévaluation en profondeur des liens des milieux d’affaires avec Isabel Dos Santos », estime Alex Vines, analyste du centre de réflexion Chatham House.

Mme Dos Santos, qui fait l’objet d’une enquête de la justice angolaise, laquelle a bloqué ses comptes et avoirs locaux, qualifie pour sa part ces accusations de mensonges motivés politiquement.

L’ICIJ fait notamment remarquer que Mme Dos Santos, en qualité de « personnalités politiquement exposées » aurait dû, comme l’exige la législation européenne, faire l’objet d’une évaluation par les cabinets d’audit et d’avocats pour détecter de possibles signaux de corruption ou conflits d’intérêt.

La plupart des banques occidentales, soumises à des règles plus strictes que ces cabinets, ont d’ailleurs refusé de travailler pour Mme Dos Santos, relève l’ICIJ.

Or « les signaux d’alerte sont apparus quand elle a été nommée directrice de » Sonangol, la société pétrolière d’Etat en Angola, remarque Daniel Bruce, directeur général de Transparency International UK, interrogé par l’AFP.

C’est le dernier scandale en date pour un secteur qui en compte beaucoup. La faillite d’Enron et le rôle joué par Arthur Andersen qui avait validé ses comptes falsifiés ont sonné le glas des « Big Five » à l’orée des années 2000.

– Somptueuses propriétés –

Au Royaume-Uni, ces cabinets d’audit sont par ailleurs critiqués pour avoir certifié les comptes de groupes qui périclitaient sans agir, comme la chaîne de grands magasins BHS, le groupe de construction Carillion ou le voyagiste Thomas Cook.

Le rôle d’agents immobilier ou autres intermédiaires qui ont permis à Mme Dos Santos d’acquérir trois somptueuses propriétés à Londres ou encore un yacht est également dénoncé par l’enquête du consortium.

Un rapport de l’ONG Transparency International en octobre épinglait déjà les bijoux, voitures de course et autres propriétés luxueuses impliqués dans le circuit de blanchiment de l’argent sale transitant par le Royaume-Uni.

Enfin, des cabinets d’avocats « importants au Portugal », ancien colonisateur de l’Angola, sont accusés par l’ICIJ d’avoir aidé Mme Dos Santos à créer des sociétés écran dans des paradis fiscaux comme Hong Kong ou l’Ile Maurice, qui rendent difficile le traçage des fonds et coopèrent mollement ou pas du tout avec les autorités d’autres pays.

« Dans trop d’endroits comme les territoires britanniques d’outre-mer, il reste trop facile de créer des entreprises anonymes, y placer les fortunes suspicieuses, et les utiliser pour acheter des propriétés ou des biens de luxe » en blanchissant ainsi ces fonds, dénonce Global Witness.

Il y a « un manque d’application (des lois anti-corruption et blanchiment au Royaume-Uni) et pas d’incitation crédible pour s’assurer que les vérifications sont faites », renchérit Daniel Bruce.

Pour Tax Justice Network, tant qu’il n’y aura pas d’adhésion mondiale aux normes de lutte contre le blanchiment, la corruption et les infractions aux obligations fiscales se porteront bien.




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