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Guinée: au moins un mort pendant la mobilisation contre un 3e mandat de Condé

Au moins un adolescent a été tué lundi à Conakry, selon un médecin, dans des heurts dans plusieurs quartiers entre les forces de sécurité massivement déployées et des milliers d’opposants à un troisième mandat de l’actuel président Alpha Condé.

La quasi-totalité des quartiers périphériques de Conakry a été la proie d’affrontements entre petits groupes éclatés dressant des barricades, incendiant des pneus, lançant des pierres, et policiers et gendarmes répliquant par des tirs de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes, mais aussi à balle réelle, a rapporté un correspondant de l’AFP.

Le centre, siège de la présidence, des ministères et des ambassades, placé sous protection, présentait un air de ville fantôme avec ses magasins fermés.

Dès les premières heures de cette journée à hauts risques dans un pays coutumier des protestations et des répressions violentes, des centaines de gendarmes et policiers se sont employés à éteindre le moindre foyer de contestation, comme à Cosa, un fief de l’opposition, a constaté un correspondant de l’AFP.

« Il faut les empêcher de se rassembler, aucun attroupement n’est autorisé », criait sur un ton menaçant un des officiers dirigeant l’opération.

Les troubles ont néanmoins agité les faubourgs.

Un adolescent de 16 ans a été tué et quatre personnes gravement blessées par des tirs des forces de l’ordre dans le quartier de Sonfonia Gare, a dit à l’AFP le docteur Bella Diallo qui les a fait évacuer. Deux autres jeunes ont été blessés par balle dans un autre quartier, Wanidara, ont indiqué deux journalistes et un médecin s’exprimant sous couvert d’anonymat pour leur sécurité.

Aucune confirmation de la mort de l’adolescent, Mamadou Lamarana Bah, n’a été obtenue de la police.

Pour son père Tély Oury Bah, il « a été froidement abattu par un agent de la force publique, armé par l’Etat guinéen ».

– Opposants sous surveillance –

« Je ne peux même pas aller voir le corps à la morgue de l’hôpital puisqu’il n’y a pas de passage, les routes sont bloquées », s’est-il ému. « Je m’en remets à Dieu le Tout Puissant, je ne pardonnerai jamais aux policiers et gendarmes qui prennent les armes contre la population, ni à leurs commanditaires », a-t-il proclamé.

Les activités étaient paralysées dans plusieurs autres villes où les écoles ont renvoyé les élèves chez eux, ont indiqué des habitants et des journalistes sur place.

La tension n’a cessé de monter depuis l’appel à la manifestation lancé il y a une semaine par le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC). Cette coalition rassemblant des partis d’opposition, des syndicats et des membres de la société civile s’oppose farouchement à une révision de la Constitution évoquée par le pouvoir.

Elle permettrait à Alpha Condé, 81 ans, de se présenter fin 2020 pour un troisième mandat, alors que la Constitution en limite actuellement le nombre à deux. L’opposition s’attend à ce qu’il officialise bientôt la tenue d’un référendum constitutionnel. Fin septembre, il avait demandé aux Guinéens de s’y « préparer ».

L’opposition dénonce un projet de coup d’Etat institutionnel et la dérive « dictatoriale » de celui qui fut lui-même un opposant historique ayant connu la prison pour son engagement contre différents régimes autoritaires, avant de devenir le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d’Afrique de l’Ouest.

Au moins une vingtaine d’opposants ont été arrêtés depuis samedi, selon le FNDC.

Policiers et gendarmes ont pris position lundi près des domiciles du chef de l’opposition et président de l’Union des fores démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo, et du président de l’Union des forces républicaines (UFR), Sidya Touré, interdisant aux journalistes d’approcher.

L’intransigeance affichée de part et d’autre avant la mobilisation susctitait des inquiétudes: selon l’opposition, une centaine de manifestants ont été tués par les forces de l’ordre depuis l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé en décembre 2010. Les autorités parlent quant à elles d’une douzaine de policiers ou militaires tués lors de manifestations au cours de cette période.

Le gouvernement a prévenu qu’il ne cèderait « pas le moindre centimètre carré au règne de l’anarchie », affirmant que la mobilisation n’avait pas été dûment déclarée et était donc illégale.




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