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Coup de filet contre la société civile guinéenne avant des manifestations à haut risque

Les autorités guinéennes ont procédé samedi à l’interpellation de plusieurs figures de la société civile engagées dans la contestation contre l’ambition prêtée au président Alpha Condé de briguer un troisième mandat, à 48 heures de manifestations considérées comme à haut risque.

Une demi-douzaine de dirigeants du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), une coalition créée en avril par des partis d’opposition, des syndicats et des membres de la société civile, ont été interpellés par des membres des forces de l’ordre « cagoulés » au domicile de leur coordinateur, Abdourahamane Sanoh, alors qu’ils se préparaient à donner une conférence de presse pour détailler les modalités de la mobilisation prévue lundi, selon l’opposition.

Outre M. Sanoh, les personnalités interpellées, membres comme lui d’associations de la société civile, sont le responsable des opérations du FNDC, Ibrahima Diallo, des stratégies et de la planification, Sékou Koundouno, et Mamadou Baïlo Barry, de l’ONG Destin en Main.

« Les cinq, peut-être six membres du Front interpellés sont retenus à la Police judiciaire », a déclaré à l’AFP Asmaou Barry Diallo, l’épouse d’lbrahima Diallo.

L’avocat du FNDC, Salifou Béavogui, a qualifié la situation « d’extrêmement grave ». Le chef de l’opposition politique, Cellou Dalein Diallo, a quant à lui dénoncé des interpellations « arbitraires ».

– ‘Manifestation maintenue’ –

Le coup de filet de samedi intervient dans un contexte de plus en plus tendu, le FNDC ayant appelé les Guinéens à se « mobiliser » à partir de lundi pour dénoncer un projet de révision de la Constitution qui permettrait à Alpha Condé de briguer un troisième mandat.

« Nous ne sommes nullement ébranlés par ces arrestations que je mets dans le registre des intimidations. Je réitère que la manifestation du lundi 14 octobre 2019 reste et demeure maintenue », a déclaré samedi un autre responsable du FNDC, Oumar Sylla.

Ancien opposant historique, le président Alpha Condé, 81 ans, est le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d’Afrique de l’Ouest, régie jusqu’alors par des pouvoirs autoritaires, voire dictatoriaux. Le président, dont le deuxième mandat s’achève en octobre 2020, a souvent contesté la pertinence de la limitation du nombre de mandats en Afrique – deux maximum en Guinée.

L’opposition s’attend à ce qu’il officialise bientôt la tenue d’un référendum constitutionnel. Fin septembre, il avait demandé aux Guinéens de s’y « préparer ».

Son Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana, vient d’achever des consultations en ce sens, qualifiées de « mascarades » par l’opposition, dont les députés ont annoncé vendredi qu’ils « suspendaient » jusqu’à nouvel ordre leur participation aux travaux de l’Assemblée nationale.

– Risques de violences –

L’opposition met en garde contre de nouvelles violences lundi, alors qu’une centaine de manifestants ont été, selon elle, tués par les forces de l’ordre depuis l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé en décembre 2010. Les autorités font pour leur part état d’une douzaine de policiers ou militaires tués lors de manifestations au cours de cette période.

Le Front a recommandé aux compagnies minières, banques, usines, stations-service et aux autres entreprises publiques et privées de « suspendre toute activité durant les manifestations, en vue d’éviter tout incident dommageable ». Le gouvernement a prévenu qu’il ne cèderait « pas le moindre centimètre carré au règne de l’anarchie ».

« Dans un contexte de débat politique acharné en Guinée, il est plus important que jamais de protéger le droit de manifester pacifiquement », avait estimé le 3 octobre la directrice pour l’Afrique de l’Ouest de Human Rights Watch, Corinne Dufka. Selon l’ONG, les autorités guinéennes ont interdit « de fait » une vingtaine de manifestations depuis plus d’un an, utilisant « des gaz lacrymogènes contre les personnes qui défiaient l’interdiction » et arrêtant « des dizaines de manifestants ».

Samedi, le chef d’état-major général des armées, Namory Traoré, a indiqué que les militaires, dont des éléments incontrôlés sont accusés d’avoir commis des exactions lors de manifestations, seront « consignés dans leur casernes à partir du 14 octobre ». Il a par ailleurs « invité » la police et la gendarmerie à « agir avec professionnalisme dans le strict respect des lois de la république ».




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