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Tunisie: à Ben Guerdane, une attaque «sans précédent» et «coordonnée»

Les combats entre les forces de l'ordre et des groupes de présumés jihadistes ayant pris d'assaut des bâtiments de l'armée et de la police ont fait au moins 50 morts

 

"Il síagit díune attaque sans précédent, coordonnée", a déclaré Béji Caïd Essebsi qui s'exprimait devant la presse, avant d'ajouter que l'objectif des assaillants était de «prendre le contrôle» de cette ville frontalière avec la Libye et d'en faire une «nouvelle province» islamique.

Des propos qui font écho à ceux de présumés jihadistes tunisiens, arrêtés en Libye, il y a vingt jours et qui parlaient d'un projet analogue. C'est la première fois qu'une attaque d'une telle ampleur vise des bâtiments des forces de l'ordre en Tunisie. Pour le moment, il níy a pas de revendication.

Couvre-feu

Les autorités tunisiennes sont en état d'alerte. Ben Guerdane est désormais sous couvre-feu nocturne de 19h à 5h du matin, comme nous l'explique cet habitant de la ville joint par RFI.

"Les forces de líordre ont apparemment le contrôle de la situation à líintérieur de la ville. Elles sont déployées à Ben Guerdane et également dans les localités voisines. La ville a díailleurs été fermée à toute circulation. On ne peut ni rentrer ni sortir afin de préserver la sécurité des citoyens. Les rues de la ville sont désertes. Les forces de líordre ont instauré un couvre-feu depuis 07h du matin. La situation sécuritaire níest pas très claire; les opérations militaires continuent dans la ville et ses environs car des éléments terroristes sont encore en fuite", précise-t-il.

De plus, d'importants renforts militaires sécurisent les routes du sud du pays pendant que les forces de l'ordre continuent de patrouiller dans cette région située à une trentaine de kilomètres de la frontière libyenne.

 


© © FATHI NASRI / AFP
Attaque «synchronisée»

Il s'agit d'une attaque inédite. D'abord, de par son nombre d'assaillants: il y en aurait près d'une quarantaine. Ils étaient lourdement armés avec un équipement de guerre. De plus, il s'agit d'une attaque «synchronisée», selon le terme du ministère tunisien de l'Intérieur, en plein centre-ville de Ben Guerdane: les terroristes ont ciblé trois sites stratégiques à la fois: une caserne militaire, un poste de police et un poste de la garde nationale.

Selon des témoignages d'habitants, les jihadistes semblaient bien connaître la ville et auraient eu une liste de noms et d'adresses. Ils se seraient alors livrés à une sorte de porte-à-porte pour assassiner des responsables sécuritaires, comme le responsable de la brigade locale anti-terroriste. Preuve pour certains qu'ils ont bénéficié de complicité locale.

Les enquêteurs tentent maintenant de comprendre les motivations de ce groupe armé et de savoir si ce sont des combattants du groupe État islamique, comme l'affirment certains habitants de la ville. Sept présumés jihadistes ont été arrêtés. Les autorités tentent de découvrir s'ils ont d'autres complices prêts à passer à leur tour à l'action.

Selon le dernier bilan officiel, au moins 36 jihadistes présumés ont été tués, ainsi que 11 membres des forces de sécurité de la police et de líarmée. Ces violences dans la ville de Ben Guerdane n'ont pas épargné les civils. Au moins sept d'entre eux ont également été tués.

Infiltrations depuis la Libye

Cette attaque est déjà la deuxième en moins d'une semaine dans cette zone frontalière. Mercredi dernier, cinq terroristes présumés ont été abattus dans la région de Ben Guerdane, soupçonnés de s'être infiltrés depuis la Libye. Un scénario que craignaient les autorités tunisiennes, notamment depuis le raid américain sur le camp de Sabratha en Libye le 19 février dernier. Un camp du groupe État islamique composé majoritairement de Tunisiens.

Pour tenter de se protéger de la menace venue de Libye, les autorités ont construit un mur de sable d'environ 200 km le long de la frontière tuniso-libyenne. Un mur censé empêcher l'infiltration de jihadistes.


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