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Un nouveau président et le retour de líarmée nationale

Le second tour de líélection présidentielle centrafricaine vient de rendre son verdict en la personne de Faustin-Archange Touadéra, 58 ans, qui aura la lourde tâche de redresser un pays meurtri

 

Líancien Premier ministre Faustin-Archange Touadéra a été élu président de Centrafrique, selon líAutorité nationale électorale (ANE) qui a publié samedi les résultats du second tour. Faustin-Archange Touadéra, dernier Premier ministre de líex-président François Bozizé renversé en 2013, a recueilli 62,71 % des suffrages contre 37,29 % pour son rival, Anicet-Georges Dologuélé selon líANE. Ces résultats doivent être validés par la Cour constitutionnelle de transition.

Professeur en mathématiques pures, diplômé de líuniversité de Lille 1 et de Yaoundé où il a obtenu un doctorat díÉtat, Faustin-Archange Touadéra a été longtemps enseignant à líÉcole normale supérieure (ENS) de Bangui, avant de devenir recteur de líuniversité de Bangui en 2005.

Díun naturel effacé et modeste, M. Touadéra, considéré comme «le candidat du peuple», a la réputation díêtre un «bosseur». Mais líétat de grâce risque díêtre de courte durée pour lui. Il est en effet confronté à une tâche herculéenne: remettre sur les rails un pays meurtri et déchiré, à líinstabilité chronique, à líéconomie dévastée et dont líadministration a disparu dans des régions entières, sous la coupe de bandes armées des années.

 


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Patrouilles

Premiers pas en ce sens, líarmée nationale a recommencé ces dernières semaines à patrouiller dans les rues de la capitale centrafricaine, Bangui. Aux abords du PK-5, líenclave musulmane de Bangui, qui a été longtemps le théâtre de violences sanglantes, le caporal Hilaire arrête tous les motos taxis. "On contrôle pour voir síils transportent des grenades ou des munitions", explique dans un français approximatif le sous-officier à la tenue dépenaillée, un fusil artisanal en bandoulière.

Il y a encore peu, ce «poste avancé» aujourdíhui gardé par les «Faca», les Forces armées centrafricaines, était occupé par des miliciens anti-balaka qui níhésitaient pas à racketter les habitants en échange díun semblant de protection. "Maintenant quíon est là, les gens níont plus peur de sortir, les commerçants musulmans peuvent aller en ville et les chrétiens font leurs courses au PK-5", assure le caporal.

Cette présence sur le terrain était inimaginable il y a encore un an. Lorsque le pays a sombré dans le chaos en mars 2013, les Faca, désorganisées, mal formées et exsangues ont été incapables de résister aux rebelles Séléka qui ont marché sur Bangui. Au plus fort des violences intercommunautaires qui ont suivi, les Faca (7 000 à 8000 hommes), ont souvent été accusées de troquer líuniforme contre la machette.

 


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Les habitants rassurés par la présence des Faca

«Au premier coup de feu, ils interviennent», raconte Pacôme Pabandji, un jeune Centrafricain qui étudie à Lille et qui est rentré dans son pays pour líélection présidentielle. Selon lui, les habitants de Bangui apprécient le retour de líarmée car les forces internationales sont jugées trop «passives». Assurer la sécurité est en effet à la charge quasi exclusive des forces internationales: les Français de Sangaris (900 hommes actuellement) et 10 000 Casques bleus.

Le Conseil de sécurité de líONU a décrété un embargo sur les armes et líinstruction militaire à destination de la Centrafrique, qui vient díêtre prolongé jusquíà début 2017, estimant que la priorité allait au rétablissement de líEtat dans ce pays ravagé.

Pour le ministre de la Défense, Joseph Bindoumi, qui a personnellement impulsé le retour sur le terrain des soldats et plaide pour une levée totale de líembargo, "la réhabilitation des Faca est nécessaire". "Quel pays nía pas díarmée? On a présenté les Faca comme des barbares, mais ça níexiste pas une armée propre", affirme-t-il. "Si vous avez 7 000 hommes et que vous ne vous en servez pas, que vont-ils faire?".
Pour Pacôme, le calme est réellement revenu à Bangui, et les gens ne sont plus inquiets de sortir. Seul incident de son séjour à Bangui: une petite altercation avec un soldat qui pensait avoir été pris en photo. "Mais cíest juste un cas isolé".

 


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Un retour potentiellement «dangereux»

Dans les milieux diplomatiques, la décision de faire revenir les FACA inquiète. "Cíest trop tôt, les conditions díune armée professionnelle et équilibrée sur le plan ethnique ne sont pas réunies", affirme le chef de la mission de líONU en Centrafrique, le Gabonais Parfait Onanga-Anyanga, selon qui un "déploiement opérationnel des Faca níest pas souhaitable pour líinstant".

Une source militaire française ne dit pas autre chose: "Laisser les Faca livrés à eux-mêmes dans la rue, sans véritable chaîne de commandement est dangereux, ça revient à créer des milices de quartiers", les soldats étant affectés dans leurs propres quartiers. "Il faut construire cette armée pierre par pierre", juge un expert en sécurité, soulignant quí"on part de zéro: líarmée nía aucun budget, très peu díarmes, les archives et dossiers ont été détruits, même pour trouver des tenues cíest compliqué". Pour cette source, "un tri préalable est indispensable car beaucoup sont juste dans líarmée pour percevoir leurs soldes".

La dimension ethnique ne devra pas être négligée face à une armée prétorienne, composée de soldats originaires des mêmes régions que les présidents qui se sont succédé à la tête du pays (à líheure actuelle ce sont surtout des Gbaya, líethnie de líex-président Bozizé renversé en 2013).
Une fois le gouvernement installé, estime Parfait Onanga-Anyanga, "Faca peuvent constituer le vrai défi post-électoral pour ce pays".


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