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PK5: les Musulmans de retour

Les activités reprennent de mieux en mieux, les communautés se fréquentent de plus en plus, les Musulmans, jadis cloîtrés, peuvent même se rendre dans le centre-ville de Bangui. C'est l'espoir qui ren

 

"Je n'ai jamais pensé que j'y retournerai un jour", lâche finalement Vévé, après de longs moments de silence, en arpentant les rues de PK5, l'enclave musulmane de Bangui. "Je ne reconnais plus le PK5 embrasé que j'ai laissé derrière moi, quand je suis parti il y a deux ans", poursuit Vévé, de son vrai nom Issa Djibrine, en indiquant un endroit près de la Mosquée centrale.

"C'est ici que j'ai vu mon neveu et mon père se faire lyncher par des Anti-Balaka", une milice responsable, avec la Seleka, de l'escalade de la violence inter-communautaires ces dernières années. "Ce jour-là, j'étais déterminé à partir" ajoute-t-il.

Mais ces images ne semblent aujourd'hui qu'un vieux et douloureux souvenir pour Vévé, l'un de quelque 200 Centrafricains à avoir pris le chemin du retour, après deux ans d'exil au Tchad ou au Cameroun (chiffres de líorganisation de la jeunesse islamique). D'autres, n'ayant pas quitté Bangui mais restés terrés chez eux, commencent aussi à reprendre la vie active.

Exerçant naguère comme commerçant dans le quartier Miskine du 5ème arrondissement, Vévé a récemment monté un projet. Un cafétéria à l'entrée du quartier. A côté, d'autres jeunes ont installé des cabanes de vente de crédit de communication. "Issa est mon frère et on s'entend si bien. Parfois il me prête de l'argent pour me permettre de ravitailler ma cabane et le soir je le rembourse. Donc entre nous, à la nouvelle image du pays, on n'accorde aucun "crédit" à cette histoire de Chrétiens et Musulmans", s'exclame Christian Malebangue, un jeune de confession chrétienne.

Un certain dynamique commence, de fait, à regagner ce quartier où vivent quelque 40.000 habitants, en grande majorité des Musulmans. Étalages, petits boulots, commerces, tout est bon pour faire rebattre le cúur de PK5. Les activités reprennent de mieux en mieux, les communautés se fréquentent de plus en plus, les Musulmans, jadis cloîtrés, par peur des attaques, peuvent même se rendre dans le centre-ville de Bangui. C'est l'espoir qui renaît.

 


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Comme Vévé, Abdel Aroufaï, est rentré peu après le premier tour de la présidentielle (30 décembre dernier) d'un camp de déplacés dans le Nord du pays. N'ayant pour l'instant d'emploi stable, il s'est lancé dans diverses activités pour "survivre" en attendant des créations d'emploi. Il se dit malgré tout "confiant".

[i "Quand je vois que les programmes de Faustin Touadéra et Anicet Dologuélé [les deux candidats à la présidentielles qui s'affrontent le 14 février au second tour, ndlr] rivalisent en matière de valorisation des jeunes, d'économie et d'emploi, je ne peux qu'être confiant pour l'avenir de mon pays"], lance-t-il.

Il dit que c'était cette relance à laquelle il a voulu contribué qui l'a déterminé, le retour de la sécurité aidant, à retrouver son Bangui natal."Ce n'était pas en restant loin dans un camp de déplacés que j'allais y contribuer", ajoute-t-il.

Déjà les prémices sont déjà au rendez-vous puisqu'"on circule mieux quíavant, les Chrétiens viennent síapprovisionner chez nous, ça, ça rassureĒ, laisse entendre Abdel Aroufaï.

Selon des sources humanitaires concordantes, quelques milliers de réfugiés au Cameroun ou au Tchad [sur un total de 233.000 selon l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, HCR] manifestent, depuis le début du processus électoral, l'intention de rentrer chez eux. Une information confirmée à Anadolu par les autorités centrafricaines. Une raison de plus pour encadrer ces jeunes.

"Le gouvernement souhaite bien accompagner ces jeunes retournés afin de motiver les autres qui se préparent déjà à rentrer. Chrétiens comme Musulmans, le retour au pays n'est plus aujourd'hui qu'un voeu pieuxĒ, conclut un cadre du Ministère de la réconciliation nationale, contacté par Anadolu.


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