Archive

En Centrafrique, 
les urnes de la dernière chance

Richard Werly

 

De passage à Paris en décembre, lors de la grande conférence COP21 sur le climat, Mahamat Kamoun avait tenu à rappeler dans son discours combien la pénurie díénergie et díélectricité empêchait des pays comme le sien de décoller économiquement. Trois semaines après líobtention díun accord à líarraché et à la veille du premier tour de líélection présidentielle en Centrafrique ce mercredi, le jugement de cet économiste, devenu en août 2015 chef du gouvernement de transition, nía pas changé.

Que se passera-t-il au-delà du scrutin, si le redressement des infrastructures ne permet pas de stabiliser la situation économique en Centrafrique, plongée dans la guerre civile depuis 2013? [i "Líorganisation des élections níest pas une fin. Cíest une étape, qui reste de plus délicate, explique le premier ministre au Temps. On ne pouvait pas continuer de transition en transition. Le fait que 2 millions díélecteurs [sur 4,5 millions díhabitants] se soient enregistrés démontre que, malgré les dangers, les acquis de notre administration intérimaire bénéficient díun fort soutien populaire. Cíest ce capital de confiance que la communauté internationale, líONU, la France et les pays de la région doivent nous aider à faire fructifier."]

Cortège de destructions

Né en 1961, ancien directeur du Trésor public, ancien haut fonctionnaire à la Cnuced à Genève, Mahamat Kamoun sait que la route sera longue pour sortir la Centrafrique de líornière. Les deux années díaffrontements entre milices séléka, essentiellement musulmanes, et anti-balaka, largement chrétiennes, ont engendré des centaines de milliers de victimes et un cortège de destructions que líintervention de líarmée française Ė avec líopération Sangaris lancée en décembre 2013 Ė a nettement ralenti, mais pas surmonté. Líintéressé, de confession musulmane, nía díailleurs pas cessé díêtre contesté depuis sa nomination, même síil compte de beaux succès à son crédit, comme le récent déblocage par le Fonds de développement saoudien díun prêt de 89 millions de dollars, assorti díune promesse de financement à hauteur díun milliard de dollars. "Je fais partie de ceux qui voient dans la visite du pape François à Bangui, le 29 novembre, un formidable message, poursuit-il. Il a été plus quíovationné. La communauté musulmane lía protégé lors de sa visite à la mosquée centrale de Bangui. Cíest de ce type de gestes audacieux que nous avons besoin au-delà des urnes. La manière dont un comité interreligieux, mais aussi les associations de femmes, a conduit cette visite papale devrait nous inspirer."

 


© Droits réservés
Désarmement

Cette parenthèse tiendra-t-elle jusquíau 30 janvier 2016, date présumée du second tour de la présidentielle, pour laquelle les anciens premiers ministres Martin Ziguélé (lié au défunt président Patassé, successeur de líempereur autoproclamé Bokassa) et Anicet-Georges Dologuélé (lié à líancien président Bozizé, renversé au printemps 2013 après dix ans de pouvoir) sont donnés favoris parmi la trentaine de candidats? "Le sursaut patriotique de la population doit être mis à profit. Mais deux conditions doivent être réunies pour cela: le désarmement progressif des factions, et la mise en úuvre díun embryon díactivités économiques, grâce notamment au retour des investisseurs."

Parmi ces derniers figure un homme díaffaires français résidant à Genève, Laurent Foucher, aujourdíhui à la tête díun des opérateurs de téléphonie mobile. Líhomme a servi díintermédiaire pour le prêt saoudien. Quelles opportunités en Centrafrique? "Le pays regorge díénormes potentialités, díabord parce que tout le monde est parti, et quíil y a donc des places à prendre", juge Mahamat Kamoun, prompt à gommer la stagnation économique actuelle et les contraintes liées à líinsécurité qui perdure dans la capitale mais aussi à proximité du lac Tchad, autour duquel sévissent les bandes armées du mouvement islamiste radical Boko Haram. Les ressources minières du pays (or, diamants) viennent bien sûr en tête. Suivies par les ressources forestières et agricoles: "Plus le processus électoral apaisera la situation à líintérieur du pays, plus ces domaines redeviendront exploitables", complète Mahamat Kamoun.

La France, qui compte environ un millier de soldats en Centrafrique, se retrouve évidemment en position díarbitre de son destin politique, au moment où le nouveau président élu du Burkina Faso voisin, Roch Kaboré, vient de prendre ses fonctions mardi. Sauf que beaucoup de dirigeants centrafricains veulent éviter le tête-à-tête avec Paris: "La mission européenne de formation et díencadrement de líarmée centrafricaine va dans le bon sens, poursuit le premier ministre, qui, comme la présidente de transition Catherine Samba-Panza, quittera bientôt la politique. Il nous faut trouver des appuis pour notre redressement, y compris en Suisse."


Commentaire


Retour en haut