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A Bangui, les Musulmanes enceintes se terrent à domicile pour donner la vie

Bien que le conflit interconfessionnel qui a secoué durant plus d'une année la RCA s'atténue, dans l'enclave musulmane du PK5, quartier de Bangui, les femmes se cachent encore pour donner la vie

 

Bien que le conflit interconfessionnel qui a secoué durant plus d'une année la Centrafrique s'atténue, dans l'enclave musulmane du PK5, quartier de Bangui, les femmes se terrent encore à domicile pour mettre au monde leurs enfants, dans des conditions souvent dramatiques.

Tandis que la vie reprend peu à peu son cours dans le quartier à majorité musulmane, qui fut, jusqu'à l'an dernier le théâtre de violences quotidiennes perpétrées par la milice chrétienne anti-Balaka à l'encontre de la population,acculant des milliers d'habitants à l'exil, aujourd'hui encore la peur persiste chez les habitants.

«Pour leur sécurité, nos femmes musulmanes sont obligées d'accoucher chez-elles avec tous les risques que cela puisse engendrer», témoigne à Anadolu Mahamat Salleh, un chef de groupement dans le PK5, avant d'évoquer les conditions sanitaires dans cette enclave que tous appellent encore ici, «la prison à ciel ouvert» et dont les gardiens officieux restent les milices chrétiennes.

Dans le PK5, sur 3 centres de santé encore ouverts, seule la clinique Chiffa accueille des patients, dans les conditions requises, selon des sources médicales qui avouent toutefois que peu de femmes viennent pour des consultations.

«Mon dernier enfant, je l'ai mis au monde chez-moi. J'avais si peur de sortir et qu'il m'arrive quelque chose... Heureusement que ma belle-mère était là», témoigne Fatima Zara, en scrutant son garçon d'à peine 4 mois, allongé sur une natte.

 


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Dans cette petite famille en plein milieu du PK5, Moussa, le chef, dit vivre un quotidien difficile. Les commerces des musulmans du quartier reprennent timidement et les clients se font encore rares.

Pour lui, «chaque soir, on souhaite que le lendemain soit meilleur; mais à chaque fois, cela empire. On a du mal à sortir faire ses courses comme tout le monde, surtout quand nos enfants sont malades ou alors quand nos femmes accouchent à même le sol comme des animaux... La peur persiste encore».

Tidjani, 34 ans, a perdu sa femme à la fin du mois de février. «Mariam portait notre troisième enfant. Ce soir là, elle avait mal au ventre. Sachant que le travail avait commencé, je suis allé chercher secours chez les voisins. Mais à mon retour, elle s'était évanouie alors que la tête de l'enfant venait d'apparaître. Nous n'avons pas pu la sauver parce qu'aucun centre n'était ouvert la nuit», explique-t-il, les yeux en larmes.

De sources médicales, ces faits sont fréquents dans le PK5 et pourtant, la situation des femmes n'évolue pas. De nombreuses organisations non gouvernementales qui travaillent dans cette partie de la capitale, n'ont d'ailleurs pas pu faire mieux, avouent-elles.

«Nous sommes en train de chercher les moyens nécessaires pour pouvoir améliorer les conditions de ces femmes mais les défis restent majeurs», indique une source proche de la présidence de la République. En attendant, l'accès aux soins prénataux ou postnataux reste difficile voire quasi-impossible pour les femmes musulmanes.


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