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Viols en Centrafrique: Un enfant témoigne

Viol contre nourriture: c'est le sinistre marchandage dont a été victime Eloi, 8 ans, face à des soldats français en Centrafrique. Il raconte.

 

Il dit avoir 8 ans, mais semble, comme souvent les enfants ici, en avoir bien deux de moins. On le rencontre en dehors du camp de MPoko, à labri des regards. Cest un bout de chou au crâne rasé, timide, avec des grands yeux sérieux bordés de longs cils. Il porte des sandales en plastique cassées et un vieux short en coton sale et déchiré. Il nest jamais allé à lécole. Ses jambes et ses bras sont fins comme des allumettes. Il sourit peu, se tortille sur sa chaise, visiblement stressé.

Troublant: son récit correspond presque mot pour mot à lun des témoignages cités dans le rapport confidentiel de lONU. Les noms, les prénoms quil évoque, jamais cités dans aucun article, sont les mêmes...

 


© AFP
Un soldat français de l'opération «Sangaris», à Bangui, en République centrafricaine

Oui, il la fait. "Une fois seulement", précise-t-il. Il connaissait bien ce soldat "grand, jeune, un peu gros" qui portait un casque et était posté au checkpoint Alpha 1. Il était gentil et lappelait toujours "viens petit, viens", en sango, pour lui donner des rations de biscuits. Un soir le soldat lui a dit: "Suce dabord mon bangala". Et il la fait. Il avait faim. Cétait au début de linstallation du camp, croit-il se souvenir.

Il dit quil y avait trois autres soldats devant eux, qui savaient ce qui se passait mais nont rien dit, rien fait. Des copains du camp ont ensuite raconté ce qui lui était arrivé à sa mère, qui la sérieusement corrigé. Paniqué, il sest enfui du camp pour tenter de retrouver son père dans un faubourg de Bangui, où "des Blancs lont retrouvé et ramené" à sa mère, avant de le questionner. Il dit aussi que sa maman a regretté de lavoir battu, quil veut rester avec elle, au camp, avec ses six frères et surs.


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