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Dur, dur pour les soldats français de retour de la Centrafrique

Certains rentrent blessés physiquement, d'autres atteints de blessures dites "invisibles": des traumatismes psychiques que l'on appelle "syndrome de stress post-traumatique"

 

Sangaris, le dur retour à la réalité. Il y a un peu plus d'un an, les soldats français arrivaient en urgence dans les rues de Bangui, la capitale centrafricaine. Mais plus de 12 mois après, l'insécurité demeure. A tel point que, les militaires engagés ne s'attendaient pas à une mission aussi difficile. Certains rentrent blessés physiquement, d'autres atteints de blessures dites "invisibles" : des traumatismes psychiques que l'on appelle "syndrome de stress post-traumatique".

Celui-ci se caractérise par des cauchemars, des violences parfois et une incapacité à se réhabituer à la vie quotidienne. En clair, le corps du soldat est là, mais son esprit est resté au front. C'est le cas de Sylvain (le prénom a été modifié, ndlr), 25 ans, rentré de Bangui il y a quelques mois. Alors qu'il a connu d'autres terrains d'opérations, notamment les Comores, ce soldat est rentré très marqué, très atteint par ce qu'il a vu en Centrafrique.

"Est-ce que ce que l'on a fait a réellement servi?"
Sur RMC, il se dit hanté par ses souvenirs de mission: "Ce qui m'a le plus marqué ce sont les exactions. On a été surpris, on ne s'attendait vraiment pas à celaÖ C'était courant de voir des hommes décapités le long des fleuves, des gens se faire mutiler par une fouleÖ" Il ajoute, encore sous le choc: "On s'est retrouvé face à des enfants-soldats avec des Kalachnikovs, prêt à nous tirer dessus".

Dès lors, il s'interroge: "Est-ce que ce que l'on a fait a réellement servi ?" Un sentiment d'impuissance face au massacre accru par le fait qu'"en face, ils n'ont vraiment pas peur de mourir". Selon un rapport parlementaire présenté ce mercredi matin à la presse, le nombre de militaires atteints par le "syndrome post-traumatique" est en augmentation (par exemple 12% pour l'intervention Sangaris contre 8% pour l'opération Pamir en Afghanistan).

 


© defense.gouv.fr

"C'était 'à l'arrache'"
Alexandre (le prénom a été modifié, ndlr), 20 ans, revient de Centrafrique. Il avait auparavant effectué une courte mission en Afghanistan et n'est pas étonné de voir que bon nombre de militaires ont des problèmes psychologiques graves à leur retour de Centrafrique.

"La grosse différence se situe au niveau de la logistique. En Centrafrique, la France était toute seule à intervenir alors qu'en Afghanistan, on avait le soutien des Américains. C'était beaucoup plus organisé, il y avait plus d'appui. Alors qu'en Centrafrique, c'était 'à l'arrache', lors de la plupart des missions on était livrés à nous-mêmes et si jamais il se passait quelque chose on ne pouvait en tenir qu'à nous pour s'en sortir", témoigne-t-il à RMC.

"Ils sont comme laissés à l'abandon"
Une fois leur mission terminée, les soldats passent trois jours dans un hôtel au Sénégal afin de se réhabituer à la vie civile. Un "sas de décompression" où ils rencontrent des psychologues qui les informent des risques de stress post-traumatique. Mais pour Sylvain, cette aide est insuffisante : trois camarades de son groupe sont aujourd'hui en arrêt maladie longue durée.

"L'un d'entre eux a eu des phases agressives, il a limite une haine racisteÖ", explique-t-il dans Bourdin Direct. Et de constater, désabusé: "Ils n'ont pas de suiviÖ Ce n'est pas l'armée qui vient les voir, ce sont eux qui font les démarches, individuellementÖ Ils sont comme laissés à l'abandon." A noter que le syndrome de "stress post-traumatique" peut se déclarer un mois, trois mois, voire un an après le retour des soldats. Sylvain, lui, ne repartira pas en mission. Son contrat s'achève l'année prochaine et il a décidé de quitter l'armée.


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