Archive

Centrafrique: François Bozizé, vainqueur contesté

«A deux reprises, le scrutin avait été reporté en 2010 et il fut incertain jusqu'au dernier moment»

 

François Bozizé, chef de líEtat centrafricain sortant, a été réélu avec 66,06 % des suffrages (607 184 voix) lors du premier tour du scrutin présidentiel qui síest déroulé, dimanche 23 janvier, selon les résultats provisoires annoncés, mardi 1er février, par la Commission électorale indépendante (CEI). Ange-Félix Patassé, ancien président (de 1993 à 2003), qui avait été renversé par François Bozizé lors díun coup díEtat, est arrivé en deuxième position (20,10 %) devant Martin Ziguélé (6,46 %). Les deux derniers candidats níont pas franchi la barre des 5 %. Ces résultats doivent maintenant être validés par la Cour constitutionnelle dans les quinze jours. Dans un pays peuplé de 4,5 millions díhabitants, díune superficie comparable à la France et la Belgique réunies mais dépourvu díinfrastructures routières et en queue de classement de tous les indices sociaux-économiques, líorganisation de ces élections présidentielles et législatives avait pris les allures díun défi. A deux reprises, le scrutin avait été reporté en 2010 et il fut incertain jusqu'au dernier moment. Du recensement des électeurs à líaffichage tardif des listes électorales, líopposition avait pointé plusieurs dysfonctionnements.

 


© AFP/PATRICK KOVARIK
Le président centraficain, François Bozizé, lors du 24e sommet Afrique-France, à Cannes, le 16 février 2007
"C'est tellement grossier et ridicule"
Prêts à patienter plusieurs heures dans les files díattente pour aller voter, les Centrafricains síétaient déplacés en nombre, dimanche 23 janvier. Le vote s'était achevé cinq heures après l'horaire prévu, et le dépouillement avait eu lieu pendant la nuit, à la lueur des bougies et des lampes de poche. Tous ont décrié la mauvaise organisation, surtout en ce qui concerne les listes électorales qui ont été affichées en retard, qui níexistaient pas à certains endroits ou se retrouvaient à des endroits qui n'étaient pas les bons, avait déclaré Fulgence Zeneth, coordinateur national de l'Observatoire national des élections, au lendemain du scrutin. L'attente des résultats Ė ils auraient dû être communiqués quelques jours plus tôt par la CEI Ė a renforcé les soupçons de fraude dans le camp de l'opposition. "C'est un non événement, a déploré Martin Ziguélé lors de la proclamation des résultats. C'est tellement grossier et ridicule. Maintenant, nous allons porter plainte et déposer un recours devant la Cour constitutionnelle, mais nous ne sommes pas dupes. La Cour va valider les résultats. Au cours de la campagne, le parti KNK (pour Kwa Na Kwa, qui signifie "le travail rien que le travail" en langue sango) de François Bozizé síétait donné comme objectif de remporter cette élection par KO, dès le 1er tour. Cíest donc chose faite.

 

"C'est la récompense d'un travail bien fait..."
C'est la victoire de la démocratie pour quelqu'un qui a pris le pouvoir par un coup d'Etat et qui l'a légitimé par les urnes en 2005, a déclaré Fidèle Ngouandjika, porte-parole du gouvernement et directeur adjoint de la campagne du chef de líEtat. C'est la récompense d'un travail bien fait... Dans un tel contexte, il est difficile de croire que ces élections pourront enfin amener la paix dans ce pays ruiné par des décennies díinstabilité politique. Ce scrutin se présentait pourtant comme l'aboutissement díun dialogue national amorcé en 2008 entre le pouvoir, líopposition et différents groupes armés qui occupent une grande partie du pays. Nous serons obligés de reprendre les armes afin de faire rétablir une réelle démocratie en Centrafrique, a confié à líAFP Joachim Kokaté, líun des représentants de la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP), une rébellion qui níavait pas participé au processus de paix. Nous avions observé une trêve dans l'intérêt du peuple centrafricain. Nous dénonçons la fraude massive. Le président Bozizé a tourné le dos à la jeunesse et à tout le peuple. Comme pendant toute la campagne électorale, le calme régnait dans Bangui, la capitale, lors de líannonce des résultats.


Commentaire


Retour en haut