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Centrafrique: une transition en panne, qui va à vau-l'eau

Par Didier Niewiadowski

 

Depuis les Accords de Libreville du 11 janvier 2013, trois chefs de líÉtat, trois Premiers ministres, quatre gouvernements, une centaine de ministres et autant de conseillers-ministres ont eu la charge du pouvoir exécutif. L'impunité règne à tous les niveaux, huit préfectures sur seize sont contrôlées par les ex-Séléka et des centaines de milliers de Centrafricains sont en exode. Comment en est-on arrivé là ?

Un pouvoir exécutif surtout préoccupé par ses prébendes
Une fois élue, le 20 janvier 2014, Catherine Samba-Panza est tombée dans les travers du népotisme et du pouvoir personnel. De nombreux parents Banda-Gbanziri et des vieilles connaissances ont été invités à la "mangeoire". Líaffaire du don angolais, qualifié pudiquement de "vice de procédure" par Mahamat Kamoun, níest quíune des nombreuses affaires qui alimentent la chronique. Catherine Samba-Panza s'est mise dans la peau d'une présidente de la République, élue de la nation, qu'elle n'est pas. Des libertés avec la Charte constitutionnelle avaient été prises dès le départ du Premier ministre André Nzapayéké et son remplacement par Mahamat Kamoun. Cet ancien directeur de cabinet de Michel Djotodia, dont le parcours au ministère des Finances s'était terminé, en 2007, par un exil précipité aux États-Unis, est loin de faire consensus. Avec la règle de líinéligibilité, le gouvernement est essentiellement composé díanciens ministres qui avaient fait leur deuil de la vie politique et díambitieux, sans expérience, mais proches de la chef de líÉtat. C'est ainsi qu'une assistante díéducation d'un lycée de Mantes-la-Jolie est ministre de líÉducation nationale.

La légitimité contestée du Conseil national de la transition (CNT)
La plupart des 135 conseillers du CNT, nommés par le tandem Djotodia-Tiangaye, sont soit proches de líex-Séléka soit des opposants notoires au président Bozizé. Quant au bureau du CNT, il est présidé par un des premiers ralliés aux ex-Séléka, converti à l'islam, qui avait accumulé les déboires en politique. Entré en conflit avec le pouvoir exécutif, il contribue aussi à paralyser la transition.





 


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Didier Niewiadowski
Les erreurs díappréciation díune crise mutante
Le médiateur, le président Denis Sassou Nguesso, l'ONU et la France essaient en vain de trouver une sortie de crise. Sur le plan sécuritaire, la Minusca rencontre les mêmes difficultés que la Misca pour désarmer et arrêter les criminels. L'erreur du pouvoir exécutif est d'avoir la naïveté de croire qu'en assurant leur impunité et en achetant leur neutralité, le processus de sécurisation du pays pourra commencer. Les forces internationales níont que trop tardé à utiliser "tous les moyens nécessaires" en application de la résolution 2149 du Conseil de sécurité des Nations unies. Des protagonistes majeurs de la crise, pourtant sous sanctions internationales, sont toujours à la manúuvre en toute impunité. On peut aussi se demander si les officiers supérieurs sont mieux placés que les diplomates pour engager le dialogue politique. À Bangui, le secrétaire général de l'ONU, la Commission de l'Union africaine et le médiateur de la CEEAC sont représentés par des généraux.

Dans un tel contexte, programmer des élections, en juin-juillet 2015, est un déni de réalité*. Elles risquent fort de ne concerner qu'une partie du territoire et qu'un pourcentage restreint de citoyens. La prolongation de la transition jusquíau 17 août 2015, permettra probablement aux autorités de la transition de se maintenir au pouvoir, mais on peut craindre quíà défaut díélections crédibles, un pas de plus aura été fait vers la partition du pays.



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