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Le marché "Kokoro" du KM5 à Bangui, devenu place "fantôme"

Depuis plusieurs mois, la place du marché centrale est désertée par les commerçants musulmans, victimes des violences des miliciens anti-Balaka

 

Sur la place du marché central « Kokoro » du KM5, quartier musulman de Bangui, les étalages de légumes et de fruits frais, autrefois tenus par des commerçants musulmans et chrétiens, sans distinction, ont laissé place à un amas de ruines. Le vent se joue des débris abandonnés, et rares sont les âmes rôdant encore à proximité des bâtisses de briques, qui, accueillirent par le passé, tout un poumon économique de la capitale. Les araignées ont tissé leurs toiles entre les présentoirs saccagés, brûlés et détruits, comme le furent les propriétaires musulmans, et les lézards se faufilent, en toute quiétude, entre les pierres effritées. «Tout a été brûlé ou cassé, il ne reste que des vestiges de ce que nous possédions, encore hier. Mais regardez à présent, on dirait que tout est figé. Les commerçants ont déserté, laissant derrière eux jusquíà leurs chaussures!», témoigne "Ibrahim", jeune commerçant, qui reste malgré tout optimiste, espérant que « dans un futur proche, le commerce reprendra peu à peu ses droits » sur les quelques étalages poussiéreux restés intacts, mais dépossédés de leurs marchandises. «Vous savez, avant je vendais mes légumes sur ces présentoirs», lance-t-il encore, en touchant du bout des doigts, des planches en bois entassées.

 


© aa.com.tr
A líinstar de quelques rares commerçants de confession musulmane, Ibrahim vend à présent à plusieurs centaines de mètres du marché «Kokoro», des aliments pour sa communauté, mais «à un prix bien plus élevé quíil yía quelques mois», avoue-t-il, une pointe de désolation dans la voix. Pour le nombre réduit de clients qui viennent dans ce marché improvisé, «seuls les produits de premières nécessités ont un intérêt» comme líexplique Fatima, en serrant contre elle un sac pourtant quasiment vide. «Les prix sont vraiment très élevées, donc je níachète que le strict minimum pour nourrir ma famille», témoigne encore cette veuve, mère de 4 enfants.

Osmane, un habitant du KM5 explique la cherté des produits vendus qui sont pourtant, pour la plupart, en état de détérioration. «Le problème aujourdíhui, cíest que le blocus sur la circulation des chauffeurs musulmans qui transportent les marchandises se poursuit, et ce malgré la présence des forces françaises et africaine», déplore líhomme. «La route Bangui-Cameroun où les convois des marchandises sont acheminées depuis le port de Douala et des autres régions du Cameroun est particulièrement touchée et seuls quelques chauffeurs musulmans ont réussi à reprendre leurs activités» justifie encore líhomme qui nía jamais quitté Bangui, malgré les attaques perpétrées contre sa communauté. Les vendeurs rencontrés espèrent cependant tous, qu'un jour, le marché "Kokoro" puisse récupérer son âme et revoir cohabiter ensemble les différentes communautés religieuses centrafricaines.

 



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