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Les Peuls de Centrafrique, une communauté oubliée

Une libre opinion de Bruno Angsthelm, chargé de mission Afrique au CCFD-Terre solidaire

 

Les Peuls Mbororos, de simples éleveurs ou gardiens de bétail, dont ils ne sont souvent même pas propriétaires, sont depuis plus de vingt ans la cible des différents régimes qui se sont succédé. À chaque alternance, le nouveau pouvoir les accusant díêtre à la solde du précédent, ils ont subi représailles, amendes, taxes illégales, vols de bétailÖ Leur situation est encore pire aujourdíhui dans ce pays où líon chasse « les étrangers musulmans ». Les Peuls de líouest du pays ont fui en masse les massacres, les viols, les pillagesÖ 60 000 se sont réfugiés au Cameroun, et 40 000 au Tchad, se mêlant aux milliers díautres musulmans qui ont fui le pays. Quelques communautés sont restées piégées et vivent encerclées par les anti-balaka.

 


© unhcr.fr
Certes, une minorité de Peuls a participé à des rébellions : 350 díentre eux ont suivi Baba Laddé, chef díun mouvement en rébellion contre le président Déby puis ont rejoint la Séléka en 2013. Mais il ne faut pas confondre les Peuls centrafricains avec les coupeurs de routes et les braconniers très nombreux dans ce pays, et surtout avec díautres Peuls mercenaires venus du Tchad, du Soudan, du Nigeria, du Niger pour combattre aux côtés de la Séléka. Des groupes nomades très dangereux, armés et vindicatifs, viennent aussi chaque année du Tchad et du Soudan pour de longues transhumances. Tous ceux-là ne sont pas des Peuls centrafricains. Même si certains díentre eux sont aujourdíhui dans les structures politiques et de commandement de la Séléka (un porte-parole, un chef díopération militaire)Ö Il síagit de quelques centaines de personnes sur une communauté díenviron 750 000 personnes.

Par amalgame, ceci amène les Centrafricains, mais aussi de nombreux acteurs et observateurs de la crise centrafricaine, à soupçonner la communauté peule díêtre partie prenante dans le conflit. Personne ne semble síinterroger sur la situation actuelle et líavenir de cette importante communauté centrafricaine.

En février dernier, líAssociation pour líintégration et le développement social des Peuls de Centrafrique (AIDSPC), partenaire du CCFD-Terre solidaire, a lancé sans succès un appel à la communauté internationale, pour les nombreux réfugiés qui ne bénéficient pas de líaide internationale. Les responsables de líAIDSPC continuent de réclamer une aide díurgence mais aussi le retour dans leur pleine citoyenneté et justice pour les exactions perpétrées contre leur communauté. Ils souhaitent que le gouvernement centrafricain et les Nations unies prennent en compte le droit de leur communauté à rentrer dans son pays. Líenjeu est important. Si les communautés peules réfugiées, et celles qui se trouvent encore dans líest du pays, ne reçoivent pas de signaux indiquant que leur situation est prise en compte, le risque est grand que nombre díentre eux rejoignent la rébellion et engagent cette communauté dans un conflit sans fin. Il est urgent au contraire díassocier les Peuls au processus de réconciliation et díen faire des alliés pour une Centrafrique réunie.

 



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