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«Seuls les Centrafricains peuvent changer le cours de l'histoire de leur pays»

Salomon Kotro est ancien député centrafricain

 

Depuis décembre 2012, la République centrafricaine traverse une crise politique sans précédent, entraînant une insécurité généralisée, mettant à rude épreuve l'unité de ses filles et fils, et déconstruisant le symbole de la nation et sa devise: UNITE Ė DIGNITE Ė TRAVAIL.

La Centrafrique vit le moment le plus sombre de son histoire. On entend certains parler de partition du pays, avec à la clé la délocalisation des musulmans dans le nord-est du pays, parce que, selon les médias, le conflit qui se passe dans ce pays n'est autre chose que confessionnel. Pourtant, cette crise est et demeure politique. Certes, les brutalités ont été commises de part et d'autre contre les personnes et leurs biens, il faut admettre que la véritable solution de cette crise qui perdure demeure dans le désarmement des forces illégales conformément aux résolutions des nations unies. Le désarmement est un gage de sécurisation des citoyens qui pourront jouir de la liberté d'aller et venir. Le désarmement précède la paix.

 


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Salomon Kotro est ancien député centrafricain
Le 8 juin 2013, le Premier ministre centrafricain André Nzapayéké a lancé cette journée de désarmement volontaire. Oui, le désarmement, s'il est bien mené, instaurera un climat de confiance et de sérénité dans la population, une envie de vivre en harmonie et de partager le patrimoine commun qui est la patrie. Le désarmement contribue efficacement au retour de la paix et facilitant aussi le retour progressif des déplacés. C'est un acte politique à encourager, mais qui n'est malheureusement pas entouré des mesures contraignantes limitées dans le temps et dans l'espace. Même si aujourd'hui le pays est déréglé, s'il n'y a pas d'administration sur l'ensemble du territoire, s'il n'y a pas d'armée pour accomplir les missions de protéger des populations et de leurs biens, les autorités de la transition détiennent le mécanisme nécessaire du pouvoir pour que force reste à la loi.

La Centrafrique s'enfonce dans le chaos. Tous les jours qui passent au moins un Centrafricain tombe sous le coup des armes, parce que la haine et le dégoût de l'autre nous empêchent de désarmer. Pourtant, il y a un temps pour tout sur cette terre. Un temps pour faire la guerre, un temps pour faire la paix. La Centrafrique court un danger si nous continuons les uns et les autres de nous imputer la responsabilité du chaos. Il ne faut jamais remettre à plus tard ce qui peut nous grandir aujourd'hui. Le désarment lancé est une bonne chose pour ouvrir la brèche vers une démarche de pardon, de dialogue et de véritable réconciliation pour sauvegarder l'unité de notre pays.

La guerre qui continue dans ce pays prendra fin le jour où les Centrafricains cesseront de vouloir se venger. Tant que les extrémistes de chaque camp voudront venger un frère, une cousine, un oncle tué par l'ennemi, la guerre continuera, produisant chaque jour plus de morts. Ce n'est pas toujours évident d'oublier un proche tué, mais il faut aider ses hommes et ses femmes en souffrance à faire le deuil, non pas les aider à venger leurs morts, sinon ce qui se passe sur notre terre centrafricaine ne s'arrêtera jamais.

Pour l'amour et l'unité de la République Centrafricaine, posons-nous juste une question : est-ce que j'ai apporté ma pierre à l'édifice dans le rétablissement de la paix dans mon pays ? Il faut bien se rendre à l'évidence que, seuls les Centrafricains peuvent changer le cours de leur histoire et ramener la paix dans leur pays.

Mahatma Gandhi disait: «Nous devons être le changement que nous voulons voir dans le monde».

 



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