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RCA: le pied de nez des anti-balaka à la communauté internationale

Les forces françaises de l’opération Sangaris et les forces africaines de la MISCA doivent mutualiser leurs énergies pour résoudre l’équation que leur pose la nébuleuse anti-balaka

 

Encore les anti-balaka, toujours les anti-balaka, est-on tenté de dire au regard des exactions que cette milice commet au quotidien sur les populations civiles musulmanes et ses actes de défiance répétés vis-à-vis de l’autorité de Catherine Samba-Panza et des forces étrangères présentes en RCA. A titre d’illustration, elle a eu l’outrecuidance, le 29 mars dernier, de s’en prendre à des soldats tchadiens, venus de leur pays pour rapatrier leurs compatriotes qui désirent quitter la Centrafrique. Au-delà de cet accrochage qui a laissé plus de 10 morts sur le carreau et qui a fait plusieurs blessés, se pose l’impérieuse nécessité de neutraliser les anti-balaka. En effet, aujourd’hui plus que jamais, les forces françaises de l’opération Sangaris et les forces africaines de la MISCA doivent mutualiser leurs énergies pour résoudre au plus vite l’équation à plusieurs inconnues que leur pose la nébuleuse anti-balaka, si elles veulent un retour à la normalité en RCA. Mais cette tâche pourrait être ardue au regard des considérations suivantes.

 


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Les anti-balaka semblent avoir troqué les armes blanches contre des armes de guerre
D’abord, les anti-balaka donnent l’impression de ne pas répondre à un commandement unique et unifié. Si, originellement, l’on savait que cette milice avait été suscitée par le régime agonisant de François Bozizé pour servir de forces supplétives à l’armée centrafricaine en difficulté devant l’avancée de l’ex-Séléka de Michel Djotodia, aujourd’hui, les anti-balaka semblent devenus un corps acéphale qui sévit dans presque toutes les localités du pays et principalement à Bangui où il se signale régulièrement par des actes systématiques de violence dirigés contre les populations musulmanes, coupables à ses yeux d’avoir accordé gîte et couvert à l’ex-Séléka pendant l’éphémère régime de Djotodia.

Ensuite, les anti-balaka semblent avoir troqué les armes blanches dont ils se servaient pour opérer leurs dragonnades, contre des armes de guerre qui les rendent aujourd’hui capables de défier les armées professionnelles étrangères accourues au chevet de la RCA. Cette mutation des anti-balaka pourrait même laisser croire que derrière cette milice se cachent en réalité des éléments des Forces armées centrafricaines (FACA). En tout cas, la puissance de feu des anti-balaka peut laisser entrevoir, dans les jours à venir, un équilibre de la terreur, susceptible d’installer la RCA dans un enlisement qui rappelle la guerre des tranchées de 1914-1918. En cela, il faut saluer le déploiement prochain de la force européenne baptisée Eufor RCA, qui viendra en appui aux forces de Sangaris et de la MISCA pour une durée de six mois en attendant l’éventuelle arrivée sur le terrain d’une mission de paix et de sécurité des Nations unies. Il faut espérer que l’avènement de cette force européenne permettra, avec l’appui des forces internationales déjà présentes de mettre hors d’état de nuire les anti-balaka. Cela d’autant que le commandant en chef des forces africaines de la MISCA, entend désormais traiter les anti-balaka comme des ennemis. Au fait, la situation est devenue telle que toute initiative allant dans le sens de la paix en RCA doit d’abord et avant tout passer par un anéantissement des capacités de nuisance des anti-balaka.

Les anti-balaka sont en train de réunir tous les ingrédients pour comparaître un jour devant la CPI
Dans cette perspective, la France qui vient de communiquer à l’ONU une liste de personnalités centrafricaines censées soutenir l’effort de guerre des anti-balaka, semble appréhender le problème centrafricain par le bon bout. Cette initiative pourrait être salutaire pour la RCA. A ce propos, l’on peut dire que la France, qui est la puissance tutélaire de la RCA et qui a toujours fait la pluie et le beau temps au pays de Barthelémy Boganda, a certainement des éléments de preuve à fournir à l’ONU, à l’appui de cette liste, qui pourraient dissuader bien des apprentis sorciers. Déjà, l’ex-président François Bozizé, accusé à tort ou à raison d’être le parrain des anti-balaka, vient de sortir du bois, pour nier toute connivence avec eux.

Cette sortie ne peut pour autant blanchir le général Bozizé, connu pour avoir été la personne qui a porté sur les fonts baptismaux cette force négative qui, aujourd’hui, a tous les attributs d’un monstre qui se nourrit du sang de tous ceux qui ont le malheur de porter en RCA un patronyme à consonance musulmane. En réalité, les anti-balaka sont en train de réunir tous les ingrédients pour comparaître un jour devant la CPI, pour génocide. Face à cette tragédie que les populations civiles sont en train de payer au prix fort, François Bozizé, qui devrait avoir une posture de contrition, nourrit plutôt le rêve de revenir au pouvoir. Pour une indécence, c’en est une. La nouvelle Centrafrique en gestation actuellement ne doit plus s’accommoder d’hommes politiques de l’acabit de François Bozizé ou de Michel Djotodia. Elle ne peut pas non plus tolérer des agissements de milices de la trempe de l’ex-séléka et des anti-balaka. Au sujet de cette dernière, l’on peut d’ailleurs se poser la question de savoir ce que font encore ses représentants dans le gouvernement de Catherine Samba-Panza, puisque chaque jour que Dieu fait, elle s’illustre par des actes de défiance vis-à-vis des autorités de la transition et de la communauté internationale.

 



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