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Lettre ouverte aux Conseillères et Conseillers nationaux

A propos du Projet de Constitution de la République centrafricaine

 

Mesdames et Messieurs les Conseillers Nationaux,
Cher (e)s compatriotes,


Au cours de sa session ordinaire qui démarre, votre noble institution est appelée à se prononcer sur divers textes díintérêt national dont le plus important, me semble-t-il est le projet de Constitution de la République Centrafricaine, notre pays en partage. Son importance relève du fait quíil síagit de la Loi Fondamentale en charge de régir notre vivre ensemble (Nation). Elle créera et déterminera les pouvoirs et leurs limites, les contre-pouvoirs de nos institutions et elle fixera nos droits et devoirs de centrafricaines et centrafricains. En somme, cíest notre Constitution qui définira simplement la nature du régime de notre Etat.

 


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Charles-Armel DOUBANE, Ancien Ambassadeur
Vous conviendrez avec moi que cette constitution voit le jour dans un contexte où notre pays vit un chaos sans précédent de son histoire. LíEtat centrafricain qui, aujourdíhui effondré et porté à bout de bras par la communauté internationale, peine à trouver sa voie. Les raisons sont connues et la violation des Constitutions antérieures, en dépit de la qualité des textes, par ceux là-même qui en tiraient leur légitimité et qui en étaient chargés de leur application en constitue une. La Constitution de décembre 2004, très bon texte par sa qualité, nía malheureusement pas échappé à cette mauvaise règle. La première institution à savoir le Président de la République, Chef de líEtat díalors, avait simplement choisi de la violer systématiquement par mauvaise volonté politique, y compris son refus de mettre en place la Haute Cour de justice, ainsi que son intention de la modifier en vue díun troisième mandat, constitue une des sources du long conflit encore en cours.

Aussi, au regard du constat de líéchec du modèle institutionnel traditionnel, doublé de cette mauvaise et nocive idée de partition de notre Etat en deux entités distinctes, idée quíaucun centrafricain níacceptera car menaçant notre nation et son unité, est venu le temps de choix novateurs :
Quel type díEtat faudrait-il au Nouveau Centrafrique ? Unitaire ? Jacobin ? Fortement déconcentré? Décentralisé ou simplement Fédéral?
Quel régime serait-il bon pour le Centrafrique et son peuple (premier souverain) ? Semi-présidentiel? Présidentiel ? Semi-parlementaire (rationalisé) ? Parlementaire?


Pour éviter une précipitation qui nous produirait des institutions faibles et non fiables et/ou des monstres politiques, il nous faut éviter de faire la montre au prétexte que la communauté internationale, pourvoyeuse de líexpertise et des fonds internationaux pour le processus de transition nous líexige. Donnons aux institutions qui seront élues à líissue de la Transition le soin à la fin de la première année de son mandat, díengager des discussions nationales sur ce sujet sur toute líétendue du territoire pour recueillir des avis à cette fin. Car il síagit ici de notre pays à nous tous et notre destin commun en dépend.

Ce qui suppose quíaprès son toilettage, la Constitution de décembre 2004 soit réhabilitée (mettant par la même fin à la Chartre de la Transition). Elle níétait pas mauvaise, je le répète. Ce sont les acteurs qui étaient mauvais et possédant une mauvaise volonté politique. Nous gagnerons ainsi en temps et en crédibilité en nous donnant des institutions fortes qui transcenderaient les régimes et ses femmes et hommes forts conjoncturels et qui répondraient aux attentes de nos compatriotes et sécuriseraient líavenir de nos enfants dans un pays uni et protecteur de tous, nationaux et également ceux qui choisiraient de vivre chez nous.

Je me permets de vous écrire en ce moment précis à cause du caractère grave de votre décision. Elle impactera durablement notre vie et notre avenir en partage. Jíen appelle à votre sens du patriotisme car ne pas agir aujourdíhui de façon efficace, contribuerait à pérenniser la crise et líinstabilité de la République Centrafricaine.

Mesdames et Messieurs les Conseillers Nationaux,
Nous devons saisir cette ultime occasion que nous imposent cette crise et líépreuve qui ont touché toutes les couches sociales, mis en lambeaux notre Etat, notre cohésion nationale en tirant les conséquences, toutes les conséquences, pour bâtir à nouveau un Etat centrafricain uni, juste, réconcilié, solidaire, tourné vers le développement et vivant en harmonie avec ses voisins.

Haute considération,
A Paris, le 15 mars 2014
Charles-Armel DOUBANE
Ancien Ambassadeur
Ancien Ministre

 



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