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Bangui: colère des agents de l’Etat, après le paiement d’un mois de salaire

Les salaires des fonctionnaires n’ont pas été versés depuis le mois de septembre 2013. Malgré le geste du gouvernement, ce n’est toujours pas la joie

 

C’est la colère qui domine chez la majorité des fonctionnaires et agents de l’Etat ce lundi, 10 mars après le paiement d’un mois d’arriéré de salaire. C’est depuis six mois que les fonctionnaires n’ont pas perçu de salaire et pour eux, le geste que vient de faire le gouvernement est une insulte à leur égard. Pourtant, le centre-ville de Bangui a été pris d’assaut par les fonctionnaires et agents de l’Etat centrafricain, pour percevoir leur salaire du mois de septembre 2013. Devant les banques, de longues files d’attente se forment. Dans les alentours, des vendeurs à la sauvette, font les rondes, pour écouler leurs marchandises tenues au bout de main, ou sur la tête.

 


© journaldebangui.com
Une pièce de théâtre
C’est une grande pièce de théâtre qui se joue depuis le samedi dernier à Bangui. Dans les queues devant les banques, on peut voir des agents de la fonction publique sourire et se parler gentiment. Mais à la sortie des banques après les opérations, c’est la grande colère et la langue qui se délie. «C’est de la merde», indique Christophe Malenzapa, qui montre son bulletin de paie. Fonctionnaire au ministère de l’agriculture et de l’économie animale, Christophe Malenzapa a vu son salaire payé, avec 00 FCFA sur son compte. «C’est impossible. J’avais obtenu un prêt chez ma banque. Voilà que le salaire a été payé, mais la banque a tout raflé, alors que c’est depuis six mois que je vis le calvaire avec mes enfants». Pour cet agent de l’Etat, le gouvernement devait discuter avec les banques, afin que ces dernières ne prélèvent pas de l’argent sur le salaire des fonctionnaires qui ont des dettes. «On a vu cela dans les années antérieures. Un gouvernement avait interdit aux banques de prélever leurs intérêts, alors que nous avions totalisé 5 mois d’arriéré», dit-il.

Plusieurs fonctionnaires sont du même avis que Christophe Malenzapa. Par ailleurs, certains vont plus loin, allant jusqu’à critiquer le geste du gouvernement. «La Présidente voyage beaucoup. Elle dit que c’est pour amener de l’argent dans la caisse de l’Etat. Mais voyez-vous ? Sur six mois d’arriérés, un mois seulement a été payé. C’est une insulte à notre égard. Nous avons été pillés, nos enfants ne vont plus à l’école et notre salaire est toujours en baisse. Nous souffrons énormément», martèle Igor Bazo, cadre au ministère ducommerce.

Appel du gouvernement à la reprise
Le weekend dernier, après ce paiement de salaire, le Premier ministre, André Nzapayéké a appelé les fonctionnaires à reprendre le travail. Pour le Premier ministre, le paiement de ce salaire est un grand effort de la part du gouvernement, compte tenu du fait que les caisses de l’Etat sont vides. Or dans le même temps, d’après le chef du gouvernement, les fonds ayant permis le paiement de ce salaire ont été tirés dans les caisses de l’Etat.

Mais pour les agents de l’Etat, le geste est insuffisant. «Payer un mois sur six dans le contexte actuel de crise est une honte que se jette le gouvernement. Mieux vaut ne pas le payer et attendre que les fonds se complètent dans les semaines à venir avant de le payer. En plus, on nous demande de reprendre le travail, alors que d’autres personnes sont sorties avec 0 FCFA. Je ne suis pas prêt à reprendre le travail», a mentionné pour sa part, un agent du ministère des transports, qui dit sortir avec 750 FCFA sur son salaire du mois de septembre, alors qu’il dit habituellement gagner un salaire 220.000FCFA, par mois. Contacté par le RJDH, une source du cabinet du Premier ministre a mentionnée que le gouvernement est en train de déployer tous ses efforts pour que les arriérés de salaires soient très vite épongés.

Quid des fonctionnaires musulmans centrafricains refugiés ou en exils?
A l’annonce du paiement de ce mois d’arriérés de salaires, si la joie s’est dessinée sur certains visages, sur d’autres on lit l’inquiétude, toujours et encore. C’est le cas de certains fonctionnaires centrafricains de confession musulmane pour leur avenir dans la fonction publique centrafricaine voici quelques-unes de leurs plusieurs interrogations:
Comment le centrafricain musulman fonctionnaire ou agent de l’État pourrait-il percevoir son mois de salaire puisqu’il n’a pas le droit de se déplacer dans le pays et encore moins dans la capitale sinon imaginons la suite…. ?
Est-ce que le Gouvernement a mis en place des dispositions sécuritaires pour permettre aux survivants musulmans fonctionnaires ou agents de l’État à pouvoir entrer en possession de leur salaire qui n’est autre que leur droit ?
Comment ceux qui sont forcés à quitter le pays pour se réfugier dans un autre pays pourront-ils se faire payer l’unique mois en cours de paiement ?
Comment les orphelins et veuves ou veufs des musulmans centrafricains tués, brûlés et dévorés pourront-ils bénéficier des allocations de leurs parents fonctionnaires ?

 



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