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Centrafrique: Mme Samba Panza, un mois après la prestation de serment

Pour la nouvelle Présidente de la Transition centrafricaine, l’Etat n’est pas présent partout mais l’embrasement du pays a été évité

 

Les tueries entre chrétiens et musulmans ont plongé le pays dans une crise humanitaire sans précédent avec près d'un million de déplacés sur une population totale de 4,6 millions d'habitants et un exode de la minorité musulmane de régions entières. Harcelés, pillés, lynchés au quotidien par la population à majorité chrétienne, les musulmans, étrangers comme centrafricains, fuient le pays. Le cycle infernal des tueries a été déclenché par des mois d'exactions en toute impunité contre les populations centrafricaines perpétrées par des combattants de la Séléka qui avaient pris le pouvoir à Bangui en mars 2013. En réaction des milices d'auto-défense, les anti-balaka, se sont formées. Très rapidement elles ont attaqué les civils musulmans, à Bangui notamment, entraînant un exode depuis décembre 2013 de dizaines de milliers d'entre eux, sur fond de lynchages et de pillages que les soldats français et africains ne parviennent pas à faire cesser. Les chefs de l'Eglise catholique et de la communauté musulmane centrafricaines ont appelé il y a quelques jours à désarmer les civils «infiltrés» dans les églises et les mosquées pour neutraliser miliciens et pillards qui terrorisent le pays malgré le déploiement de forces internationales.

 


© Philippe Randé/Radio France
Catherine Samba Panza est à la tête de la République centrafricaine depuis un mois
Mme Catherine Samba Panza est à la tête de la Centrafrique depuis un mois. Elle tire un premier bilan du début de son mandat
J’ai pris ce pays il y a un mois dans une situation catastrophique, très chaotique, dans une situation jamais connu auparavant, à tout point de vue, sur le plan sécuritaire, sur le plan humanitaire, sur le plan politique, sur le plan social. Je peux donc faire un bilan après un mois. Déjà, j’ai mis en place, les institutions pour permettre le fonctionnement des institutions, alors qu’il y avait un vide institutionnel quand j’arrivais à la tête du pays. Comme vous le savez, il y a un gouvernement qui est en place. Les institutions commencent à fonctionner, même si il est vrai que l’Etat n’est pas présent dans le reste du pays. Sur le plan humanitaire, même si la situation des populations reste préoccupante, des efforts manifestes sont faits par la communauté internationale, par les ONG humanitaires et également par l’Etat, qui a l’obligation de protéger les populations. Sur le plan sécuritaire, même si beaucoup reste à faire, nous avons évité un embrasement du pays par notre arrivée à la tête de l’Etat. Seulement, il y a beaucoup d’attente dans le domaine sécuritaire et les troupes que nous avons sous la main, ne nous permettent pas encore d’assurer la sécurité des populations, mais ce sont des actions qui continuent à être menées au niveau national et également par les troupes qui sont sur le terrain et par la population qui s’implique dans le retour de la sécurité et de la paix.

Après les tirs à l’arme lourde ici à Bangui, il y a quelques jours, êtes-vous inquiète?
On m’a donné les raisons de ces tirs. Il s’agissait d’éléments qui accompagnaient la communauté tchadienne retournant vers le Tchad. Comme d’habitude il y a eu des accrochages et la Misca a dû riposter, mais très vite les choses sont rentrées dans l’ordre.

Quel est le message que vous voulez faire passer aux musulmans centrafricains qui vivent dans la peur?
C’est le message que je fais passer à toutes les populations centrafricaines qui vivent aussi dans l’insécurité, dans la peur, dans l’inquiétude. Elles sont dans des refuges simplement parce que leur sécurité n’est pas encore assurée dans leur zone d’habitation d’origine. Cela est valable également pour la communauté musulmane qui ne se sent pas encore en sécurité dans certains quartiers. Le message que je leur adresse est que le gouvernement en est conscient, fait les efforts nécessaires, mais la situation sécuritaire était telle que ce n’est pas en un mois que tout peut rentrer dans l’ordre.

Les soldats français parlent d’une situation préoccupante pour les musulmans, vous la qualifieriez de la même manière?
Beaucoup d’efforts sont faits et je pense qu’il ne faut pas seulement regarder les mauvaises choses de la République centrafricaine. Il faut regarder les choses positives qui y sont. Les troupes Sangaris peuvent vous dire qu’il y a des efforts qui ont été faits grâce à leur contribution dans certaines zones. Et dans certaines localités les musulmans et les chrétiens réapprennent à vivre ensemble. Donc ce n’est pas une situation catastrophique, il y a des efforts manifestes qui se font par l’implication des religieux, des leaders communautaires, des jeunes et des femmes.

Mme Valerie Amos que vous avez reçue, s’est dite choquée par ce qu’elle a vu à Bossangoa, c’est-à-dire, des musulmans cantonnées qui ne peuvent plus sortir de leur camps
C’est vrai, il y a encore des poches de préoccupations en ce qui concerne certaines communautés, certaines populations. Bossangoa a vécu des moments très très difficiles et ce n’est pas en quelques jours que nous pourrions régler le problème de cette localité. Il y a des problèmes humanitaires graves qui concernent aussi bien les populations non musulmanes que celle musulmanes et cela préoccupe le gouvernement dans son ensemble.

Ban Ki-moon a dit que la partition du pays est un scénario possible, est-ce aussi votre avis?
Il ne faut pas négliger cette idée Quand on voit le retrait de certains éléments de la Séleka vers le Nord-est on doit se sentir interpellés par cette situation. Moi en tant que présidente de la Centrafrique, je ne pas laisser prospérer ce genre d’idée. C’est vrai que des éléments Séléka sont allés vers le Nord-Est. Il nous appartient maintenant, nous gouvernement de nous rapprocher de ces populations pour les rassurer et leur assurer qu’ils sont dans une République Centrafricaine Une, indivisible et laïque

Les députés français vont voter ce mardi, 25 février à l’Assemblé nationale pour la poursuite ou pas de l’opération Sangaris. Quel message voulez-vous leur adresser ?
J’ai reçu la délégation des parlementaires français, juste avant mon départ sur Ndjamena et je leur ai réaffirmé ma volonté de voir rester sur place, l’opération Sangaris, mais surtout de voir renforcer ces troupes qui font déjà beaucoup de travail positif sur le terrain. Ce n’est pas le moment d’abandonner la RCA, à un moment où les Nations unies se mobilisent pour apporter davantage de présence en terme de troupes et d'avantage d’aide humanitaire et d’appui budgétaire également pour aider l’état centrafricain à redémarrer, à fonctionner et à exercer son autorité sur toute l’étendue du territoire.
Je pense que les parlementaires français ont compris mon message, j’ose espérer que les décisions qu’ils vont prendre, vont être reprises, au niveau de l’assemblée nationale, aillent dans le sens des attentes des populations centrafricaines, qui continuent d’espérer sur l’appui de l’Assemblée Nationale notamment sur l’appui de la France.

Jusqu’à quand vous demandez que la force Sangaris reste?
Déjà, j’ai demandé qu’il y ait une opération de maintien de la paix, comme il a été indiqué que cette opération va s’articuler et se baser sur les troupes qui existent déjà et sont présentes sur le terrain. Misca et Sangaris. La durée de cette opération de la paix sera fonction de l’évolution de la sécurité sur le territoire.

Combien de soldats français en plus, vous voudriez Mme la Présidente?
Il y a eu une annonce d’environ 400 soldats plus. Ce serait déjà ça. Mais dans le cadre de l’opération du maintien de la paix, il est possible que les Nations unies demandent davantage d’hommes. En ce moment, ce serait bienvenu pour le pays.

La France a déployé début décembre 1.600 hommes en Centrafrique, mais ce contingent qui agit officiellement en soutien des 6.000 hommes de la Misca n'a pas permis de faire cesser les violences

 



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