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Centrafrique: Navi Pillay menace les auteurs de crimes qui devront rendre des comptes

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a rappelé aux dirigeants placés en position d’autorité qu’ils ont des obligations légales et devront rendre des comptes

 

La Haut-Commissaire a bien précisé qu’ils pourraient avoir à rendre personnellement des comptes pour les graves violations des droits de l’homme commises du fait de leurs actions ou de leurs omissions, violations qui pourraient constituer des crimes contre l’humanité, rapporte le service d’information de l’ONU. «Bien que la situation générale à Bangui semble un peu plus calme, des informations indiquent que les meurtres et la violence continuent», a dit Navi Pillay. «L’assassinat récent d’un parlementaire qui avait demandé que les personnes responsables de violations des droits de l’homme soient arrêtées est un développement très inquiétant, car il sape l’effort embryonnaire visant à rétablir la sécurité et l’état de droit en République centrafricaine», a déclaré Navi Pillay dans un communiqué de presse. «Bien que quelques groupes d’ex-Séléka en tenue civile continuent à prendre pour cible des civils chrétiens à Bangui, la plupart des violations des droits de l’homme en cours sont le fait d’éléments anti-Balaka qui semblent être chaque jour plus organisés», a-t-elle poursuivi.

 


Mme Navi Pillay
Encore mercredi, 19 février 2014 à Bangui, la capitale centrafricaine, était secouée par des tirs et des explosions aux abords de l’aéroport, où des manifestants ont érigé des barricades contre les opérations des forces française et africaines visant les miliciens anti-balaka. Ces événements surviennent dans un contexte de tension croissante entre forces internationales et anti-balaka, à qui la nouvelle présidente de transition centrafricaine, Catherine Samba Panza, a d’ailleurs promis de «faire la guerre». Les éléments anti-Balaka prennent délibérément pour cible la population musulmane de la capitale. Ces attaques généralisées, qui finissent pas constituer une véritable opération de «nettoyage ethnique», incluent des meurtres, des viols, des pillages et la destruction de maisons appartenant à des musulmans. «Le degré de destruction est catastrophique. Les portes, les cadres des fenêtres, les toits des maisons sont brûlés ou enlevés. Même les murs sont réduits à l’état de ruines, avec l’intention manifeste de décourager les musulmans de revenir», a déclaré la Haut-Commissaire. «Le degré de cruauté et de mépris pour la vie et la dignité humaines est effroyable, avec des mutilations de corps en public, des amputations d’organes génitaux et d’autres parties du corps, des décapitations et au moins un fait signalé de cannibalisme, répandant encore davantage la terreur au sein de la population musulmane», a également déclaré Navi Pillay.

La Haut-Comnissaire s’est dit également très préoccupée par les discours haineux diffusés à la télévision contre les musulmans par des anti-Balaka et par les déclarations publiques faites par des membres du Conseil national de transition au Parlement incitant aux violences intercommunautaires, rapporte aussi le service d’information de l’ONU. «Les dirigeants devraient garder à l’esprit l’impact direct de leurs paroles et de leurs actions sur leurs partisans, et ils doivent comprendre qu’ils pourraient être tenus pour responsables des crimes qu’ils auraient ordonnés, sollicités ou incités», a bien souligné la Haut-Commissaire.

Les ex-Séléka en fuite restent aussi une menace
De plus, explique Navi Pillay, « la situation évolue aussi dangereusement hors de Bangui. Après leur retraite du sud et de l’ouest du pays, les forces ex-Séléka sont maintenant en train de se regrouper dans leur bastion traditionnel du nord, notamment dans les régions de Vakaga, Batafango et Kaga Bandoro. Ce mouvement est en train de provoquer un nouveau cycle de violence, alors qu’ils emploient une tactique de terre brûlée, détruisant les villages, brûlant les semences et les outils, et tuant les civils qu’ils croisent sur leur chemin ». «Étant donné le fort sentiment de rancune parmi les forces ex-Séléka et la population musulmane déplacée, l’importante communauté non-musulmane présente dans ces zones est clairement exposée à de possibles représailles. L’arrivée, dans ces régions pauvres, de nombreux musulmans démunis issus du sud risque d’aggraver les tensions entre communautés», a averti la Haut-Commissaire.

Personne ne devrait être à l’abri de la justice
«Je tiens à rappeler à tous les dirigeants occupant des positions importantes, qu’ils appartiennent aux anti-Balaka, aux ex-Séléka ou à l’ancienne armée FACA, qu’ils ont des obligations claires découlant du droit international. Ils ont l’obligation de ne pas commettre, ordonner, inciter ou être à l’origine de violations du droit international, et d’empêcher leurs subordonnés de commettre de telles violations», a encore ajouté la Haut-Commissaire. «Les personnes qui commettent des violations des droits de l’homme après en avoir reçu l’instruction ou l’ordre pourraient aussi voir leur responsabilité pénale individuelle directement engagée pour leurs actions ou omissions», a-t-elle conclu. La Haut-Commissaire a aussi indiqué que son équipe travaille avec le Ministère centrafricain de la justice pour garantir que les enquêteurs et procureurs puissent reprendre leurs activités et s’assurer que les personnes responsables de crimes et violations des droits de l’homme rendent des comptes.

 



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