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Samantha Power: «en RCA, nous prenons très au sérieux les risques de génocide»

L'ambassadrice des Etats-Unis à líONU a accordé un entretien au Monde sur la situation au Mali et en RCA

 

Avant díintervenir en République centrafricaine (RCA), en décembre 2013, la France a affirmé quíil y avait un risque de génocide dans ce pays. Vous avez beaucoup travaillé sur la question des génocides. Partagez-vous cette analyse?
Nous prenons très au sérieux les avertissements sur les risques de génocide. Jíétais en RCA avant Noël et líétat díesprit que líon peut y observer est très inquiétant. Vous entendez des gens dire : « Je veux tuer des musulmans. » Cíest un état díesprit qui crée une prédisposition à des atrocités de masse. Iil y a un grave risque que des gens soient la cible d'exactions en fonction de critères religieux, c'est évident. Le simple fait d'être un musulman dans certaines localités a été un prétexte suffisant pour voir sa maison incendier. Ce type de brutalité monstrueuse a eu lieu. Le leadership manifesté par la France vis-à-vis de la RCA a été déterminant. Sans la présence française, je tremble à l'idée de penser à quoi ressemblerait la RCA aujourd'hui.

 


© africatime.com
Mme Samantha Power
Les Etats-Unis apportent un soutien logistique aux troupes africaines en RCA, les Américains sont-ils prêts à aller plus loin, en déployant des troupes au sol?
Le président Barack Obama a débloqué 100 millions de dollars (74 millions d'euros) pour transporter et équiper les forces africaines. Il manque encore environ 1 500 soldats par rapport au nombre autorisé par l'Union africaine (UA). Nous travaillons, avec les Français, pour que la Misca, la force de l'UA, atteigne sa pleine capacité. Le secrétaire général de l'ONU va faire des recommandations d'ici deux semaines sur les prochaines étapes pour la RCA. Pour l'instant, l'Union Européenne, la France et l'Union Africaine ont des troupes déployées sur place. Il faut donc voir s'il est nécessaire de transformer la mission de la Misca en opération de maintien de la paix de l'ONU. Il y a encore beaucoup à faire pour investir dans la force africaine.

Le président Obama est-il favorable à une opération de maintien de la paix de líONU en RCA?
En ce moment, notre priorité est de renforcer les troupes africaines de la Misca, la force de líUnion africaine. Pour deux raisons. Díabord, elles sont déjà sur place. Ensuite, même si le Conseil de sécurité décidait dans les mois à venir de transformer cette mission en opération de maintien de la paix, nous devons être réalistes : díoù pourraient venir ces troupes ? Il síagirait des mêmes. En outre, les forces africaines ont traditionnellement des règles díengagement plus robustes que celles des forces de líONU. Elles sont plus opérationnelles pour désarmer les milices Séléka [musulmanes] et les anti-balaka [chrétiennes]. Une opération de maintien de la paix traditionnelle de líONU ne pourra pas mener ce genre díopérations. Pour líinstant, líUnion africaine envoie des signaux contradictoires sur líopportunité díengager une opération de maintien de la paix de líONU. Nous attendons aussi líavis des nouvelles autorités centrafricaines. Mais quelle que soit la couleur des casques sur place, líimportant est díavoir des troupes prêtes à mener le type díopérations agressives nécessaires pour désarmer les milices.

 



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