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Centrafrique: un pont aérien face au manque de nourriture

Un avion-cargo va assurer une rotation quotidienne depuis Douala, au Cameroun, pour acheminer 100 tonnes de vivres par jour

 

Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé mardi le lancement d'un pont aérien sur Bangui, face au manque de nourriture en Centrafrique pour les centaines de milliers de déplacés des violences interreligieuses. La date du pont aérien n'a pas été fixée, mais c'est imminent, a expliqué à Genève une porte-parole du PAM, Elisabeth Byrs. Un avion-cargo va assurer une rotation quotidienne depuis Douala, au Cameroun, pour acheminer 100 tonnes de vivres par jour, a-t-elle indiqué. Car les réserves du PAM à Bangui sont actuellement très, très bas, a-t-elle ajouté. Le 30 janvier, il ne restait plus que 120 tonnes de céréales de stock dans la capitale. Cette pénurie tient au fait que depuis début janvier, les camions transportant la nourriture du PAM s'arrêtent à la frontière de la RCA avec le Cameroun. Les chauffeurs des camions refusent de traverser la frontière sans escorte en raison de l'insécurité.

 


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avion-cargo pour pont aérien
Crise alimentaire et récits d'horreurs
Fin janvier, une première escorte des forces internationales a protégé 10 camions jusque Bangui. 43 autres camions chargés de nourriture du PAM sont actuellement en attente à la frontière. Le PAM est d'autant plus inquiet qu'une crise de la sécurité alimentaire est en train de commencer, a expliqué Mme Byrs, citant une combinaison de facteurs: manque d'assainissement dans les camps de déplacés, manque de nourriture pré positionnée, augmentation du prix de la nourriture, et arrivée de la saison des pluies. Mardi, 04 février, le porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha) a lancé un nouvel appel à la générosité des donateurs, en déplorant que les Nations unies n'aient reçu pour l'instant que 11% des 551 millions de dollars (408 millions d'euros) demandés pour le pays.

Règlements de comptes quotidiens à Bangui
Les violences continuent en effet en Centrafrique, deux mois jour pour jour après le déclenchement de l'opération française Sangaris. En visite lundi à Bangui, le chef d'état-major des armées françaises, l'amiral Edouard Guillaud, a assuré que les 1.600 soldats français et les 5.500 hommes de la force de l'Union africaine (Misca) ont su juguler en partie la violence. De son côté, l'Assemblée nationale française se prononcera par un vote le 26 février sur une prolongation de l'intervention militaire Sangaris, lancée le 5 décembre, et qui n'a pu mettre fin en deux mois aux violences entre chrétiens et musulmans qui apportent leur lot quotidien d'horreurs.

Et la haine engendrée menace d'empêcher tout futur commun dans un pays où les deux communautés vivaient côte à côte depuis des générations, d'autant qu'elle est alimentée par des horreurs régulières. Comme en témoigne sur son blog Peter Bouckaert, directeur des urgences de l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW). Ainsi, le récit de la fin tragique le 14 janvier de Fatimatu Yamsa, mère de famille musulmane qui a su que sa tentative désespérée de fuir le massacre autour d'elle avait échoué dès qu'elle a aperçu des membres de la milice chrétienne anti-balaka à un barrage routier, à Boali (90 km au nord-ouest de Bangui). Sachant qu'elle était sur le point de mourir, Fatimatu a supplié la femme chrétienne à côté d'elle de prendre son bébé de sept mois et de dire que c'était le sien, a-t-il raconté.

Le bébé a été sauvé, mais pas Fatimatu. Alors que le camion redémarrait, les combattants anti-balaka lui ont ordonné, ainsi qu'à deux autres femmes musulmanes et à leurs quatre enfants, d'aller à la mosquée. Un garçon de onze ans a pris la fuite dans un élan désespéré pour la liberté et a réussi à s'échapper. Fatimatu et les autres ont été tués à coups de machette, écrit-il.

 



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