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Instabilités: la Misca-Gabon décampe de Sibut

Une imposante colonne d'une cinquantaine de véhicules, chargés de combattants de l'ex-rébellion Séléka lourdement armés, a pris le contrôle de la ville située, à 180 km de Bangui

 

Médecins sans frontières (MSF) a signalé des événements similaires dans d'autres villes de Centrafrique où, prévient l'ONG, la crise humanitaire s'aggrave. A Sibut, les combattants musulmans, qui ne s'expriment qu'en arabe, ont commis mercredi des exactions contre la population de la ville qui a fui en brousse, a déclaré, sous couvert d'anonymat, une source de la gendarmerie centrafricaine. La colonne est commandée par Mamadou Rakis, ancien directeur général adjoint de la police centrafricaine de l'ex-président Michel Djotodia, selon cette source. «Arrivés dans la ville, ces hommes armés se sont imposés, réclamant la division de la Centrafrique en deux Etats: un Etat musulman au Nord et un Etat chrétien au Sud», a spécifié Marcelin Youyou membre du Conseil national de transition (CNT, Parlement provisoire), qui a aussitôt rejeté l'idée de la partition de la Centrafrique déjà avancée par de hauts responsables de l'ex-rébellion avant la démission de leur leader Michel Djotodia de la présidence de la transition le 10 janvier, sous contrainte régionale et française.

 


© binuca
Des soldats de la Misca, le 19 janvier à Bangui
Un détachement gabonais de la force africaine en Centrafrique (Misca), présent dans la localité, s'est replié, de même source. L'état-major de la Misca a affirmé à l'AFP "n'être au courant de rien". "Le contingent Misca a décroché", a néanmoins confirmé une source diplomatique. Les militaires français, présents depuis le 5 décembre en Centrafrique, ne sont pas présents à Sibut. Selon la source diplomatique, "il y a eu une redistribution des cartes au sein de la Séléka" depuis la démission contrainte le 10 janvier de son chef Michel Djotodia, puis le départ de certains officiers vers le Tchad et le cantonnement des combattants à Bangui ces derniers jours.

D'après cette source, la colonne entrée à Sibut est composée de soldats en déshérence. Jeudi, MSF s'est alarmé de l'aggravation de la crise humanitaire, accompagnée d'un regain de violences à l'intérieur du pays. "Des combats et des actes de représailles sont signalés entre les éléments de la Séléka et des groupes de miliciens (chrétiens) anti-balaka", affirme l'ONG, qui a déployé des équipes à Berberati (sud-ouest) et plusieurs villes du nord-ouest.

Villes fantômes
Certaines villes ont été désertées par leurs habitants, comme Bocaranga (nord-ouest), "une ville fantôme, vide, détruite, pillée. C'est effrayant" témoigne Delphine Chedorge, coordinatrice d'urgence pour MSF. "Les contacts que nous avons en province nous font part de violences extrêmes et de déplacements de population. La population est terrorisée".

Selon d'autres sources contactées par Xinhua dans la ville minière de Bria (Nord), la présence de centaines d'éléments Séléka depuis cette date fait peser de sérieuses menaces sur la population civile aujourd'hui prise en otage. «Il n'y a plus de vie ici. Ce sont les ex-Séléka qui commandent, décident de tout, pillent et tuent qui ils veulent», a regretté un habitant dans cette ville abandonnée comme de nombreuses par les représentants de l'administration.

Dans la ville de Berberati, autre ville minière très importante située à l'Ouest du pays, ces ex-rebelles composés en majorité de mercenaires tchadiens et soudanais si livrent aussi aux violences contre la population. «Ils ont pillé les véhicules des particuliers et menacent de s'en prendre à la population avant de quitter la ville», a rapporté Mahamat Djibrine Ali, journaliste d'une radio locale joint au téléphone.

Dans la capitale, malgré un dispositif de plus en plus étoffé au fil des semaines, les soldats français et africains ne peuvent endiguer les explosions soudaines de violences, de jour comme de nuit, ponctuées de pillages. Signe de la tension extrême qui règne, des soldats français ont directement menacé jeudi "d'utiliser la force" contre une foule de pillards qui voulaient s'en prendre à des biens appartenant à des musulmans dans le quartier de Yangato, près de l'aéroport de Bangui. Parlant dans un mégaphone, un officier français a lancé à la foule: "Dispersez-vous ou nous utiliserons la force contre vous. Tout homme qui commet des exactions est un ennemi de la paix". Il y a deux jours, une dizaine de combattants Séléka avaient été tués à Bangui par les soldats français, pris à partie par les ex-rebelles devant le camp militaire RDOT où ils sont cantonnés, selon une source diplomatique.

Face à l'urgence de la situation, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a appelé jeudi à Berlin la communauté internationale à agir "avant qu'il ne soit trop tard", soulignant que "des atrocités massives sont commises, des meurtres, des détentions arbitraires, des arrestations, des violences sexuelles et l'enrôlement d'enfants à des fins militaires". Le Conseil de sécurité de l'Onu a donné son feu vert mardi à l'engagement d'une force européenne de 500 soldats supplémentaires en Centrafrique, pour épauler les 1.600 militaires français et les 5.500 soldats de la Misca.

 



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