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Manœuvres: François Bozizé en retraite à Yaoundé

Le nouveau séjour de l’ancien président centrafricain dans la capitale camerounaise s’apparente à un repli stratégique, dont l’une des étapes consiste à se rapprocher du théâtre des opérations

 

Depuis quelques jours une rumeur sur la présence de François Bozizé au circule. Approché, un collaborateur de l’ex président centrafricain confirme: «le président Bozizé est au Cameroun depuis le 15 janvier dernier». Mais il a choisi la discrétion cette fois. Raisons: «les autorités camerounaises n’ont pas apprécié ses sorties médiatiques de la dernière fois», explique notre source. L’ambiance au quartier Golf Yaoundé ce matin du samedi 18 janvier 2014 tend également à créditer cette information. A quelques mètres de l’entrée du Golf Club, se trouve nichée une villa combinant harmonie architecturale et calme. Une fresque sur le portail n’indique rien. Pourtant, «des gens qui font le pied de grue à cette entrée, c’est inhabituel», murmure-t-on parmi les vigiles en faction juste en face. A l’orée de la longue clôture qui fait angle avec un buisson, grouille une dizaine d’individus devisant dans un sango naturellement pur. Il y a quelques mois, ce local avait été occupé par l’ancien président en cavale. A l’évidence, Bozizé reçoit et consulte ses compatriotes. Pour quelles fins?

 


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L'article est paru dans ce numéro d'Intégration
Silence stratégique
Contrairement à son premier séjour dont on avait surtout retenu le décor immense et controversé, c’est un autre cliché qui prend le pas cette fois: la pudeur. Selon des sources, la discrétion semble gouverner les options de François Bozizé. A sa résidence du Golf, les attitudes de quelques proches contribuent à définir l’humeur entretenue. L’on peut notamment faire mention du souci d’identification des visiteurs et le suivi de leurs mouvements. Au bout du compte, dans ce check point, ces hommes et femmes ont des approches fermées qui se nourrissent de méfiance. Pas encore possible de parler d’interview. C’est dire si l’ancien président centrafricain s’applique à lui-même et à ses proches, la règle du silence.

Agenda
Toutes choses qui ne permettent pas de sonder son agenda immédiat. On peut donc croire François Bozizé solitaire, enfermé dans ses grimoires. Après le débarquement de Michel Djotodia du Conseil national de transition en République centrafricaine, on peut supposer que les schémas se dessinent aussi bien à l’intérieur de la République centrafricaine (Rca) que dans la diaspora, indiquent des sources. Le général déchu l’an dernier par les rebelles de la Séléka aurait choisi de réfléchir à une stratégie: procéder simultanément à son propre renouvellement afin de balayer tout sentiment d’usure.

Pour réintégrer la scène politique centrafricaine, il travaillerait sur le rééquilibrage de son image en vue d’une nouvelle percée. D’où un programme hautement surchargé en rapport avec le scénario d’une paix durablement installée à Bangui. De fait, laissant volontiers les fanfaronnades médiatiques aux autres, F. Bozizé creuserait patiemment ses sillons au Cameroun. Des sillons parallèles avec, d’un côté, ses hommes de main et, de l’autre, d’autres relations. D’autant plus qu’on apprend la libération par les autorités camerounaises de l’un de ses «bras armés», après deux semaines de détention à Yaoundé. Au fur et à mesure que grandissait l’évidence de la tragédie en Rca, ce dernier avait été étiqueté «distributeur de machettes» aux réseaux anti-balaka, disséminés en Rca et acquis à la cause de Bozizé. De l’avis de certains observateurs de la crise centrafricaine, ce sont là des indices d’un jeu fondu à très haute température tactique et qui peuvent être interprétés comme des réponses aux exigences de l’heure.

 



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