Archive

Bangui: la course à la présidence de transition lancée

L’élection du nouveau président de transition, prévue dans les prochains jours risque d’être décalée suite à des controverses sur les critères d'éligibilité au sein des commissions du CNT

 

Entre ambitions personnelles, pressions internationales, et désirs sincères de sortir la Centrafrique de l'impasse, la course à la présidence par intérim est lancée à Bangui. Les membres du Conseil national de transition, devaient normalement valider hier mercredi l'agenda établi par le bureau du CNT qui prévoit un dépôt des candidatures ce jeudi et une élection dès samedi 18 janvier. Ils n'ont que 15 jours pour élire le nouveau président. Les noms et hypothèses circulent, se contredisent, dans un Bangui qui semble à peine recouvrer un semblant de normalité après des semaines de violences, et où les rancœurs sont loin d'être apaisées. Mais les manœuvres avaient déjà commencé en coulisses, avant même le départ du président Michel Djotodia, contraint à démissionner à cause de son incapacité à juguler la crise humanitaire et sécuritaire. Civil ? Militaire ? Adoubé par la communauté internationale? Acceptable pour le Tchad, parrain incontournable de la région ? Une dizaine de noms circule depuis quelques jours à Bangui, mais avant même l'enregistrement des candidatures, certains ont d'ores et déjà été biffés, notamment sous pression internationale. Comme celui de l'ancien président du CNT Alexandre-Ferdinand Nguendet, qui assume actuellement la vacance du pouvoir et semblait tout disposé à prolonger son bail. Mais son nom est trop associé à l'équipe Djotodia, qui a brillé par son incompétence pendant ses 10 mois de pouvoir. La présidente du CNT, Léa Koyassoum Doumta, a envisagé également de se porter candidate mais les critères retenus par le bureau national du CNT excluent les plus hauts responsables de la transition (président, membres du gouvernement et membres du bureau du CNT). Venus de différentes obédiences politiques, parfois prompts aux retournements d'alliance, les 135 membres du CNT, mis en place pour donner un vernis institutionnel à la transition, vont donc devoir s'entendre sur le nom d'un homme ou une femme qui aura l'immense tâche de rétablir "la paix et la réconciliation nationale" dans un pays ravagé et en faillite.

 


© journaldebangui.com
Désaccords sur les critères?
Selon le calendrier initialement prévu, les candidatures devaient être enregistrées jeudi et l'élection se tenir samedi. Mais lors de la clôture des débats mercredi, les Conseiller se sont séparés sans tomber d'accord sur les critères d'éligibilité du futur président de transition. Le principal point d'achoppement porte sur la demande officielle de la communauté internationale d'exclure de la candidature les 135 membres du CNT, afin de marquer une rupture avec la période Djotodia. Les autres critères d'éligibilité discutés, adoptés par le bureau national, l'organe dirigeant du CNT, interdisent aussi la candidature de toute personne ayant été membre d'une rébellion ou d'une milice au cours des 20 dernières années, «ce qui fait du monde en Centrafrique», glisse un délégué, parlant d'une «gageure». Des propositions ont également été faites pour exclure les militaires et les dirigeants de partis politiques de la course à la présidence, selon une autre source parlementaire. Selon Mme Léa Koyassoum Doumta, les leaders des partis politiques, les anciens chefs des rebellions en Centrafrique, les membres du CNT, les anciens membres du gouvernement de transition, les officiers généraux en fonction et ceux qui sont admis à valoir leur droit à la retraite sont exclus de la liste.

les exigences de la communautés internationale
Le choix du successeur de Michel Djotodia, sera supervisé par le médiateur de la crise centrafricaine, le président congolais, Denis Sassou-Nguessou, conformément à l’article 23 de la Charte Constitutionnelle de Transition. Selon le communiqué, le diplomate Léonard Essongo invite le CNT à contribuer à l’adoption des critères d’éligibilité consensuelles et l’exclusion de certaines candidatures en vue de parvenir à une élection apaisée et transparente. «La Communauté internationale regroupée au sein du Comité technique de suivi, note avec satisfaction, la mobilisation du CNT, en vue de l’élection rapide du Chef de l’Etat de la transition», a conclu le Général Léonard Essongo. Les ambassadeurs, les chefs de mission diplomatique consulaire et les représentants des organisations internationales ont répondu présent à ce rendez tant attendu des centrafricains, et qui marque un tournant décisif dans l’histoire de la République Centrafricaine (RCA).

Désormais, pour arrêter la descente aux enfers de la Centrafrique, «il faut un exécutif qui bosse, avec des gens sérieux sur les ministères régaliens. Le FMI est prêt à ouvrir les vannes, mais il n'y aura pas d'aide budgétaire dans un pays si on ne sait pas où va l'argent et si le pouvoir ne fonctionne pas», résume un diplomate occidental. Pour les partenaires occidentaux et africains de la Centrafrique, qui interviennent militairement dans le pays et financent un Etat quasiment failli, le profil du futur exécutif de transition est: «un président technique, un gouvernement restreint, avec des responsables compétents à la tête des ministères régaliens», selon un diplomate occidental. «Il y a des exigences des bailleurs de fonds, de la CEEAC (Communauté économique des Etats d'Afrique centrale). Ils nous donnent des «avis», mais on a quand même l'impression qu'on nous tord le bras», estime un membre du CNT sous couvert de l'anonymat.

<div align="center"><iframe width="560" height="315" src="//www.youtube.com/embed/s4OO4AkbKp4" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></div>

 

«Pas un aventurier. Un rassembleur et un homme à poigne»
«On ne veut pas d'un aventurier. On a trop souffert», assure Ferdinand Mandedjapou, «représentant de la jeunesse» au sein du CNT. «Il nous faut quelqu'un de neutre, qui n'a d'affinités ni avec les Séléka (combattants de M. Djotodia), ni avec les anti-balaka (milices chrétiennes combattant les Séléka)», espère pour sa part Edgar Mbaïkoua, qui se présente comme «indépendant». «Pas de militaire, surtout. Je suis allergique à la prise du pouvoir par les militaires», sourit-il. Rose Yodoma, une autre déléguée du CNT, envisage l'attelage d'un «rassembleur civil» avec «un ministre de la Défense à poigne», qui pourrait faire respecter l'ordre dans un pays dévasté par l'insécurité. «Moi, je crois qu'il n'y a que trois critères importants: courage, intégrité, indépendance», selon Léonard Sonny, le représentant des professions libérales au sein du CNT.

Les partisans de l'ancien président François Bozizé, renversé en mars par M. Djotodia et actuellement en exil quelque part en Afrique, comptent aussi leurs troupes et vont certainement présenter un candidat, selon des sources politiques. Tout comme des membres de la nébuleuse Séléka, qui n'entend pas se laisser mettre à l'écart.

Pendant ce temps, les principales figures politiques centrafricaines se tiennent prudemment en retrait et attendent leur heure. En effet, les conseillers nationaux ont demandé aux leaders des partis politiques à se consacrer aux élections de février 2015. Car les accords internationaux prévoient que le chef de l'Etat de la transition ne pourra pas se présenter aux futures élections, prévues au plus tard au premier semestre 2015. Il est à préciser que la liste des critères d’éligibilités sera publiée jeudi 16 janvier 2014, après concertation avec la communauté internationale.


Commentaire


Retour en haut