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Bangui: les déplacés refusent de regagner leurs domiciles

La situation sécuritaire et humanitaire toujours tendue est la cause principale de cette réticence, malgré l’appel lancé par le président par intérim de la transition Alexandre Ferdinand Nguedet

 

Une partie de la population centrafricaine se trouvant dans des sites des déplacés refuse de regagner leur domicile respectif. Malgré la démission de Michel Djotodja et de Nicolas Tiangaye, le retour au calme est loin d’être constaté dans la capitale centrafricaine. Un fait qui plonge les déplacés dans l’inquiétude totale. L’appel lancé par le président par intérim de la transition Alexandre Ferdinand Nguedet, le 12 janvier 2014, n’a rien fait. «Je suis mère de quatre enfants et j’étais obligée de prendre les enfants pour trouver refuge au site de l’aéroport de peur d’être tué. Mais malheureusement, à notre absence notre maison a été détruite par les éléments de l’ex-Séléka et du coup je sais quoi faire. Ce n’est pas facile de trouver un abri pour nous. C’est pourquoi je suis obligée de rester sur le site», a témoigné Régana Oliana, vivant sur le site à proximité de l’aéroport.

 


© ICRC/Rabih Mazboudi
Bangui. Plus de 15,000 personnes ont trouvé refuge près du monastère de Boy-Rabe
Passi Antoinette déplacée du site de la paroisse Saint Sauveur dans le 2ème arrondissement de la ville de Bangui, se dit inquiète pour son retour, de peur d’être agressé par ces voisins musulmans qui continuent de semer la terreur dans le secteur. «Je suis chrétien et je vis en plein milieux des musulmans qui sont tous armés et qui ont tué des gens, même dans la nuit du mardi à mercredi 15 janvier, il a eu des cas de meurtre au quartier Sara dans le 3ème arrondissement. Si je rentre ça sera ma mort et celle de mes enfants. Dans mon quartier plusieurs maisons ont été détruites», a-t-elle déclaré.

Certaines personnes disent qu’ils ne peuvent regagner leur domicile qu’à condition que les éléments de l’ex-Séléka et les milices anti-balaka soient désarmés, surtout le troisième arrondissement car les jeunes musulmans de cette localité détiennent encore des armes et tuent sans inquiétude. La plupart de la population est actuellement sans abri et vivent dans des conditions très déplorables. Pour leur permettre de retrouver une vie normale, il faut procéder à un désarment sérieux, dépêcher les élections et mettre en place une politique d’apport d’aide aux personnes victimes de cet conflit.

 


© ICRC/Rabih Mazboudi
A la paroisse Saint Jean de Galabadja, plus de 5,000 personnes ont reçu du CICR de l'aide alimentaire
Il y a eu 40% déplacés en plus entre le 24 et le 31 décembre 2013
En réponse à l’énorme vague de déplacements de population à Bangui, les équipes de Solidarités International travaillent d’arrache-pied pour permettre à des milliers de familles fuyant les violences de s’abriter et se protéger des maladies. Elles sont déjà intervenues dans deux camps qui comptent chacun entre 5 et 10 000 personnes dormant à même le sol et sans rien au-dessus de la tête. Et, en lien avec 2 autres ONG françaises, elles s’apprêtent à faire de même dans une grande partie de la trentaine de camps disséminés dans la ville. «Si les medias parlent beaucoup du camp de l’aéroport, où près de 100 000 personnes ont trouvé refuge, il en existe malheureusement beaucoup d’autres où la situation est toute aussi précaire. Et qui ne font que grossir. Entre le 24 et le 31 décembre, le nombre de déplacés a augmenté de 40%, indique Bérengère Tripon, responsable de nos opérations dans la zone. La vie en promiscuité et la difficulté à maintenir des règles d’hygiène de base font craindre les épidémies. Des cas de choléra ont même été signalés en décembre 2013. Pour éviter le pire, il s’agit d’apporter en priorité aux familles déplacées un accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement. C’est ce que nous avons commencé à faire au lycée Ama et à la mission St Charles, où nous construisons des toilettes, gérons les déchets et distribuons des kits hygiène, ainsi que du matériel pour construire des abris collectifs.»

Les ONG comme dernier recours
Accès à l’eau potable et à l’assainissement, amélioration des conditions de vie, réponse aux urgences liées aux déplacements… Présente depuis 2006 en République Centrafricaine, Solidarités International n’a jamais cessé son action humanitaire. Et ce malgré le contexte d’insécurité et le désintéressement latent de la communauté internationale vis-à-vis de ce pays parmi les plus pauvres au monde et qui fait face à des problématiques humanitaires dramatiques. «Aujourd’hui plus que jamais, les organisations humanitaires sont le dernier recours d’une population exsangue», alerte Khayem Allen, notre chef de mission sur place.


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