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Bangui: vivre en déplacés dans la capitale

Des milliers de familles, massées autour de l'aéroport pour se placer sous la protection des soldats français, vivent dans le dénuement

 

L'Unicef a recensé 55 sites de déplacés dans la capitale centrafricaine, où s'entassent - dans des conditions sanitaires désastreuses - 370.000 personnes -- hommes, femmes, enfants. Il s'agit de gens de la ville, qui compte 800.000 habitants, mais aussi de Centrafricains venus de province en espérant trouver un peu de tranquillité à Bangui. Autour de l'aéroport, zone sécurisée par les soldats français de l'opération Sangaris et ceux de la force africaine (Misca), ils sont environ 100.000, selon des estimations de responsables humanitaires, vivant sous des tentes de fortune, dormant à même le sol. Entre les épaves d'avions civils, à deux pas de la piste sur laquelle se pose un énorme avion de transport Antonov, les réfugiés entament une nouvelle journée d'épreuves. Entre les tentes et habitats improvisés, une vie s'est créée ici: petits commerces, coiffeurs, vendeurs de téléphone... La plupart ont fui les violences de leurs quartiers. Ce sont des chrétiens craignant les exactions des "Séléka", l'ex-rébellion, de majorité musulmane, qui a pris le pouvoir en mars. "Je vends depuis une semaine", explique Ernest devant son étal de fortune: "on cherche à manger. On a fui la guerre, il n'y a pas d'argent, pas de nourriture". "Jusqu'à maintenant, on n'a rien obtenu", dit l'un d'eux, Eric Tabassi: "ça fait bientôt un mois qu'on est là et la situation ne fait qu'empirer". Sur les faîtières des tentes flottent des drapeaux centrafricains, américains, français, et certains réfugiés ont écrit leurs espoirs sur des panneaux: "François Hollande sauve nous!", est inscrit sur l'un d'entre eux.

 


Vue générale d'un camp international pour personnes déplacées, près de l'aéroport de Bangui, le 29 décembre 2013
Certains refusent de quitter le site, par peur. Díautres, comme Vivien, 27 ans, font des allers retours à leur domicile, "quand ça ne tire pas". L'ambiance est la même qu'en ville: la tension est quasi-permanente. Louise, une femme âgée raconte: "si on veut partager la nourriture, les jeunes amènent des machettes pour emporter ce que les humanitaires donnent. Ça ne va pas". D'autres encore se massent aux abords de la route pour injurier et caillasser les convois de musulmans étrangers fuyant le pays par peur de représailles, comme des Camerounais ce lundi matin, et surtout des Tchadiens.

De leur côté, les civils musulmans, centrafricains mais surtout tchadiens, fuient la ville. Ils craignent d'être victimes de représailles de milices d'autodéfense locales chrétiennes "anti-balaka" (anti-machettes) ou de foules les accusant de connivence avec les Séléka qui ont chassé le président François Bozizé du pouvoir en mars 2013. Les tueries intercommunautaires ont fait un millier de morts dans la capitale depuis le 5 décembre, date du début de l'intervention française.

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"C'est incontrôlable"
A quelques pas de là, c'est l'aéroport. Fermé de temps à autres, il est bien difficile de prévoir les vols qui y parviendront ou y décolleront: leur fréquence dépend des évènements du jour, et tout s'y fait à la dernière minute. Arrivé jeudi, un homme d'affaire français qui souhaite garder l'anonymat garde un souvenir particulier de son premier séjour en Centrafrique: "Notre avion a atterri, c'est déjà ça, mais il y a eu pas mal d'échanges de tir juste en bordure de l'aéroport. Impossible de sortir, et à cause du couvre-feu, j'ai dû dormir sur place".

Sur le tarmac, l'énorme Antonov ouvre ses soutes, pleines à craquer de lourdes caisses de métal estampillées Nations unies: de l'aide, insuffisante vu le désastre humanitaire que vit le pays. Quelques mètres plus loin encore, c'est le pavillon français qui claque dans la chaleur moite de la saison sèche: le camp Boali, qui accueille la force française de l'opération Sangaris et vit au rythme des patrouilles de blindés qui vont et viennent en ville. Sur le parking de l'aéroport, les éternels "Godobés", comme on appelle ici les enfants des rues, tentent de vendre au détail des rations militaires glanées auprès des soldats français ou des contingents de la force africaine. Les soldats français et africains se partagent la tâche de sécuriser le secteur. Aujourd'hui, ce sont des miliaires camerounais, et ils tentent comme ils le peuvent d'empêcher les déplacés de stopper le convoi de Tchadiens en fuite: "On fait ce qu'on peut, mais c'est incontrôlable. Il y a des armes, des couteaux, des machettes...", explique un officier camerounais.


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