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Rca: les troupes de la Fomac ont changé de brassard

Elles ont aussi changé de commandement. Le général Jean-Félix Akaga a pu dire au revoir à la République centrafricaine

 

Tout avait bien commencé avec une parade militaire bien ordonnée dans le camp de M'Poko. A enchaîner les garde-à-vous aux ordres du colonel Gachancard dit « Gach », un parachutiste congolais que personne n'oserait traiter de tire-au-flanc, les soldats français et africains avaient sûrement un peu trop chaud, alignés pendant des heures sous le soleil. Face à eux, des ministres, des diplomates et tous ceux qui comptent dans le pays étaient réunis. A l'exception de Michel Djotodia, le président de transition.

 


© lemonde.fr
Du nouveau dans les troupes africaines basées en Centrafrique
Depuis des semaines, le 19 décembre devait être un jour symbolique. Il s'agissait d'officialiser le transfert d'autorité de la Fomac à la Misca. La force d'Afrique centrale est devenue jeudi une force de l'Union africaine. Les 3 700 soldats déjà déployés ont changé de brassard et de commandement. Le général Jean-Félix Akaga a pu dire au revoir à la République centrafricaine après avoir tenté pendant toute une année de gérer l'ingérable. Son successeur, le général congolais Jean-Marie Michel Mukoko, dispose de plus de moyens, de l'appui des soldats français et d'un mandat qui l'autorise à faire usage de la force pour protéger les populations et désarmer les fauteurs de troubles.Pendant ce temps, Samantha Power visitait un hôpital, une église, une mosquée pour tenter de mesurer l'ampleur de la crise. Washington ne veut pas d'opération de maintien de la paix, mais l'ambassadrice américaine aux Nations unies était bien là pour montrer que les Etats-Unis ne sont pas insensibles au drame centrafricain. Au rendez-vous fixé avec les autorités à l'aéroport, Michel Djotodia arrive dans un blindé tchadien de la nouvelle Misca. Mauvais présage.

Les soldats tchadiens très proches des ex-séléka
Vers 17 heures Bangui a repris son mauvais visage. Deux blindés légers des soldats tchadiens remontent vers le marché de Ngobongo. Une fumée blanche nappe le quartier. Des gens courent pliés en deux. D'autres curieux et apeurés sur le bord de la route. «Ce sont les soldats tchadiens qui nous ont tiré dessus», racontent quelques-uns alors que les tirs résonnent dans le quartier. D'autres crient: «On va tuer les musulmans!» Quelques minutes plus tôt, un véhicule des soldats tchadiens a été détruit par un jet de grenade et un tir de lance-roquettes. Six soldats ont été blessés. «On ne peut pas continuer comme ça. Trop c'est trop. Les anti-balaka sont à côté de notre base et personne ne fait rien. Qu'est-ce que c'est que cette mission? Là, on ne les a pas trouvés, mais demain (vendredi) on va prendre nos responsabilités», promet un officier tchadien furieux, notamment contre la France qu'il soupçonne de protéger les ennemis du pouvoir à Bangui.

Les soldats dépêchés par N'Djamena sont à la fois les plus aguerris et les plus controversés en RCA. Leur proximité avec les ex-Séléka est parfois confondante. Les soldats burundais qui viennent de renforcer la Misca se sont vu chasser de Ngobongo par ceux-là mêmes qu'ils étaient venus appuyer. A peine créée, la force de l'Union africaine connaît ses premières sérieuses difficultés. Des tirs se sont faits entendre pendant toute une partie de la fin d'après-midi dans différents quartiers de Bangui, notamment à proximité de l'aéroport, générant des mouvements de panique sur le site qui abrite plus de 40 000 déplacés. Les soldats français de l'opération Sangaris, toujours aussi mutiques, laissaient cependant transparaître une réelle inquiétude.

 



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