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Transition: trois ministres centrafricains remerciés

Le président M. Djotodia vient de mettre à la porte des ministres du gouvernement de transition parmi lesquels Joseph Bendounga de l'Elevage

 

Les ministres centrafricains, de la Sécurité publique, le pasteur Josué Binoua, des Finances et du budget Christophe Bremaïdou et Joseph Bendounga de l'Elevage de l’Elevage, ont été limogés dimanche, jour où l’archevêque catholique de Bangui, Mgr Dieudonné Nzapalainga, a appelé à la réconciliation, citant l’exemple de Nelson Mandela. Le directeur du Trésor et de la Comptabilité publique, Nicolas Geoffroy Gourna Douath, a également été limogé. Depuis hier, selon une «instruction présidentielle», «tous les mouvements sur les différents comptes du Trésor public sont suspendus jusqu’à nouvel ordre». «Ces ministres sont limogés parce qu’on ne sait pas où ils sont. Ils ne gouvernaient plus», a affirmé une source proche du pouvoir selon laquelle, il n’était pas possible de savoir hier dimanche soir jusqu’à quand les mouvements du Trésor seraient suspendus. Les trois décrets et l’instruction présidentielle n’ont pas été contresignés par le Premier ministre, comme le prévoient les textes de la transition.

 


© rfi.fr
Les trois décrets et l’instruction présidentielle n’ont pas été contresignés
Figure centrafricaine, candidat à la présidentielle de 2005, le ministre de la Sécurité publique, le pasteur Josué Binoua, qui dispose aussi de la nationalité française, est actuellement en France après avoir été exflitré par l'armée française il y a quelques jours. Il n'a pas tardé à réagir. «Il est normal que je vienne voir ma famille, s'est-il justifié. Je suis depuis 48 heures en visite familiale, mais depuis une semaine, j’étais bel et bien à Bangui.» Des armes avaient été trouvées à son domicile, et il est accusé par les autorités centrafricaines de détention d’armes illégale, le ministre limogé s'est défendu de toute tentative de déstabilisation du régime en affirmant qu’elles étaient destinées à des agents de la sécurité publique et assure que toutes sont répertoriées: «Est-ce qu’il est étonnant d’avoir un code pénal chez un magistrat? Je suis ministre de la Sécurité. Lorsque ma maison a été pillée et saccagée, dans le butin de ces voleurs, il y a eu dix armes, avec une carabine. Ce n’est pas avec dix AK 47 qui sont détenus par mes éléments de sécurité et une carabine qu’on va faire un coup d’État. C’est donc une fausse accusation. Je ne pouvais pas rester en Centrafrique en raison de menaces sur ma personne», a-t-il affirmé. Son ministère, équivalent du ministère de l’Intérieur, est un poste clé dans un pays actuellement ravagé par les affrontements interreligieux qui ont fait plus de 600 morts.

Le ministre des Finances et du budget Christophe Bremaïdou, ancien opposant au président François Bozizé, qui dirige le petit parti Alliance pour la solidarité et le développement, ainsi que le directeur du Trésor public paient sans doute la situation catastrophique des Finances publiques. L’Etat centrafricain est constamment au bord de la cessation de paiements.

Après l’invitation au dialogue, samedi, du président de transition Michel Djotodia, chef de l’ex-rébellion Séléka qui a pris le pouvoir en mars, l’archevêque catholique de Bangui, Mgr Dieudonné Nzapalainga, a lancé devant 1.500 fidèles réunis pour la messe dans l’église Saint-Charles, dans le nord de la capitale: «beaucoup de chrétiens ont dit qu’ils allaient se venger. Les chrétiens doivent être habités par l’esprit de Dieu, ils ne doivent pas tuer». «Nous sommes devenus des animaux, les exactions dépassent la raison quand on tue quelqu’un et qu’on brandit son bras», a insisté le religieux. Il a demandé aux fidèles de s’inspirer de «l’homme de paix et de réconciliation» qu’était Nelson Mandela, inhumé au même moment en Afrique du Sud, et de ne pas répondre par la violence à la violence. Pour sa part, l’ancien ministre, pasteur a plaidé pour le rassemblement: «Je dis simplement que nous ne pouvons pas bâtir le pays avec de l’exclusion. On ne peut pas parler rassemblement et en même temps mener une politique intrigante, des machinations secrètes pour nuire aux uns et aux autres. Il est normal que le président de la République et son Premier ministre donnent leur confiance et la retire, mais je dis qu’il faudrait que nous nous réunissions comme un seul homme pour bâtir notre pays.»

Sangaris
Sur le plan militaire, le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a indiqué que Paris allait demander un «concours plus solide, plus fort» sur le terrain de ses partenaires européens lors du Conseil Affaires étrangères lundi à Bruxelles. «Les Polonais seront avec nous sur le plan logistique», a ajouté M. Fabius citant aussi «les Britanniques, les Allemands, les Espagnols, les Belges». Certains de ces pays pourraient-ils aller au-delà d’un soutien logistique et fournir des militaires pour rejoindre les forces françaises qui tentent depuis dix jours de mettre fin à l’anarchie et à l’engrenage de la violence dans cette ancienne colonie ? «Deux d’entre eux sont en train de s’interroger, j’espère qu’ils le diront», a répondu le ministre, sans les citer. A Bangui, des milliers de chrétiens se sont rendus dans les églises de la capitale où la situation reste tendue avec toujours des lynchages et des tirs sporadiques, une semaine après les affrontements interreligieux qui ont fait près de 600 morts dans le pays selon l’ONU.

«Ce sont nos frères»
A Bimbo, en périphérie sud de Bangui, un musulman a été attaqué dans la matinée par des chrétiens, selon une habitante. Elle avait d’abord annoncé son décès, puis précisé en fin de journée qu’il avait été blessé et s’était échappé. «Il y a un mouvement de foule et les gens fuient», a-t-elle ajouté. Des tirs sporadiques, symptômes d’une situation encore tendue, ont également été entendus dans le centre de la capitale à l’aube. Samedi soir, le président centrafricain musulman Michel Djotodia, issu de l’ex-rébellion Séléka à dominante musulmane qui a pris le pouvoir par les armes en mars 2013, avait proposé de dialoguer avec les milices chrétiennes «anti-balaka» (anti-machettes, en langue sango), afin d’enrayer la spirale des violences. Dans un entretien à Radio France internationale (RFI), Michel Djotodia a assuré que ces miliciens, aujourd’hui en lutte contre les combattants de l’ex-Séléka, «ne sont pas des ennemis», «ce sont nos frères».Jusqu’à l’arrivée au pouvoir de la Séléka, chrétiens et musulmans vivaient en bonne entente dans ce pays très pauvre de 4,5 millions d’habitants, chrétien à 80%

 



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