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Centrafrique: petit pays deviendra grand un de ces quatre

Editorial paru dans le dernier numéro du mensuel Afrique Nouvelle

 

La République Centrafricaine? Pour la plupart des gens, c'est un pays moyenâgeux Ė gangrené par les soubresauts politiques et par une instabilité chronique Ė dont les habitants n'ont rien à se mettre sous la dent. Un cliché qui a la vie dure. Car pour nombre díobservateurs, la Centrafrique est à l'image du fleuve Oubangui et ses rapides : agité en permanence. Pour le comprendre, il suffit de s'asseoir sur ses bords et de contempler l'immensité lacustre, secouée par d'incessants ressacs. C'est à se demander si elle ne va pas finir par déborder et engloutir toute vie alentour. La peur est de courte durée : les eaux du fleuve refluent. Et le manège recommence.

 


© journaldebangui.com
La Une du dernier numéro de la Afrique Nouvelle !
Ainsi va la République Centrafricaine, habituée à se faire peur. Au point que chacun redoute constamment une énième descente aux enfers. Paranoïa injustifiée ? Méconnaissance de la réalité du pays ? Sûrement pas. Ici, tout ce qui peut paraître banal ailleurs prend de l'ampleur. Tout frémissement, tout frétillement inquiètent. On l'a vu début 2013, lorsque la rébellion Séléka síest emparée du pouvoir à Bangui. Les pillages et les exactions qui ont suivi ont fait craindre le pire, ravivant de douloureux souvenirs. Il y a eu des tueries, dont la responsabilité est partagée. Le pays a frôlé le chaos mais il n'a pas définitivement sombré. Au contraire, il serait même plutôt sur la voie de la réconciliation, selon Michel Djotodia, le président de la transition. «Depuis le tout début de la crise, les Centrafricains ont prouvé leur capacité à gérer une transition pacifique, condition sine qua non du retour de la paix», observe-t-il.

Au chevet de ce pays quíon dit malade, la communauté internationale oscille entre espoirs et désillusions. Cíest pourquoi ses promesses maintes fois réitérées tardent à se concrétiser, accentuant encore les difficultés financières du pays. Un malheur n'arrivant jamais seul, la crise politique du mois de mars dernier a eu pour conséquence de fragiliser l'économie, entraînant dans les mois qui ont suivi une diminution de près de 80% des recettes de l'État. Tributaire de l'aide internationale pour plus de la moitié de son budget, handicapé par un lourd déficit énergétique qui grève, notamment, le développement d'un secteur minier prometteur, enclavé physiquement et technologiquement, la Centrafrique est aussi montrée du doigt pour líinfantilisme caractérisé díune partie de son élite perpétuellement irresponsable et corrompue, ne voyant pas plus loin que la prochaine occasion de síen mettre plein les poches.

Mais ce que l'on sait moins, c'est que la Centrafrique regorge díénormes potentiels. Il dispose dans son sous-sol des mines díor, de diamant, díuranium, du pétrole, et des ressources minérales qui, pour peu quíelles soient exploitées, lui permettraient de réaliser des performances économiques rivalisant avec celles des puissances continentales reconnues comme l'Afrique du Sud, le Nigeria ou l'Angola. Mieux, avec un peu de volonté de la part de ses dirigeants, elle pourra réussir à réduire significativement sa pauvreté endémique et regagner sa place dans le concert des nations libres et prospères. Le pays ne pourra relever les défis qui se posent à lui que lorsque sa classe politique se sera définitivement désintoxiquée du poison de la division et de la peur hérité des années sombres. Díautant que lorsque le pouvoir est un but ultime et non un moyen d'agir, le pire n'est jamais loin.

Heureusement, les Centrafricains dans leur immense majorité ont compris qu'ils peuvent, dans certains cas, compter sur eux-mêmes. Les efforts jusquíici réalisés par les autorités de la transition et une partie de la société civile en sont la preuve. Cíest surtout cela, la vraie raison de líoptimisme.

 



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