Archive

Lettre ouverte au Conseil de sécurité des Nations Unies

Sur la situation en République centrafricaine, par l’International Crisis Group

 

Bruxelles le 15 nov. 2013
Vos Excellences,
Le Conseil de sécurité doit agir fermement dès ce mois-ci pour éviter que la situation ne se détériore davantage en République centrafricaine (RCA). Depuis le coup d’Etat des rebelles de la Seleka le 24 mars dernier, l’Etat s’est effondré et l’anarchie et le désordre règnent à travers le pays, notamment dans la capitale, Bangui.


La RCA doit actuellement relever quatre défis principaux :
1. Une crise de sécurité : Le banditisme règne dans les provinces et dans la capitale, où les combattants de la Seleka attaquent les civils, détournent des véhicules des Nations unies et des ONG, et ont récemment abattu un Casque bleu africain et un travailleur humanitaire. Cette criminalité a entrainé la formation de groupes d’autodéfense locaux et a provoqué des affrontements entre communautés musulmane et chrétienne, ce qui nourrit l’insécurité et aggrave le risque de violence contre les civils.

2. Une crise humanitaire : La situation humanitaire se détériore de jour en jour, et les rapports de violations des droits de l’homme sont de plus en plus nombreux. Selon OCHA, plus de 1,6 million de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire d’urgence, dont 400 000 déplacés internes et 64 000 réfugiés dans les pays voisins.

3. Une transition politique dans l’impasse : L’insécurité grandissante empêche le gouvernement de transition de commencer à mettre en œuvre l’accord de Libreville et les décisions prises au sommet de N’Djamena. La feuille de route a été établie et les institutions de transition sont en place, mais elles sont incapables de rétablir la sécurité et recommencer à fournir des services de base. La transition politique qui a commencé le 18 août doit s’achever dans dix-huit mois avec la tenue d’élections libres et équitables, auxquelles les membres du gouvernement de transition n’ont pas le droit de participer.


4. Un Etat failli : La confusion totale règne en Centrafrique. Les ministères ont été pillés, les infrastructures publiques ont été détruites dans les provinces, les recettes budgétaires sont quasiment nulles et les fonctionnaires se sont réfugiés dans la capitale. Le pays ne peut pas fournir les biens et services publics les plus élémentaires.

 


© zimbio.com
Louise Arbour, Présidente-directrice générale
Le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2121 neuf mois seulement après l’accord de Libreville, ce qui explique en partie le manque de moyens politiques et militaires pour appuyer sa mise en œuvre. La résolution comporte deux volets essentiels : elle vise à renforcer et élargir le mandat du Bureau intégré de l’Organisation des Nations unies en Centrafrique (Binuca), et appelle à la création d’une mission internationale de soutien à la Centrafrique dirigée par l’Union africaine (Misca). Le Conseil doit désormais agir plus rapidement, en premier lieu pour aider les acteurs sur le terrain qui cherchent à rétablir l’ordre, puis pour lutter contre l’instabilité chronique qui sévit dans le pays. Le Conseil, qui devrait autoriser un mandat de chapitre VII pour la Misca, pourrait apporter une contribution essentielle en prenant les mesures suivantes:

Pour stabiliser la situation sur le terrain]
1. Fournir une aide d’urgence, avec un financement adéquat, pour permettre au plus tôt le déploiement total de la Misca sous conduite africaine, et encourager l’Union africaine à garantir :
a. le déploiement d’une mission qui a pour priorité la protection des civils et le rétablissement de l’ordre ;
b. une composante policière importante ; et
c. la création d’un environnement stable favorable à la fourniture d’aide humanitaire à la population.
2. Autoriser les forces françaises à participer au rétablissement de l’ordre.
3. Encourager les forces françaises et les autres pays à fournir à la Misca un soutien en matière de renseignement, dont elle a grandement besoin.
4. Encourager les pays africains à fournir à la Misca des contingents supplémentaires, compétents et bien équipés.
5. Encourager l’élaboration et la mise en œuvre rapides d’un programme de désarmement, démobilisation et réintégration, en coordination avec les autorités de transition et les bailleurs de fonds potentiels.
6. Déployer les Casques bleus pour assurer la sécurité des bureaux de l’ONU et de leur personnel, des camps de DDR et de l’aéroport de Bangui.
Pour faciliter l’action de soutien du Binuca auprês des autorités de transition
7. Autoriser le Binuca à soutenir les autorités de transition afin de :
a. restaurer l’ordre en aidant à l’élaboration d’un plan d’urgence pour rétablir et redéployer la police centrafricaine, la gendarmerie, les organismes judiciaires et les services pénitenciers, d’abord à Bangui puis dans les provinces ;
b. préparer et mettre en œuvre une réforme du secteur de la sécurité complète avec l’aide des autres partenaires ; et
c. rétablir et redéployer l’administration civile dans les provinces en coordination avec la Misca et les autres partenaires.
8. Autoriser une mission d’évaluation électorale pour proposer un plan d’action, un budget et un calendrier réaliste pour la tenue d’élections crédibles.
9. Autoriser le Binuca à aider, avec les bailleurs de fonds, les autorités de transition à améliorer leurs capacités à gérer les ressources naturelles.

La RCA a connu de multiples cycles d’instabilité et de violence depuis les années 1990. Une action internationale urgente et concertée est nécessaire afin d’enrayer le chaos et de prévenir les conflits. En premier lieu, le Conseil de sécurité doit garantir un soutien effectif à la mission de l’Union africaine. Si la communauté internationale n’agit pas rapidement, cela risque de déstabiliser davantage le pays, ce qui mettrait en danger la République centrafricaine, ses citoyens mais également la région toute entière.

Sincères salutations,
Louise Arbour
Présidente-directrice générale

 



Commentaire


Retour en haut