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RCA: l'avertissement du gouvernement aux journalistes

Dans un avertissement solennel, les ministères de la Défense et des Affaires étrangères invitent les envoyés spéciaux à Bangui à la plus extrême prudence

 

C'est du jamais vu! Dans un communiqué commun, le directeur de la communication et de la presse du ministère des Affaires étrangères, Romain Nadal, et Pierre Bayle, délégué à l'information et à la communication de la Défense, appellent "Mesdames et Messieurs les journalistes" actuellement présents sur le territoire de la République centrafricaine à prendre en considération leur propre sécurité. Le message est explicite: "Nous vous demandons de faire preuve de la plus extrême vigilance, de vous tenir informés de l'évolution de la situation et de respecter les consignes de sécurité données par le ministère des Affaires étrangères, l'ambassade de France à Bangui et nos forces sur place qui sont à même de vous indiquer les zones où vous ne devez pas vous rendre." Pas besoin d'être grand clerc pour comprendre la situation: comme précédemment dans plusieurs zones de guerre, les envoyés spéciaux entendent exercer leur mission selon leurs propres priorités, ce que personne ne conteste. Mais il arrive qu'ils ne tiennent pas compte ou qu'ils aillent à l'encontre des conseils de sécurité que leur donnent sur place les autorités françaises, ou les militaires.

 


© BFMTV
Image d'illustration (Capture d'écran BFMTV)
"On n'est pas au Mali !"
Lesquels sont sollicités au moindre problème, comme le raconte en privé un très haut responsable du ministère de la Défense : voici quelques mois, il avait été appelé sur son portable personnel par une équipe de télévision prise sous le feu à Kidal, au Mali, qui exigeait que des militaires français viennent séance tenante l'extirper de la fâcheuse posture dans laquelle elle s'était elle-même placée. Or cette fois, indique-t-on de source militaire bien informée, "on n'est pas au Mali. La Centrafrique, c'est mille fois pire que Kidal: les gens en face sont des bandits totalement désorganisés, les risques sont d'un niveau exceptionnel! Nous ne demandons pas aux journalistes de nous tenir informés de leurs faits et gestes, mais de se tenir informés de la situation, en assumant les risques qu'ils prennent." Selon les informations disponibles, ce solennel avertissement concerne davantage les rédactions parisiennes que les reporteurs sur place. Comme le précise cette source: "À Bangui, il est facile de parvenir directement en plein milieu du dispositif et on prévient les rédactions de ne pas en demander trop aux envoyés spéciaux."

Gros risque sanitaire
Les deux ministères préviennent également les journalistes de ne pas négliger de faire procéder avant leur départ à plusieurs vaccinations indispensables, dument inventoriées sur le site des affaires étrangères: "Vous noterez notamment que la forme cérébrale du paludisme endémique en RCA, particulièrement dangereuse, impose le recours à des mesures de protection individuelle, et que plusieurs vaccinations sont obligatoires avant de partir." Est-ce à dire que des envoyés spéciaux seraient partis sans avoir pris ces précautions élémentaires ? À la Défense, on n'ajoute rien à l'avertissement publié... Mais un officier glisse: "Le plus important, c'est qu'on ne souhaite pas avoir à aller chercher des gars partis à l'aventure et coincés dans la forêt." Un avertissement, rien de plus à ce stade.

 



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