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Centrafrique: Qui perd gagne et la crise perdure

Au nom de quoi des centrafricains ont-ils le droit d’exclure d’autres centrafricains au point même de les déclarés morts?

 

L’exclusion est un mal qui mine la Centrafrique depuis des décennies et semble devenir aujourd’hui un modèle de gouvernance politique normal. Ce système qui est légion est une bombe à retardement car dans la Centrafrique moderne, tout le monde est frappé du sceau de l’exclusion et mis au banc des parias de la République. Depuis les indépendances, des hommes, femmes et jeunes sont contraints à vivre en exil forcé .Abel Goumba, David Dacko, Jean Bédel Bokassa, Ange Félix Patassé, Idi Lala, André Kolingba, Francois Bozizé, Charles Massi, Mohamed Dhaffane, Michel Djotodia, Martin Ziguélé, Emile Gros Raymond Nakombo ont tous connus l’exil à un moment ou un autre. Au nom de quoi des centrafricains ont-ils le droit d’exclure d’autres centrafricains au point même de les déclarés morts?

 


© Autre presse
La mise à l’écart des personnes jugées proches d’un régime politique se fait selon un véritable rituel symbolisant la mort des individus à la vie sociale ou politique: il inclut souvent le refus d’écouter leurs opinions, de les tenir à l’écart de la vie politique ou de les priver des moyens de subsistance. On retrouve cette caractéristique dans les différents régimes qui se sont succèdes en Centrafrique. L’exclusion est donc une revanche politique contre des personnes renversées démocratiquement ou par la force. Émerge ainsi, une catégorie grandissante de personnes révoltées dont le seul réflexe est d’utiliser tout moyen (rebellions, coups d’états, troubles etc.) pour survivre ou espérer un jour regagner la patrie.

Ces mesures de négation ont pour effet les crises multiples que nous avons traversé et que nous connaissons actuellement dans ce pays. En 1990, le phénomène de l'exclusion a pris une ampleur considérable, puisque les intellectuels, les cadres ont été écartés de la scène nationale parce que taxer d’opposants .Une fois élu, Ange Felix Patasse procéda à la purge politique et administrative en écartant Kolingba et ses partisans contraints à l’exil. En 2003, c’est ce groupe des exclus et déçus du régime Patassé qui participa activement à la prise du pouvoir par Francois Bozizé et regagna le pays. Ainsi, Patassé et ses partisans seront à leur tour exclus du jeu politique. Des personnalités telles que Koyambounou, Ringui, Lodegué, Djadder, Mbeti-Marace, Kodegué, Ndouba, Gaza-Mbeti, Djotodia etc. seront écartés et resteront longtemps hors du territoire. Finalement, eux aussi rejoints au fil du temps par d’autres exclus se sont préparés. Ce sont donc ces groupes qui sont venus renverser François Bozizé. Et Bozizé et sa clique (Yaketé, Dabanga, Ngaikosset, Gbeyoro, Kokaté, Yambeté etc.) à leur tour sont contraints en exil. Que font-ils? Croisent-ils les bras? Pas sur car à en croire nos informations, ils se préparent et sont actuellement dans une logique claire: reprendre le pouvoir.

À l’heure actuelle, traiter la crise centrafricaine en excluant ces exilés est une erreur politique grave. La lecture des événements en Centrafrique prouve que les vaincus aujourd’hui seront les vainqueurs de demain. La France et la communauté internationale doivent tirer les leçons de ce schéma. Des pays comme la cote d’ivoire, le Tchad, la Lybie, le Congo Brazzaville, la RDC etc. ne connaîtront jamais la paix, si la question de l’exclusion n’est pas prise au sérieux. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il serait illusoire de croire que ceux-ci appartiennent au passé. Pourquoi la communauté internationale tirant les leçons du passé ne dit- elle pas stop à ce schéma suicidaire.

Organiser les élections ne changera rien, ne tournera jamais la page car derrière elles, il y’aura forcément des déçus .Avec la chute de Bozizé, nous constatons en ce moment le grand retour du MLPC au pouvoir. N’est-ce pas les mêmes lieutenants de Patassé hier indésirables qui aujourd’hui dirigent la transition? Nous comprenons donc pourquoi la communauté internationale échoue depuis 20 ans dans la résolution de la crise centrafricaine .Pourquoi cette communauté internationale feinte d’ignorer ce facteur alors qu’il est au centre des récurrents conflits que connait le pays ?Au lieu d’accompagner par la force une transition dite consensuelle, pourquoi ne pas encourager un dialogue inclusif entre les différents acteurs ? Ce dialogue coûterait certainement moins que le déploiement des forces étrangères. En Centrafrique, il y’a nécessité d’une conférence nationale sinon la transition actuelle ira droit dans le mur. La communauté Internationale est-elle le chef d’orchestre du fameux jeu de qui perd gagne ?qui vivra encore verra.

 



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