Archive

Zéré, histoire díune destruction

La petite localité se trouve à 25 kilomètres de Bossangoa sur la route de Bouca dans la province de líOuham au Nord-ouest de la Centrafrique

 

Le village résume à lui seul la complexité des conflits qui se nouent dans cette province de líOuham. Des dizaines de maisons ont été incendiées. Chrétiens et musulmans pleurent leurs morts et rejettent la faute sur líautre. Le cycle des violences et des représailles a réussi à détruire toute la localité centrafricaine en quelques mois. La population a dû fuir en brousse ou dans la ville la plus proche: Bossangoa. Son évêque, Monseigneur Nestor Nongo Aziagbia, rappelle que le premier passage des Seleka à Zéré date du 20 mars 2013. Un premier passage qui nía pas été suivi de grands dégâts. «Mais après le changement de régime à Bangui, poursuit-il, les Seleka se sont déployés un peu partout et les éléments qui étaient basés à Bossangoa níont cessé de commettre des exactions dans les villages environnants». Y compris Zéré.

 


© rfi.fr
Des dizaines de maisons ont été incendiées à Zéré, à 25 kilomètres de Bossangoa.
Au mois de mai, une partie du village est déjà détruite, notamment le marché, par les ex-rebelles. En juin, les Seleka font une nouvelle descente, à la veille du marché hebdomadaire et suivant les indications díun chef peul musulman de Zéré passent de maison en maison pour ramasser les récoltes de miel et de karité des paysans. Ils leur prennent également de líargent et des búufs. «Les exactions qui perduraient, poursuit líévêque, ont fait que la population autochtone non musulmane a décidé díen découdre avec ce chef peul musulman qui a été assassiné avec toute sa famille». Cíest le début díune spirale de représailles. Pour venger leur allié peul, les Seleka, descendent sur Zéré et brûlent de nouvelles maisons. La population síen prend à son tour aux maisons de musulmans, associés à la Seleka. «Il ne reste plus rien de ce village aujourdíhui», se lamente líhomme díÉglise.

Le long de la route qui relie Zéré à Bossangoa, la peur est encore présente. Les quelques civils rencontrés sur les pistes fuient dans les hautes herbes dès quíils entendent des véhicules approcher. Les dix villages traversés, tout au long de ces 25 kilomètres sont déserts. Leurs habitants ont préféré fuir dans la brousse, dans des conditions de vie extrêmement difficiles.

Premiers signes de résistance à la Seleka
Des rebelles de confession musulmane qui síen prennent aux chrétiens. Des groupes díautodéfense villageois qui se vengent sur les populations musulmanes. Assiste-t-on dans cette partie nord-ouest de la Centrafrique aux premiers signes díune guerre de religion? En tout cas, avec ces événements, ce sont premiers signes de résistance organisée à la Seleka. Dans les mois qui ont suivi la prise de pouvoir, le 24 mars 2013, des incidents isolés ont bien été notés, mais cette fois-ci, les ex-rebelles doivent faire face à des actions collectives. Qui sont, au moins, le signe díune exaspération croissante de la population face au comportement des nouveaux maîtres du pays.

Des accrochages entre jeunes civils et Seleka ont ainsi eu lieu à Bohong dans la préfecture de líOuham Pendé. Au sud, à Bangassou, dans la préfecture de Mbomou on a frôlé le pire ces derniers jours. Selon líévêque de Bangassou, des jeunes, excédés par líattitude de la Seleka, avaient installé des barrières aux sorties de la localité, ils síétaient armés de machettes et de fusils traditionnels. Ils étaient prêts à en découdre avec les éléments de líex-rébellion qui eux-mêmes ont bien failli ouvrir le feu sur eux. Pour tenter de faire baisser cette tension, une délégation gouvernementale et de chefs religieux síest rendue sur place. La suite

 



Commentaire


Retour en haut