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Bangui: les fidèles de la mosquée centrale plus craintifs

Dans toutes les mosquées de la capitale, mais aussi dans les églises et sur les ondes de plusieurs radios, les responsables religieux appellent sans relâche au calme et "au pardon"

 

"Rien ne justifiait de telles violences entre musulmans et chrétiens", s'indigne Mahamat Adoum à la sortie de la grande prière du vendredi 27 septembre à la mosquée centrale de Bangui, où les fidèles venus en masse ne cachaient pas leurs craintes après les violences sectaires sans précédent en Centrafrique. Dans la région de Bossangoa (à 250 km au nord-ouest de Bangui), où les deux communautés ont "toujours vécu ensemble", Mahamat Adoum ne parvient pas à s'expliquer la flambée de violence entre ex-rebelles de la coalition Séléka - musulmans désormais au pouvoir - et groupes d'autodéfense formés par des paysans - chrétiens comme la très grande majorité de la population - qui a fait au moins une centaine de morts avant la mi-septembre. Les chrétiens "nous disaient constamment que nous allions payer ce que font les hommes de Séléka. Nous ne prenions pas cela au sérieux", se rappelle pourtant à ses côtés Zénaba Mahalla, habitant de Bossangoa réfugié dans la capitale depuis ces violences. L'ambiance est paisible autour de la mosquée, baignée à la mi-journée d'une fine pluie. Aucun signe apparent de tension. Mais l'inquiétude transparaît dans les discours de nombreux fidèles.

 


© africatime.com
La mosquée de Bangui
Aoudou Moussa, également originaire de Bossangoa, témoigne: "Il ne faut pas se le cacher. Certains d'entre nous très proches des ex-rebelles du Séléka disposent d'armes. Même des commerçants ont des armes dans leurs échoppes en province et à Bangui. Parce qu'ils estiment que tout peut arriver". Commerçant du quartier Miskine, Hassan Moustapha abonde: "quand on voit ceux qui sont à l'hôpital et ceux qui ont tout perdu et qui se retrouvent à la mosquée avec des souvenirs insoutenables de parents massacrés sous leurs yeux, on ne peut qu'être craintif]".

b Appels au calme et au pardon]
Depuis la prise du pouvoir à Bangui de Michel Djotodia - premier président de confession musulmane du pays -, les témoignages accablants s'accumulent sur les exactions perpétrées par les combattants Séléka, issus de mouvements rebelles et de groupes armés venus des zones frontalières avec le Tchad et le Soudan. Lors de son prêche, l'imam de la mosquée, Omar Kobine Layama, s'emploie à rassurer et calmer les esprits. "{i L'Islam n'est pas à l'origine des guerres, de certains comportements (...) Il s'agit plutôt des passions des uns et des autres, des intérêts égoïstes
", assure-t-il aux fidèles.

 


© Autre presse
La mosquée de Bossangoa
Dans toutes les mosquées de la capitale, mais aussi dans les églises et sur les ondes de plusieurs radios, les responsables religieux appellent sans relâche au calme et "au pardon", dans un pays où le conflit n'a rien de religieux à l'origine, selon la plupart des observateurs. "Il appartient aux autorités politiques de prendre le relais de ce que les dignitaires religieux font en ce moment pour barrer la route à tout dérapage. Un règlement pacifique est bien possible et il suffit que les voix des autorités se joignent à celles des religieux, protestants, musulmans et catholiques", demande à la sortie de la mosquée Kaltouma Bandara, commerçante. "La crise n'est pas religieuse, c'est avant tout une crise économique et politique. La dimension religieuse n'est qu'une incidente", affirmait récemment l'évêque de Bossangoa, Mgr Nestor Désire Nongo Aziagbia, Mais dans le chaos actuel où est plongée la Centrafrique, "il y a des signes qui font peur, des menaces, des appels à la haine religieuse", avait-il prévenu.


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