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ONU: la Centrafrique «est un pays qui n’existe presque plus»

Dans le sillage du PM ministre centrafricain, des leaders de la société civile assistent et participent à la réunion de haut niveau sur la Centrafrique

 

C’est le cas de la Conseillère nationale Béatrice Epaye qui, en collaboration avec le CCFD-Terre solidaire, va apporter un témoignage à ce sommet sur la Centrafrique, prévu en marge de l'Assemblée générale de l'ONU. Cette ancienne députée indépendante dans la dernière Assemblée centrafricaine, siège aujourd'hui, elle lance un cri de détresse. Voici quelques-unes de ses déclarations au micro de RFI.

C’est la première fois qu’on parle d’une telle réunion depuis que la crise a commencé. Et on se rend compte que la Communauté internationale a peut-être décidé cette fois-ci, de prendre des bonnes décisions pour qu’on arrête ce drame et que les populations vivent en paix. Mais il faut que cette réunion soit décisive. C'est-à-dire qu’elle pose les jalons de la sécurisation du pays. Il faudra que les décideurs puissent s’engager à reconstruire cet Etat, qui aujourd’hui est comme un non Etat. C’est un pays qui n’existe presque plus, puisque l’armée est inexistante et il est à la merci des milices, des gens venus d’ailleurs, qui font leur loi.

 


© eldiario.es
La Conseillère nationale (CNT), Mme Béatrice Epaye
Vous êtes au Conseil national de transition, où vous représentez la préfecture de l'Ouham dont le chef-lieu est Bossangoa, au nord-ouest du pays. Qu’est-ce qui se passe en ce moment à Bossangoa ? Est-ce un conflit de nature politique ou religieuse?
Je crois qu’aujourd’hui, quand on voit des zones de résistance, c’est un ras-le-bol. Certains veulent l’expliquer par la politique, mais moi non.

«Le conflit est en train de devenir une confrontation religieuse», dit le président français, François Hollande. Etes-vous d’accord?
Il a raison. Parce que ce qui s’est passé à Bossangoa, à Bouca, on voit bien que c’est une confrontation entre les chrétiens et les musulmans. Et les Seleka viennent appuyer les musulmans contre les chrétiens. Mais il ne faut pas seulement le dire, il faut l’arrêter. C’est pour cela qu’on lance ce message à la France pour que ça ne fasse pas un effet boule de neige, pour que l’ensemble du pays ne s’embrase pas dans ce conflit qui devient de plus en plus religieux.

Et en même temps Michel Djotodia, le numéro un du pays, affirme dans le quotidien Libération: «Les tensions entre communautés religieuses n’ont pas de réalité, ça ne marchera pas».
Il a peut-être raison, mais c’est la Seleka, dans sa progression, dans sa conquête de pouvoir, qui a monté une communauté contre l’autre, qui a utilisé une communauté contre l’autre, assassiné, profané des églises avec le non-respect des choses sacrées, des femmes et des enfants. Les femmes ont été violées devant leurs maris. Ca a révolté les gens. La population centrafricaine a toujours vécu pacifiquement. Quand je me suis mariée à la cathédrale de Bossangoa, la famille de ma belle-mère qui est musulmane était à la cathédrale, avec nous. On n’a jamais connu ça. Quand il y a des ordinations à l’église catholique ou chez les pasteurs, il y a toujours l’imam qui est là pour accompagner les autres.

Pour la première fois depuis l’Indépendance, un musulman qui dirige le pays. Est-ce que ça ne change pas la donne religieuse?
Non, c’est un faux problème parce qu’en Centrafrique nous avons vu des ministres d’Etat musulmans. Mais maintenant les gens vont réfléchir. Les gens ont vu comment un chef musulman dirige la République Centrafricaine: comment on peut prendre le pouvoir chez toi, gouverner un pays en amenant des gens – dont on ne sait d’où ils viennent – pour casser ton pays, ridiculiser ton peuple. Ca va faire réfléchir.

Vous avez le sentiment d’être les oubliés de l’Afrique?
Nous sommes les oubliés de l’Afrique, même ce conflit a été oublié. Mon appel c’est qu’on ne nous oublie pas. Il ne faut qu’on nous laisse nous entretuer et on en est déjà arrivés là. Les communautés qui s’affrontent, des gens qui ont mangé ensemble qui s’affrontent, parce que des gens qui veulent le pouvoir les ont utilisés à s’entretuer. Il faut arrêter.

 



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