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Centrafrique: mobilisation insuffisante autour des besoins humanitaires

Moins de la moitié des 195 millions de dollars nécessaires pour faire face aux différentes crises, a été mobilisée, l'ONU síalarme

 

Parvenu à une mobilisation de moins de la moitié de 195 millions de dollars de besoins humanitaires destinés à 1,6 million de Centrafricains, victimes de la crise en cours dans leur pays, la Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) s'alarme de l'aggravation de la situation avec le regain de violences dans le nord-ouest du pays. A la tête de la représentation de cette entité onusienne en République centrafricaine (RCA), Amy Martin sonne l'alerte en se joignant à d'autres voix comme celle de l'archevêque de Bangui, Mgr. Dieudonné Nzapalainga, et du vicaire général de la cathédrale de Bossangoa (nord-ouest), l'abbé Frédéric Tonfio, qui appellent à mettre un terme aux souffrances des populations locales.

 

Six mois après l'arrivée au pouvoir de Michel Djotodia et son ex-rébellion de la Séléka en mars, le climat sociopolitique reste volatile sur le territoire centrafricain, y compris dans la capitale. Pillages, agressions, braquages à main armée, exécutions sommaires et autres atteintes aux droits de l'homme demeurent légion, même si une légère amélioration de la situation sécuritaire est observée à Bangui. Environ 400 personnes ont perdu leurs vies dans les violences, un chiffre jugé en deçà de la réalité par des sources locales, y compris au sein de l'administration qui avancent plutôt le chiffre de plus de 3.000 morts. Les rapports d'OCHA font état de quelque 250.000 déplacés et plus de 206.000 réfugiés dans des pays voisins tels que le Cameroun, la République démocratique du Congo, le Congo-Brazzaville et le Tchad. "Avec la situation à Bossangoa, ce chiffre est en augmentation. Il y a plus de 20.000 personnes déplacées et hébergées à la mission catholique et à peu près 2.000 personnes qui sont hébergées à l'école et au bureau du maire. Il y a une forte présence des personnes déplacées à Bozoum. A Paoua, c'est pareil, et à Bouca où la population est déplacée en brousse carrément", a souligné Amy Martin.

L'abbé Frédéric Tonfio annonçait hier jeudi 19 septembre soir une augmentation à plus de 35.000 des sinistrés installés en plein air à la mission catholique de Bossangoa, ville natale du président déchu François Bozizé où deux grenades ont été découvertes devant le presbytère de la cathédrale, alors qu'une accalmie était observée après le déploiement depuis la veille de renforts des forces de défense nationale, des ex-Séléka et de la Force multinationale de l'Afrique centrale (Fomac). Avant un regain de tensions cette semaine, plus de 100 personnes avaient été tuées au début du mois dans cette localité, selon le bilan officiel. "Il y a des éléments non identifiés, armés, bien organisés qui sont en train de combattre les éléments du gouvernement qu'on appelle Séléka, mais Séléka n'existe plus. Il y a eu des mouvements des populations des villages vers la ville. Vraiment, la situation est très tendue", note la responsable onusienne. De l'avis des responsables de l'Eglise catholique sur place et à Bangui, ces événements résultent d'une résistance menée par les populations à travers des comités d'autodéfense contre les exactions des ex-rebelles de la Séléka, une thèse rejetée par les autorités qui se déclarent convaincues d'une sédition organisée avec l'appui de dirigeants de l'ancien régime pour déstabiliser leur pouvoir.

Cette persistance de la crise déclenchée en décembre 2012 maintient intacte la psychose au sein d'une population qui, décrit le chef de bureau d'OCHA, "vit dans la peur dans le territoire y compris à Bangui qu'un groupe armé va leur rendre visite pour les tuer" qui reconnaît que le bilan de 400 morts ne reflète pas la réalité. "C'est très difficile de chiffrer et vérifier l'information concernant tous les décès, les blessés, les personnes disparues, etc. Donc, nous faisons le reporting sur les chiffres que nous recevons d'une source fiable et vérifiée. Par exemple, pour le mois d'août nous avons enregistré 148 personnes mortes. C'est très difficile d'être précis, nous imaginons que nos chiffres sont sous-estimés parce qu'on n' pas accès à tout le territoire", explique-t-elle. Au sein de la population déplacée, une forte augmentation des cas de paludisme et de malnutrition est déclarée à propos des enfants. "Vraiment, nous avons des soucis pour les personnes qui sont déplacées en brousse. Elles n'ont pas accès aux soins de santé, à l'eau potable et à l'hygiène", souffle la responsable humanitaire. "Pour tous les secteurs, y compris la santé, l'éducation, la protection, etc., nous avons estimé un besoin de 195 millions de dollars (environ 99,5 milliards de francs CFA, NDLR) pour répondre aux besoins de 1,6 million de personnes qui sont vraiment vulnérables et ont besoins d'une assistance. Chaque secteur a une population cible et cette population varie". Rien que pour la sécurité alimentaire, 484.000 personnes les plus vulnérables sont ciblées. "Sur les 195 millions, nous avons mobilisé 35%. Cet appel a été fait en mi-juillet. Il y avait une réponse des bailleurs, mais nous avons besoin davantage", détaille-t-elle.

 



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