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Bohong: Mgr Dieudonné Nzapalainga au chevet des rescapés

Il a conduit une mission dans la sous-préfecture de Bocaranga (Ouham-Pendé) à la recherche de la paix et la réconciliation dans les villes ayant connues les conflits armés

 

Mgr Dieudonné Nzapalainga était assisté du Vicaire général de Bouar, le Père Mirek Gucvia et du Président de l’Eglise Luthérienne, Pasteur André Goliké. Une messe présidée par le prélat a précédé les rencontres avec les différentes parties à la paroisse Sainte Jeanne d’Antide de Touré. Dans son homélie tirée du livre de Paul aux Colossiens au verset 1: 9 - 14, Mgr Dieudonné Nzapalainga a parlé de la puissance de la Parole qui transforme, libère et crée un amour dans le cœur de chaque chrétien. Malheureusement, a-t-il dit, les chrétiens n’observent pas les préceptes et commandements de Dieu il a interpellé chaque chrétien à ne pas se dérober de la parole de Dieu, car la parole est la seule source de bénédiction. Il a exhorté tous les chrétiens, musulmans à prôner toujours l’amour. Faire confiance et obéir à la parole de Dieu, c’est ce que Dieu réclame à tout chrétien. Pourquoi tuer et poser des actes cruels ? Dieu ne nous recommande pas cela, a poursuivi Mgr Dieudonné Nzapalainga. En conclusion, il demandé à chaque chrétien de faire comme l’Apôtre Paul qui a obéi à Jésus et dont les conséquences sont positives et connues de tous. Après la messe dite par Mgr Dieudonné Nzapalainga, le Pasteur de l’Eglise Luthérienne Michel Goliké est intervenu pour appeler les chrétiens à prôner la paix tout en écartant l’esprit de vengeance qui ne fera qu’aggraver une situation déjà alarmante. Le fort d’un chrétien, c’est toujours d’avoir l’amour de son prochain, a-t-il renchéri.

 


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Mgr Dieudonné Nzapalainga, les victimes
Témoignages
Après la messe dite par Mgr Dieudonné Nzapalainga, les victimes des Séléka ont tour à tour pris la parole pour expliquer les véritables scènes de violations des droits humains dont ils ont été victimes. Pour l’Abbé de la Paroisse Sainte jeanne d’Antide de Touré, Kerehane Michel, pendant que les exactions ont commencé, pour sauver sa vie, il a fui en brousse où il a rencontré une vielle mère très avancée en âge, fatiguée qui ne pouvait pas traverser un petit fleuve. Il l’a soutenue et trouvé une maison en pleine brousse, à côté d’un champ d’arachides. C’est là où il a déposé cette vielle mère tout en l’exhortant à manger de ces arachides et personne ne viendra lui demander des comptes. Il abandonné cette vielle mère pour aller encore plus loin dans la brousse. La vieille mère lui déclare que Dieu t’accompagne et peut-être que nous n’allons plus nous retrouver. Lors de ce témoignage, il s’est posé la question de savoir si cette vieille mère est encore en vie ou déjà décédée.

Pour Hélène, la femme d’un Pasteur, les exactions des Séléka sont nombreuses. Elle a expliqué les conditions tragiques dans lesquelles sa mère et son enfant ont été assassinés. Pour Zaoro prince Eugène, il n’y a pas la justice et la paix depuis l’arrivée des éléments de la Séléka à Bohong. La violence et les assassinats sommaires sont effectués par les Séléka contre la population civile de Bohong. L’attachement sauvage des victimes, appelé communément ‘‘ arbatacha’’ a été à l’origine du déclenchement des hostilités entre les Séléka et la population qui ne pouvait plus supporter ce genre de traitements inhumains. Il a déclaré qu’une personne qui était en fuite dans la brousse, dont la maison a été brûlée a été poursuivie et abattue avec ses trois enfants. Ngam Jonathan a repris les mêmes raisons qui ont entraîné le mécontentement des populations de Bohong. Sodia Clément a déclaré qu’il est le témoin de l’évènement qui a tourné aux assassinats et crimes commis sur la population de Bohong. C’est surtout le problème de l’interdiction de la vente de cigarettes et l’arbatacha qui ont été à l’origine de ce mécontentement généralisé de la population des Bohong. Mme Catherine, directrice du Centre de santé de Bohong déplore le fait que les femmes accouchent en brousse sans assistance médicale avec toutes les conséquences néfastes sur leur santé. Un autre témoignage est celui de cette femme qui a vu son mari tué sous ses propres yeux alors quelle suppliait les Séléka de ne pas tuer son mari qui portait son bébé entre ses mains. Alors qu’elle barrait la voie aux Séléka d’atteindre son mari, elle déclaré qu’elle a reçu un coup de pied, qui l’a désaxé et permis aux Séléka de tirer des balles dans la tête de son mari qui l’a atteint mortellement.

 


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L'assemblée autour de Mgr Dieudonné Nzapalainga
Accueilli par le Maire de Bohong, Hamadou Dang-Di, cette séance a commencé par les prières dites par Mgr Dieudonné Nzapalainga Dieudonné, le Pasteur Michel Goliké, de l’église luthérienne et l’imam Mohamad Lamine, en présence des responsables militaires de la Séléka. Le maire de Bohong, Hamadou Dang-Di, a d’abord remercié la délégation conduite par Mgr Dieudonné Nzapalainga pour sa présence à Bohong relative aux douloureux évènements qui se sont produits dans sa circonscription. Il s’est beaucoup appesanti sur la rentrée imminente des classes pendant que les enfants sont encore en brousse et sur la santé des femmes qui accouchent en pleine brousse sans assistance.

Prenant la parole, l’Archevêque de Bangui, Mgr Dieudonné Nzapalainga a précisé le but de sa mission qui s’articule autour de la recherche perpétuelle de la paix. Il a déclaré que la commune de Bohong n’a jamais connu ces genres de situation depuis son existence. Le souhait majeur de Dieudonné Nzapalainga, est de ramener la paix et que tout le monde puisse revenir et vaquer à ses occupations. La mission première du militaire est de protéger les biens et les personnes et non de tuer la population civile, a déclaré l’Archevêque de Bangui aux chefs Seleka présents à la Mairie de Bohong. Aucun militaire ne peut prendre son arme pour terroriser la population. Il a déclaré qu’il y a beaucoup des traitres qui sont les premiers à indexer leurs prochains par pure jalousie ou par mauvaise foi. Pourquoi les chrétiens et les musulmans s’entredéchirent ? Il y a des lieux dits Sacro-saints où tout le monde se rassemble pour des raisons communes. Il a prôné l’amour entre les chrétiens et les musulmans, car nous sommes tous issus du même Père (Dieu). Il n’est passé par quatre chemins pour déclarer que certains jeunes profitent de la venue des Séléka pour régler des comptes à d’autres personnes. A cause de la cigarette, la commune de Bohong est à terre, a indiqué Mgr Dieudonné, avant de préciser qu’à cause de cette situation, on compte des veufs et des veuves et autres catégories de personnes qui sont dans des situations dramatiques. Dans un pays dit démocratique, les militaires ne traitent pas des problèmes civils si ce n’est que le maire seul et les chefs de villages et de quartiers qui sont habiletés à le faire. Il a conclu qu’il faut que les chrétiens et les musulmans se mettent autour d’une même table pour aplanir leurs divergences, et a par la suite indiqué qu’il est à Bohong pour la paix et la réconciliation.

Pour Pasteur Michel Goliké, toute personne est égale devant Dieu et s’est posé la question de savoir pourquoi s’attaquer au centre de santé et aux églises. C’est la mauvaise foi ou la folie de l’homme qui l’amène à agir contrairement aux normes sociales. Il appelle à la repentance et au pardon pour que les communautés puissent vivre ensemble et surtout dans l’amour de Dieu. Succédant au Pasteur, l’abée Mirek Gucvia a invité la population à éviter la violence, et respecter la liberté d’aller et venir. La paix est nécessaire pour la reprise des activités dans la commune de Bohong. Il a invité toutes les communautés présentes dans la commune à parler le même langage dans les églises, chapelles et mosquées pour une harmonie sociale. Dans une brève intervention, l’imam Hamadou a déclaré qu’il n’y a pas de division entre chrétiens et musulmans et a remercié la délégation conduite par Mgr Dieudonné Nzapalainga qui œuvre pour la paix dans leur localité.

 


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La désolation des habitations brûlées
Le capitaine Mahamat Bachir des Séléka est intervenu en arabe et personne n’a compris le contenu de son message. Selon l’Imam que nous avons rencontré à la fin de la réunion, il a fait savoir que le capitaine a demandé aux populations qui sont encore en brousse de sortir pour mener leurs activités. Des doutes subsistent dans l’interprétation de la déclaration du colonel Séléka.

Véritable scène de désolation à Bohong
Après toutes les interventions, la délégation a parcouru la commune pour constater de les dégâts matériels et humains sur-place par les éléments de la Séléka. C’est ainsi qu’au cours de cette visite, des restes humains brûlés ont été retrouvés, dévorés par les chiens et les cochons. Quelques crânes et autres ossements ont été retrouvés dans une maison entièrement brûlée par les éléments de la Séléka qui étaient venus en renfort à Bangui. Selon certaines informations recueillies, 18 véhicules remplis des éléments de Séléka lourdement armés venus de Bangui, ont brûlé des maisons à partir de village Forté, jusqu’à Bohong. Au total, 1133 maisons en paille sont parties en fumée et 44 maisons en tôles incendiées, ainsi que trois églises protestantes brûlées et la Paroisse Sainte Jeanne Antide de Touré brûlées vandalisées. Des informations disponibles, on dénombre plus de 4500 personnes déplacées ; 37 personnes assassinées dont certains corps en putréfaction avancée polluent l’air dans certains endroits visités. La commune de Bohong est vidée de trois quart de sa population, la plupart se trouve à Bouar et d’autres encore en brousse. Sur le chemin du retour, Mgr Dieudonné Nzapalainga a marqué un arrêt au Camp Leclerc au cours duquel, il a conféré avec les colonels Séléka pour leur implication dans le retour de la paix à Bohong et ses environs. Il a insisté sur le contrôle des certains Séléka dits incontrôlés qui font tout à leur tête sans être inquiétés.


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