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Centrafrique: la cohésion nationale doit être préservée

«Elle doit être consolidée par tous les moyens pendant la période de transition en Centrafrique»

 

L’image épouvantable de la République Centrafricaine sur le plan international a été accentuée ces derniers jours par une succession d’évènements dont l’occupation du tarmac de l’aéroport international de BANGUI. Les images de cette occupation qui ont fait le tour du monde portent un grand discrédit aux Centrafricains d’une manière générale et au pouvoir en place pour la transition en particulier. Indépendamment des autres conséquences de cet évènement, ces images ont donné l’impression d’un pays sans direction, sans autorité ni sanction, ce qui ne rassure ni la population elle-même, ni la communauté internationale, encore moins l’investissement. Cette occupation pacifique et spontanée de l’aérodrome par la population fuyant des exactions est un message très profond, un avertissement très clair au pouvoir en place. Celui-ci doit en tenir compte par des mesures appropriées, durables, afin de ramener, consolider définitivement la sécurité, la paix et surtout la cohésion nationale.

 


© cap
Emmanuel Olivier Gabirault, Personnalité Politique indépendante
La République Centrafricaine doit préserver jalousement et par tous les moyens, sa cohésion afin d’éviter l’irréparable. Quelle que soit l’aide qui peut être attendue de la communauté internationale dans le cadre de la crise que connait notre pays, son propre apport est primordial pour que la sécurité, la paix et l’unité nationale reviennent définitivement, durablement. J’attire particulièrement l’attention de tous mes compatriotes sur la réconciliation, la cohésion nationale, socle d’une paix durable pour la reconstruction de notre pays. Sans ces deux valeurs que nous devons faire l’effort de rechercher, de préserver, de consolider par tous les moyens au-delà de toute divergence quelconque, la reconstruction nationale sera difficile, voire impossible.

Evitons pour cela l’esprit de vengeance
N’oublions pas que notre pays est à plus de 90% chrétien, et ne perdons pas de vue que la vengeance appartient à Dieu, et que les chrétiens ne sont pas mus par le désir de causer du mal, mais par la détermination de contribuer au bien de tous. Martin Luther King que je ne citerai jamais assez, a enduré toutes sortes de souffrances injustes. Il savait mieux que personne ce que c’est que souffrir. Sa maison a été endommagée par une bombe, il a vécu jour après jour pendant 13 ans, sous des menaces de mort, a été poignardé par un membre de sa propre race, assommé dans le hall d’un hôtel, mis en prison vingt fois, blessé profondément parfois par la trahison d’amis. Et pourtant il n’avait aucune amertume au cœur, aucune rancœur en son âme, ayant même parcouru ce monde en tous sens pour prêcher la non-violence et le pouvoir rédempteur de l’amour. L’une de ses prédications les plus touchantes, rédigée dans une prison de Georgie, basée sur le texte du sermon sur la montagne (Mt : 5 : 43-45) était intitulée « Aimez vos ennemis ». Après avoir montré pourquoi et comment les chrétiens sont appelés à aimer, il décrit comment « la haine multiplie la haine ….en une spirale descendante de destruction …. » En effet, la haine est tout aussi néfaste à la personne qui hait qu’à sa victime. Mais pardessus tout, l’amour est la seule force capable de transformer un ennemi en ami par sa puissance rédemptrice.

Je ne citerai jamais assez à l’appui de ce qui précède, les résultats aujourd’hui visibles de l’application de cette valeur à la crise raciale qui a sévi aux Etats-Unis d’Amérique. En effet, pendant plus de trois siècles, les Noirs américains ont souffert de l’oppression, de la frustration et de la discrimination. Mais Martin Luther King et ses amis ont opposé avec détermination « l’amour à la haine afin de gagner à la fois la liberté et leurs oppresseurs ». Cette double victoire s’est extraordinairement réalisée un demi-siècle après sa mort, avec l’élection et la réélection d’un Noir à la Présidence des Etats Unis d’Amérique, fruit de sa lutte pour les libertés, les droits, l’épanouissement de ceux-ci.

Le deuxième exemple que je ne cesserai de citer est celui de NELSON MANDELA. Depuis bientôt deux décennies, on parle de « miracle sud-africain » à cause de Nelson Mandela. Il a passé une grande partie de sa vie en prison et une fois devenu Président de l’Afrique du Sud, Mandela ne s’est pas vengé pour quoi que ce soit.

La coupe du Monde de Football de 2010 a été organisée pour la première fois en Afrique, précisément en Afrique du Sud, avec brio. Qui peut y voir un hasard ? La stabilité de l’Afrique Sud, son expansion économique, diplomatique, la considération qu’elle jouit dans le monde résultent d’un geste de cœur, c'est-à-dire l’amour de Nelson Mandela pour son pays, la tolérance dont il a historiquement fait preuve pour l’intérêt de sa nation.

Le refus de Mandela de se venger lui a valu une grande gloire à travers le monde et une attention toute particulière à l’Afrique du Sud. Je félicite et encourage vivement le travail qu’effectuent depuis plusieurs mois l’Archevêque de BANGUI, le Président de l’Association des Eglises Evangéliques de Centrafrique et l’Imam de BANGUI pour lutter contre l’effritement de la cohésion entre chrétiens et musulmans à la suite du climat agité dans le pays d’une part tout en rassurant, exhortant la population meurtrie, inquiète, interrogative à la tolérance d’autre part. Cet important travail comble le grand vide, le surprenant silence des leaders politiques appelés pourtant à diriger, mais plus diviseurs que rassembleurs, comportement à l’origine d’interminables crises en Centrafrique. Je félicite également la population de BOEING pour l’occupation et la libération pacifiques de l’aéroport après avoir exprimé par ce geste un message aux dirigeants de la transition.

Je note en passant qu’au-delà de cette occupation si facile de l’aérodrome par la population de BOEING, c’est également le débat sur la sécurité de cette infrastructure qui est relancé, les projets de sa clôture comme aéroport de dégagement dans la perspective de la construction d’un autre sur un site identifié remontant à 1994. En effet, la progression observée des maisons ayant tendance à l’encercler depuis bientôt 20 ans devient une grande préoccupation pour la sécurité des avions surtout à l’atterrissage le soir (vol d’oiseaux pouvant s’engouffrer dans leurs réacteurs, traversée de la piste par des piétons, vol des ampoules de VOR (VHF Omnidirectional Range)1 par des individus etc.)

La situation que vit notre pays n’est pas une fatalité. D’autres nations l’ont vécue et même d’une manière plus dramatique, mais leur volonté de tolérance, de tout surmonter, d’en tourner la page pour tout reconstruire sur de nouvelles bases a non seulement triomphé, mais permis leur stabilité, leur épanouissement. La vie d’une nation est exactement comme celle d’un homme, faite de moments difficiles qui peuvent devenir une source de joie, de bonheur par la suite si ceux-ci servent d’enseignement au lieu d’être considérés comme de la fatalité. Ne perdons pas d’espoir mais prenons conscience de notre situation actuelle pour reconstruire notre avenir.

Que dieu bénisse la République centrafricaine et la sauve

 



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