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Centrafrique: où sont passés les jeunes?

«Le même courage qui l’avait animée face à Bokassa, doit la faire sortir de cette atonie qui semble la paralyser.»

 

L’un des atouts de la Centrafrique est son vigoureux taux de natalité : cinq enfants en moyenne par femme. Malgré les aléas alimentaires, climatiques et sanitaires, il reste - et restera sans doute - positif. 43% des jeunes Centrafricains ont entre 15 et 25 ans. Autant dire que le chaos qui guette leur pays les concerne en premier. Mais, depuis l’arrivée de la Séléka qui a bouleversé l’équilibre de la R.C.A., on n’entend pas cette jeunesse combattante et résistante, qui avait fait chuter Bokassa 1er de Bérengo. A cette époque, tout le monde, terrorisé, se prosternait devant le despote et cautionnait son autocratie, ainsi que ses dérives sanguinaires. Il aura fallu que la jeunesse centrafricaine descende dans la rue pour le chasser du pouvoir, en tombant sous les balles de ses sbires.

 


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La jeunesse centrafricaine lors de la marche pour la paix du 13 août 2013 à Bangui
Souvenez-vous: le 20 septembre 1979, les lycéens, ne supportant plus la dérive de leur pays et l‘avenir sombre qui les attendait, n’hésitent pas à aller défier l’Empereur de pacotille dans les rues de la capitale. Bokassa, après avoir survolé la manifestation en hélicoptère, ordonne à ses hommes de main de tirer dans le tas. C’est le massacre des lycéens de Bangui. Ajoutez à cette horreur la mort de dizaines d’enfants tués par asphyxie et jetés dans les puits de la prison de Ngaragba, sinistre geôle de Bangui. Ce sera la goutte qui fera déborder le vase. Son «frère»Valéry Giscard d’Estaing, ordonnera l’opération Barracuda qui déposera le tyran. C’est donc bien d’abord à la jeunesse centrafricaine, qui avait présenté courageusement sa fragile poitrine aux tueurs de Bokassa, que l’on doit la chute du tyran.

Mais cette jeunesse, on ne l’entend plus, ou si peu.
On peut le comprendre. Les douleurs et les angoisses qui l’étreignent aujourd’hui ne manquent pas. Le pays est quasiment occupé par des forces étrangères, surtout tchadiennes. L’administration n’est plus capable de gérer ce qu’il faut. Pour les jeunes centrafricains, lycéens ou étudiants, cette année scolaire et universitaire sera blanche. L’année prochaine le sera peut-être aussi. Les professeurs, n’étant pas payés, n’assurent plus leur mission de transmission du savoir, trop occupés à traquer leur pitance journalière. Beaucoup d’enfants sont embrigadés, drogués et transformés en enfants-soldats. Ils vont terroriser les habitants pour le compte d’une multitude de bandes armées, que ni les forces d’Afrique Centrale, ni celles de L’O.N.U. n’arrivent, pour le moment, à maîtriser. La Centrafrique est en train de se transformer, peu à peu, en une sorte d’Afghanistan de l’Afrique en Centrale. Un jour peut-être, si la jeunesse centrafricaine et tous les citoyens de ce pays ne disent pas fermement non à la situation actuelle, Bangui-la-Coquette deviendra Banguistang.

Jeunesse de Centrafrique, ose et libère ta parole!
A.De Kitiki

 

C’est pourquoi il est urgent que, malgré tous les obstacles, la jeunesse de Centrafrique fasse entendre sa voix. C’est de son avenir et de celui de la nation qu’il s’agit. Le même courage qui l’avait animée face à Bokassa, doit la faire sortir de cette atonie qui semble la paralyser. Les jeunes de Centrafrique doivent pacifiquement dire non à ce qui ressemble à un démembrement de leur pays. A l’instar de leurs voisins continentaux, ceux de Tunis ou du Caire, ils doivent s’indigner et clamer, haut et fort, qu’ils refusent le chaos qui guette leur pays.


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