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Clotaire Saulet-Surungba: ce qui se passe en RCA est un tsunami artificiel

Il est Conseiller national, Président de la Commission Défense et Sécurité et Représentant de la Diaspora-Zone Europe au CNT à Bangui

 

En quoi a consisté votre travail de Représentant de la Diaspora au CNT
Le Représentant de la diaspora est un Conseiller national au même titre que les 134 autres conseillers du CNT. C’est un travail de député, de parlementaire que nous faisons à savoir, initier et voter des lois, mener des actions de contrôle du gouvernement de transition. Toutefois, en raison de la situation exceptionnelle que connaît notre pays, nous ne devons pas, par définition, voter une motion de censure. Parce que le pays a besoin de la stabilité pour sortir de cette crise. Aussi et surtout, nous devons aussi nous préoccuper des problèmes spécifiques de notre électorat ou des entités que nous représentons. Par exemple, en ce qui me concerne, j’ai eu à mener, pour le compte des compatriotes de l’Hexagone, des démarches liées à la délivrance des passeports biométriques, l’ouverture des Consulats à Toulouse et à Rome, la possibilité qui peut être donnée aux Centrafricains de créer des entreprises au pays, via nos représentations diplomatiques ou la facilitation de l’action des associations centrafricaines en faveur de nos populations… Rien n’est encore acquis, mais il faut se battre…

 


© journaldebangui.com
Clotaire Saulet-Surungba, Conseiller national (CNT), Président de la Commission Défense et Sécurité
Comment en est-on arrivé à votre élection comme président de la Commission Défense et Sécurité?
Le CNT est un organe constituant et législatif. La Déclaration de N’Djaména du 18 avril 2013 lui reconnaît toute la plénitude d’une assemblée nationale. A ce titre, il fonctionne sur la base de Commissions permanentes et de Commissions Ad’hoc en cas de besoin. La représentation parlementaire en Centrafrique a toujours mis en place huit Commissions Permanentes. Ainsi, pour la constitution des huit Commissions Permanentes du CNT, chaque Conseiller national a été invité à s’inscrire dans la Commission où il se sentirait capable de pouvoir s’exprimer et rendre des services au nom du peuple. En ce qui me concerne, dans le passé, j’ai eu à représenter les Centrales syndicales centrafricaines au sein du Comité Préparatoire des Etats généraux de la Défense Nationale en 1996. Par la suite, j’ai été élu au Bureau desdits Etats Généraux où je fus pratiquement le « nègre ». Par la suite, le général Didace N’DAYEN, ministre en charge de la Restructuration des Armées, fit de moi son chef de cabinet, de 1997 à 1999.

Donc tout en étant civil, je me suis familiarisé avec les questions de défense et de sécurité et j’ai estimé que je serai plus utile en m’inscrivant dans cette Commission Permanente, quand bien mes compétences de professeur et Conseiller pédagogique en Sciences Physiques et Technologiques auraient pu me conduire vers la Commission Education. J’ai postulé à la présidence de la Commission Défense et Sécurité et j’ai été démocratiquement élu, face à plusieurs candidats. Pour terminer, je vais paraphraser un peu le président Georges Clémenceau en disant que les questions de sécurité et de défense de la patrie sont trop importantes pour être confiées exclusivement aux militaires…

Vous êtes combien dans cette commission-là?
Une vingtaine, femmes et hommes.

Les véritables militaires sont les FACA mais ils ont été désorganisés et humiliés par l’ancien président…
Clotaire Saulet-Surungba

 

Quelle peut être l’apport de la Commission au regard du climat qui prévaut sur toute l’étendue du territoire?
On attend beaucoup de la Commission Défense et Sécurité parce que le problème du moment, la contradiction principale à résoudre, c’est la SECURITE. Et si le CNT doit agir pour créer les conditions favorables à la sortie de crise qui doit se traduire par l’organisation du référendum, des élections législatives et présidentielles, c’est à travers cette Commission. Les femmes et hommes de cette Commission en sont conscients… Nous avons pris nos responsabilités. Au mois de mai 2013, nous devions déjà auditionner le ministre de la Défense et le ministre de la Sécurité, mais force est de constater que cela n’a pas eu lieu pour des raisons quasi objectives…La Commission Défense et Sécurité est prête pour jouer pleinement son rôle. Et le CNT ne pourra pas ne pas, après la promulgation de tous les textes qui le régissent, interpeller en séance plénière le Gouvernement sur les questions de défense, de sécurité et de désarmement.

Là où il faudra mettre en place une Commission parlementaire d’enquête, nous devons le faire. Et je pense par exemple à ce compatriote qui a été égorgé, le 19 mai 2013 dans les locaux du Palais de la Renaissance. Le meurtrier, le plus naturellement du monde, a rendu compte de sa macabre prouesse sur les ondes de la Radio nationale. Le Conseiller national Sonny Mpokomandji a réagi, en son temps, pour dénoncer en séance plénière du CNT cet acte de barbarie digne d’un autre âge… Il n’y a pas très longtemps, des jeunes ont été arrêtés et leurs corps ligotés ont été retrouvés dans le fleuve Oubangui, au niveau de l’hôtel du même nom… Il y a eu trop de crimes, trop de viols, trop de violations des droits humains, trop de crimes économiques, culturels et écologiques, et l’impunité ne doit pas avoir droit de cité dans le Centrafrique qui vient. Tout le monde s’accorde à le dire; le Chef de l’Etat de Transition a embouché la même trompette lors de la conférence de presse du 27 juillet. Et c’est cela le travail de la Commission Défense et Sécurité où siègent toutes les entités qui se doivent de veiller à la question de la défense sur toute l’étendue du territoire. La Commission et tout le CNT sont conscients des responsabilités qui sont les leurs. Mais ils doivent agir avec méthode… Nous ne pouvons pas agir par passion…

Est-ce à dire que la promulgation de la Charte Constitutionnelle est une avancée?
La Charte Constitutionnelle telle que moi je l’ai votée, le vendredi 05 juillet à minuit est une avancée. La promulgation a eu lieu alors que j’étais déjà en France. J’attends de faire une lecture comparée des deux textes pour répondre de manière précise à cette question.

Ce qui se passe aujourd’hui en RCA dépasse de très loin tout ce que nous avons connu jusque-là. C’est un tsunami artificiel qui a tout balayé
Clotaire Saulet-Surungba

 

Au regard des différentes forces en présence dans la capitale, peut-on dire que Bangui est en état de siège, entre les rebelles combattants, les rebelles non-combattants, la FOMAC, les forces Françaises, et bientôt les hommes de la MISCA de l’Union Africaine?
Ce qui est paradoxal, c’est que l’entrée de la Coalition SELEKA le matin du 24 mars à Bangui a été saluée par la grande majorité de la population et, dans l’après-midi, une triste réalité s’est imposée… Une chape de plomb est tombée sur la population... Cependant, les plaintes des Centrafricains à l’endroit des éléments incontrôlés de la SELEKA ne signifient pas qu’ils regrettent l’ancien régime ou qu’ils souhaitent le retour des anciens maîtres. Il faut dire aussi que la Coalition SELEKA est une alliance hétéroclite et les éléments qui constituent les différents groupes sont des hommes et femmes, qui pour la plupart, n’ont aucune culture militaire, indisciplinés et qui ne savent que manier les armes. Signalons au passage, pour ne pas l’oublier, que lors de la prise de Bangui, les rebelles venant de l’arrière- pays n’étaient pas aussi nombreux qu’aujourd’hui. Ils ont été rejoints en masse par tous les jeunes délaissés par l’Etat ainsi que toutes ces personnes qui avaient postulé pour le recrutement des militaires dans les FACA et à qui on avait extorqué 5000 FCFA. Ces derniers ont été par la suite remerciés et le recrutement n’eut lieu que dans la région de l’ancien chef d’Etat…

Tous ces déçus ainsi que les anciens pensionnaires de la prison centrale de Ngaragba et autres bandits de grand chemin, ont rejoint les rangs de la Coalition…Ainsi, dans SELEKA, il y a les combattants authentiques qui ont aidé à débarrasser le Centrafrique du régime défunt ainsi qu’un ramassis de gens sans foi ni loi…Bangui n’est que la capitale du Centrafrique et toutes les Forces que vous avez citées n’ont pas vocation à rester en un seul endroit. C’est tout le pays qui doit être sécurisé et ces forces vont se déployer sur les 625 000 km2…

Au niveau de la Commission, vous êtes un civil, et vous avez comme pairs des FACA ou des SELEKA?
Les FACA ne sont pas une entité du CNT. Il y a que des représentants de la Coalition SELEKA au sein de la Commission. Et ce sont des compatriotes civils et officiers respectables et nous travaillons ensemble et en bonne intelligence... Je saisis l’occasion que vous me donnez pour exprimer mon étonnement quand certains parlent de «Forces Nouvelles» comme si la situation dans notre pays était semblable à celle de la Côte d’Ivoire avec les généraux Mangou et Bakayoko…La situation centrafricaine est différente et il n’y a pas lieu d’opposer, même subtilement, les éléments des Forces Armées Centrafricaines (FACA) et ceux de la Coalition SELEKA… Les véritables militaires sont les FACA mais ils ont été désorganisés et humiliés par l’ancien président…

Qu’est-ce que la Commission Défense et Sécurité pense du DDR aujourd'hui?
Le DDR est une voie incontournable pour le retour à la paix. Toutefois, je pense qu’il faut faire le bilan du dernier DDR, en tirer toutes les leçons pour bien enclencher la nouvelle campagne de démobilisation, de désarmement et de reconversion. Ce sont-là des interrogations au sein de la Commission. Nous devrions les poser prochainement au ministre de la Défense et à celui du Désarmement.

Qu’est-ce que vous, président de la Commission, pensez de cette information selon laquelle, en plus de toutes les forces militaires présentes à Bangui, le président de Transition, en même temps ministre de la Défense, Chef Suprême des Armées, aurait fait appel à des forces privées françaises pour assurer sa sécurité?
Les questions de défense sont trop sensibles, quand bien même je serais président de la Commission Défense et Sécurité, il y a des actes et des situations qui peuvent survenir sans que je le sache. Par exemple le décret créant la Commission Nationale de Sécurité ne fait même pas mention du CNT à travers la Commission Défense et Sécurité que je préside.

C’est étrange ou pas?
Est-ce un oubli ? Je me rapprocherai des autorités compétentes pour corriger éventuellement cette anomalie. La représentation nationale ne peut pas être mise de côté dans le cadre de l’élaboration d’une politique nationale de sécurité…

Je prône le «Changement endogène» comme philosophie politique.
Clotaire Saulet-Surungba

 

Votre avis sur l’annonce de la prochaine appellation des Forces de Défense et de Sécurité?
Je pense humblement que le problème qui se pose au niveau de nos Forces de Défense et de Sécurité dépasse la question d’une simple appellation qui n’est que le contenant. C’est le contenu qui est important. C’est-à-dire, comment faire pour que nos Forces de Défense et de Sécurité soient à même d’assurer en tout temps et contre toutes les formes d’agression, la sécurité et l’intégrité du territoire ainsi que la vie de la population? Telle doit être la préoccupation fondamentale…Que l’enveloppe soit bleue ou rose, le contenu est le même… Je constate par ailleurs que le sigle FACA sonne mieux…

En centrafricain, père de famille, Représentant-Zone Europe, Conseiller national, Président de Commission, quel espoir, quel message face à ce qui se passe?
Ce qui se passe aujourd’hui en RCA dépasse de très loin tout ce que nous avons connu jusque-là. C’est un tsunami artificiel qui a tout balayé. Si nous ne nous ressaisissons pas, le Centrafrique n’existera plus. Chaque centrafricain, aujourd’hui, doit s’interroger sur ce qu’il doit faire. Il doit être convaincu que ce qui se passe est l’aboutissement de toutes les erreurs que nous avons accumulées depuis l’indépendance. Et la grande part de responsabilité selon moi, incombe à notre classe politique, quand bien même il convient de reconnaître que ces responsabilités sont partagées…

Je prône le «Changement endogène» comme philosophie politique. Ainsi, chaque Centrafricain doit se poser la question de savoir si ce qu’il fait d’abord dans sa famille, dans son quartier ou village, dans sa région, au marché, au travail etc est bien ou pas. Si non, qu’il change ! La cellule familiale est le fondement de la société. A ce titre, elle doit être préservée de toute prévarication. Mieux se porteront nos familles, mieux sera notre pays… Enfin, il y a lieu de prendre en compte aussi la dimension religieuse parce que souvent les serviteurs de Dieu font l’amalgame entre la politique et la religion. Il est temps que la Laïcité à la centrafricaine soit affirmée clairement et si possible par une loi. J’ai même envie que nous ajoutions un 4ème mot à notre devise, à savoir: Unité, Dignité, Travail, Laïcité! Que les prêtres, les pasteurs et les imams soient dans les églises, les temples, les mosquées et dans la société pour veiller à la vie spirituelle des fidèles et devenir des remparts de la société contre toutes les dérives humaines. A ce propos, je salue l’œuvre de la Conférence Épiscopale Centrafricaine et celle de l’Alliance des Évangéliques de Centrafrique (A E C)…

De nature optimiste, le message que je peux délivrer pour terminer, est un message d’espoir…Tant qu’il y’a la vie, il y’a l’espoir et la manne ne tombe plus du ciel… Il ne tient qu’à nous de rendre libre et belle la Terre de nos Ancêtres…


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