Archive

Mme Adja Mariam Abdoulaye: «c’est le politique qui veut nous diviser»

Elle est la vice-présidente du bureau national de l’Association des femmes musulmanes de Centrafrique

 

Adja Mariam Abdoulaye, est-ce que ce changement de régime survenu le 24 mars dernier est le bienvenu alors qu’on constate des dérapages des éléments de la Séléka qui ont accompagné Michel Djotodia au pouvoir?
Vous savez, le changement est pour le bien-être de la population et de l’Etat. Le citoyen doit accepter le changement. Mais la condition dans laquelle se trouve le pays n’est pas appréciée. Vous-même vous le constatez. Souhaitons que Dieu mette dans les cœurs du peuple centrafricain, surtout des Séléka, l’esprit de tolérance, de paix et du pardon. Déjà, le désarmement est le début des solutions, les fonctionnaires ont commencé à percevoir les salaires et reprennent déjà le travail. Si cet élan est maintenu, la normalité reviendra rapidement.

 


© Bêafrika Sango
Mme Adja Mariam Abdoulaye
Vous souhaitez que les Séléka se calment. En tant que femme leader, avez-vous essayé de discuter avec ces derniers pour le retour effectif de la sécurité et la paix en Centrafrique?
Les Séléka sont aussi nos enfants. Même si on ne les rencontre pas, ils sont toujours nos fils. Ils doivent comprendre les souffrances de la population à travers les cris de cœur des gens sur les ondes et dans les journaux. Je demande que Dieu nous apporte la paix, car le peuple a tant souffert. Aujourd’hui, je pense que les gens poussent un peu de répits de soulagement parce que le gouvernement a commencé à résoudre nos problèmes, notamment le désarmement et le salaire.

La plupart des biens volés seraient cachés au KM5 dans le 3e arrondissement de Bangui. Avez-vous vu les choses volées ? Et quand le gouvernement décidera de récupérer les objets volés, seriez-vous prêt à collaborer avec lui ? Allez-vous sensibiliser les gens à remettre ces choses ?
Ce que vous venez de dire est assez difficile. Personnellement, je n’ai pas vu un jour quelqu’un venir cacher des choses au KM5. Je ne peux pas dire le mensonge. Vous savez, nous les musulmans nous respectons le coran car Dieu a dit que celui qui prend les choses d’autrui par la force, a péché. On ne cautionne pas cette pratique néfaste. C’est du ‘‘ harram’’. Je demande à mes frères et sœurs qui ont vu ces choses, de les sensibiliser à restituer les biens volés. C’est du péché. Si tu es chrétien ou musulman, tu dois vivre dans la vérité et marcher sur la bonne voie.

Imam Kobine dénonce le ‘‘ harram’’. Pour vous, vice-présidente de l’association des femmes de Centrafrique qu’en dites-vous ?
C’est vrai. Je soutiens Imam Kobine. Comme je l’ai dit, celui qui cautionne le vol parce que c’est son voisin, son fils ou son parent est aussi un voleur, il répondra devant Dieu. Il faut intervenir en vue de restituer les biens d’autrui. Quand vous parlez du désarmement, serez-vous prête à sensibiliser les femmes musulmanes sur les enjeux du désarmement ? Je suis très d’accord avec vous. Tout musulman ou chrétien, femme ou homme, on doit exhorter nos frères d’aider l’Etat à procéder aux ramassages des armes et tous les objets militaires qui se trouvent dans les quartiers.

En Centrafrique, les femmes musulmanes sont singulièrement les premières victimes. Sur le plan éducation, elles ne sont pas nombreuses. Dans la vie conjugale, elles souffrent beaucoup et les hommes les considèrent comme «esclaves», elles se soumettent beaucoup à la religion. Dans votre association que faites-vous pour résoudre ces problèmes?
Notre objectif, c’est de sensibiliser les femmes musulmanes. Je suis d’accord avec vous. Avant prophète Mohamed, les femmes étaient comme prisonnières. Dieu merci, prophète Mohamed nous a donné la liberté totale. Aujourd’hui, je pense que les femmes centrafricaines sont nombreuses dans le domaine de l’éducation. Elles sont intelligentes. Leurs défauts, surtout mes sœurs musulmanes, c’est la peur car chez nous, on n’a pas l’autorité sur les hommes. C’est pourquoi les femmes musulmanes se soumettent et font comme si elles ne sont pas intelligentes. Si certaines sont dans les clôtures, d’autres par contre sont dans le domaine du commerce. Moi par exemple, je suis opératrice économique. Je suis dans le commerce depuis 1981. D’autres encore travaillent dans les bureaux. Vous savez, les femmes musulmanes ont des diplômes et des qualifications, mais c’est l’Etat qui ne les embauche pas. C’est l’une de nos soucis. La fonction publique devrait un peu être indulgente envers les femmes musulmanes. Cela pourrait créer des agents de changement et encourager d’autres femmes à sortir de leur coquille.

Pourquoi l’Etat ne les embauche pas ?
Je ne sais pas. Quand les musulmanes présentent leurs diplômes, on ne les prend pas. Actuellement, on compte plus de 20, 30 personnes qui ont le niveau de licence ou de maîtrise. Certaines ont même le doctorat dans ce pays. Mais elles demeurent des ménagères parce que n’ayant pas de boulot.

Avez-vous mené des actions en faveur de ces femmes diplômées ?
Non ; pas pour le moment. En fait il ne nous revient pas de forcer l’Etat à intégrer dans la fonction publique les femmes musulmanes. Mais on encourage l’Etat à jouer dans la transparence. Cependant, notre association sensibilise les femmes musulmanes et chrétiennes qui ont des diplômes à les déposer dans les ministères selon leur niveau. Si Dieu touche le cœur des autorités compétentes, elles pourront les intégrer.

Depuis la prise du pouvoir par la Séléka, on parle de l’islamisation du pays. Les femmes doivent voiler leur visage comme en Arabie Saoudite. Est-ce vrai pour le Centrafrique?
Vous-savez, musulman et chrétien sont le fils du même Dieu. Le Centrafrique est un pays de paix, de droit. On ne peut pas agir contrairement à la loi. Dans les églises, les femmes portent les mouchoirs de tête comme les femmes musulmanes dans les mosquées. C’est Jésus et prophète Mohamed qui nous ont mis dans cette situation. On ne peut islamiser la République Centrafricaine car elle est un pays laïc. Les chrétiens et les musulmans n’ont pas problème de cohabitation, parce que nous sommes une nation. C’est le politique qui veut nous diviser. Alors, étant enfants du même Dieu, ne nous déroutons pas. Vous avez constaté vous-même la confraternité et la convivialité lors des rencontres entre les chrétiens et les musulmans. Nous sommes des frères et sœurs, ce qui s’est passé est passé. Nous devons soutenir les chrétiens et vice-versa pour les musulmans. Evitons de verser du sang. Après tout, c’est nous les femmes qui en sont les premières victimes. Nous sommes tous égaux et chacun a la liberté de pratiquer sa religion comme il l’entend sans nuire à l’autre, c’est ça aussi la laïcité. Prenons l’exemple du Sénégal.

Nous sommes en période de ramadan. Le thème choisi parle de l’unité entre musulman et chrétien pour lutter contre la violence religieuse. Avez-vous un message à délivrer à l’endroit des Centrafricains?
Merci. La période de ramadan est la période de prière. Je lance un appel à l’endroit des chrétiens et musulmans que tous, nous sommes des frères et sœurs. On doit prier pour la paix, rien que la paix pour le développement de notre pays. Je conseille aux musulmans et aux musulmanes en cette période de ramadan de faire très attention à ce qu’ils disent parce si tu parles un mot que Dieu n’accepte pas, tu auras tous les péchés du monde. Je fais confiance à ceux qui ont pris le ramadan.
La suite de l’interview sur Bêafrika Sango

 



Commentaire


Retour en haut