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Général Abdel Kader Kalil: «Nous avons déjà récupéré plus de 700 armes»

Il se positionne comme un pilier de la coalition Séléka qui a renversé le régime de Bozizé, il y a plus de quatre mois à Bangui

 

Tandis que les opérations de désarmement se poursuivent à Bangui, le phénomène de vol à mains armées prend de l’ampleur dans la ville. Certains gradés de l’ex-rébellion Séléka engagés dans le processus de désarmement sont obligés de combattre cette pratique. Le général Abdel Kader Kalil, confiant du travail qu’il fait, rassuré du retour de la paix dans le pays et surtout sans langue de bois, a accepté d’aborder toutes ces questions essentielles dans une interview accordée au journal Le Confident à l’hôtel Ledger où il vit.

Originellement, vous êtes membre de l’UFDR de Michel Djotodia puisque vous étiez représentant de cette rébellion dans le comité de pilotage du DDR. Êtes-vous satisfait du bilan du nouveau pouvoir de Bangui?
La coalition Séléka qui est aujourd’hui au pouvoir en Centrafrique avait tout mis en œuvre pour que la légalité constitutionnelle soit respectée mais les anciennes autorités n’ont pas voulu écouter la raison, c’est ce qui nous a conduit au coup d’Etat du 24 mars que le peuple a salué. Mais je dois dire qu’il n’est pas encore temps de parler de bilan, puisque les nouvelles autorités ne sont là que depuis trois mois. A mon avis, des efforts ont été faits sur plusieurs plans pour rassurer le peuple centrafricain et quotidiennement nous faisons des efforts dans ce sens, le temps viendra où nous parlerons aisément de bilan.

 


© leconfident.net
Le général Abdel Kader Kalil
Depuis la prise du pouvoir, vous comptez parmi les hommes de la Séléka qui s’investissent pour combattre le phénomène de l’insécurité, êtes-vous optimiste quant au retour de la paix?
La sécurité est une affaire de tous, il faut que chacun puisse s’y mettre afin que le pays puisse retrouver le chemin de cette paix, perdue depuis des décennies. Je pense qu’il y a de bonnes raisons de croire au retour effectif de la paix dans ce pays. Les hommes véreux qui se prennent pour des Séléka et qui sèment la panique dans la ville n’ont désormais aucune chance, car toutes les dispositions sont prises pour les contrecarrer, c’est ce que je fais avec mes hommes tous les jours. Si aujourd’hui je cours de gauche à droite, c’est pour rechercher cette paix et tous les Centrafricains ont intérêt à s’engager.

Dans la journée du mardi 08 juillet, vous aviez mis la main sur deux malfrats, connus comme des porteurs de tenue, pouvez-vous nous dire plus sur l’identité de ces deux brigands?
Il est vrai que j’ai arrêté deux hommes qui se sont rendus coupables des cas de vols. Tout a commencé le lundi quand, revenant de Pétévo dans le 6ème arrondissement, j’ai découvert qu’il y avait des gens qui coupaient les bois et les rabotaient dans une concession privée dans la zone. J’ai pu mettre la main sur deux grosses machines avec un stock inimaginable de bois dont l’abattage est strictement interdit en Centrafrique. J’ai pu arrêter les auteurs de ces pratiques, mettre la main sur les machines, les véhicules de transport, et j’ai confié le dossier aux techniciens des Eaux et Forêts pour traitement. Quand je suis parti de là-bas, des informations relatives à des vols de véhicules me sont parvenues et aussitôt je me suis rendu sur les lieux, sur la route qui mène à la maison du Premier Ministre. Effectivement, j’ai trouvé quatre véhicules mais lorsque j’ai demandé les papiers, on m’a sorti des pièces qui ne sont pas conformes. Je m’étais dit que si ces véhicules appartenaient à l’Etat, on pouvait les réparer afin de les mettre à la disposition des agents de l’Etat. Cet acte m’a fait beaucoup de peine parce qu’il y a des frères centrafricains qui continuent de garder les biens de l‘Etat bien que le gouvernement de transition soit mis en place. Il est important d’aider ce gouvernement afin qu’il puisse nous mener à bon bord sinon, on n’y arrivera jamais. Si nous continuons ainsi, il sera difficile d’arriver à organiser les élections dans le délai de deux ans comme prévu.

Le mardi à 4heures du matin, un braqueur avait pris en otage une famille au PK12. Informé, j’ai fait dépêcher une de mes équipes sur le terrain. Cette équipe est dirigée par le colonel Ibrahim. Ils sont arrivés avant moi sur les lieux et ont pu mettre la main sur le malfrat mais ce dernier avait lancé une grenade qui a fait de dégâts sur un enfant. Quand je suis arrivé, j’ai transporté le blessé à l’hôpital et le brigand qui était habillé en tenue militaire avec le badge Séléka, alors qu’il n’en était pas un, réellement, était conduit au Camp de Roux. Je ferai mon rapport pour que l’affaire soit gérée par le procureur de la République parce que la RCA est un pays de droit.

Vous dites qu’il est actuellement détenu au Camp de Roux?
Oui, il est là-bas.

 


© lavoixdelamerique.com
Bangui
Et le deuxième malfrat que vous aviez appréhendé?
La deuxième personne que nous avions appréhendée est un élément de la FOMAC. Il avait mis en vente quelques véhicules. Les informations que nous avons indiquent qu’il y a certains éléments de la FOMAC qui détournent les voitures que les propriétaires ont mises au niveau de leur base. Je dois reconnaitre que nous avions demandé aux FOMAC de nous remettre les véhicules qu’ils gardent là-bas pour nous aider à faire le travail, ils ont refusé. Or leur objectif, c’est de vendre ces véhicules et de renvoyer l’argent dans leur pays.

Informé de l’implication des éléments de la FOMAC dans la vente des véhicules basés au camp M’poko, je me suis dit qu’il était important d’attraper quelques-uns et de les utiliser comme preuve. Le mardi dernier, on m’avait informé que cet élément voulait vendre une voiture de marque RAV4. J’ai donc décidé de me déguiser en vendeur et je me suis comporté comme tel dès que je me suis rencontré avec ce militaire de nationalité camerounaise au niveau du centre-ville. Il était accompagné d’un autre qui s’est présenté comme étant un diplomate. Ayant vu la voiture, j’ai demandé à ce qu’on puisse l’essayer. Entre-temps, j’ai placé mes éléments à la station Total face au super marché Rayan. Dès que nous sommes arrivés, mes hommes nous ont encerclés. C’est moi qui étais au volant. C’est ainsi que le groupe a été conduit au Camp de Roux.

Comment savez-vous qu’il s’agit bien d’un élément de la FOMAC et de nationalité camerounaise?
Il s’agit d’un élément FOMAC qui est de surcroit Camerounais parce que j’ai les preuves.

Quelles sont ces preuves, mon général?
Je détiens les papiers de son ami camerounais qui s’est dit diplomate. Quant au militaire, j’ai son arme avec moi, c’est dans ma voiture et il a aussi des papiers qui le prouvent à suffisance.

Avez-vous saisi le général AKAGA à ce sujet?
Je l’ai appelé pour l’informer mais il n’a pas décroché pour des raisons peut être évidentes.

Quelle est la situation actuelle de ces deux hommes et ressortissants camerounais?
Le diplomate a été aussitôt libéré, car il n’est pas question de briser nos excellentes relations avec le pays frère du Cameroun parce qu’un petit groupe agit de la sorte. Quant à l’élément de la FOMAC, il a été décidé de le libérer et je l’ai libéré, mais il a refusé de partir sans son arme disant qu’il pourra être sévèrement sanctionné.

Connaissez-vous le nom de cet élément de la FOMAC?
Bien sûr puisque j’ai ses papiers et ceux du diplomate.

Depuis la semaine dernière, la FOMAC a lancé le désarmement effectif des éléments de la Séléka. Que pensez-vous de ces opérations?
Les éléments de la FOMAC ne désarment personne, ce sont les Séléka qui désarment les faux Séléka, voilà la vérité que certains veulent étouffer.

Combien d’armes avez-vous pu récupérer jusque-là?
Nous avons déjà récupéré plus de 700 armes et nous sommes décidés à aller jusqu’au bout.
La suite de Interview


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